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«Voulez-vous danser grands-mères?»

26 mai 2007, 00:00

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par Marie-Annick SAVRIPENE

«Il faut continuer car il n?y a personne d?autre pour le faire», explique Denise Laroulette quand on l?interroge sur ses genoux bandés et qu?elle fait état de l?usure de ses cartilages. Cette sexagénaire n?a qu?un temps limité à nous accorder. Elle doit prendre l?autobus et se rendre au Centre social de Petite-Rivière où depuis janvier, elle anime, avec quatre personnes, un cours de danses de salon pour personnes âgées. De là, elle se rend à Case-Noyale où elle répète l?opération.

Et c?est ainsi trois fois la semaine dans d?autres régions de l?île pour le compte du ministère de la Sécurité sociale. Trois autres jours de la semaine, elle fait de même pour les membres des 55 clubs du troisième âge de Port-Louis et ce, au Centre social de Bois-Savon. Et dans ses temps libres, Denise se met à sa table de travail, écoute des morceaux de musique et imagine des chorégraphies dont les pas sont aussitôt retranscrits sur papier.

C?est son mari, feu André Laroulette, tailleur de son état et féru de danses de salon qui lui apprend à danser le boston, la java, la rumba, le quick-step, le tango, pour ne citer que ces danses-là. Et comme Denise a l?oreille musicale ? elle a été initiée à la musique par son institutrice et prenait même des leçons de mandoline d?un voisin ? elle capte vite les enseignements délivrés par sa moitié.

Cet accompagnement qu?elle prodigue aux personnes âgées ne date pas d?hier. En fait, il est indissociable à son engagement au sein de la Ligue ouvrière chrétienne. Un jour, au cours d?une réunion de ce mouvement, le président lui fait remarquer que les personnes âgées ne s?engagent pas assez dans les activités de leurs paroisses et confie à Denise la responsabilité de les réunir.

À l?époque, les Laroulette vivent à Tranquebar. Denise suit les consignes et c?est ainsi que le premier club de troisième âge appelé St Anne-Tranquebar voit le jour.

Les mardi et jeudi sont consacrés à la danse, le lundi au yoga et à l?exercice physique, le mercredi à la santé et au bien-être et le vendredi à la chorégraphie de cerceaux que Denise a appris d?une gériatre française.

Ses membres, dénombrés à 20, se réunissent une fois le mois pour des sorties et des déjeuners. Denise aide à la constitution des clubs similaires dans d?autres paroisses. «Ce qui explique que tous les clubs du troisième âge de plus de 25 ans portent des noms de saints.»

C?est suite à sa rencontre avec Denise Vaulbert de Chantilly, à l?époque présidente du Lions Club de Maurice, que le club St Anne-Tranquebar prend une tournure plus sociale, ses membres allant visiter les hospices et les organisations s?occupant de personnes handicapées. Denise vit alors au rythme d?un cerf-volant. Heureusement pour elle que son mari et les sept enfants qu?elle lui a donnés ne trouvent pas d?inconvénients à ce qu?elle s?absente aussi souvent de la maison pour se consacrer aux personnes âgées.

En 1985, la Sécurité sociale décide de prendre les clubs de troisième âge sous ses ailes. Valeur du jour, il y a 510 clubs déjà constitués. Denise a du mal à indiquer clairement le nombre de membres car certains figurent simultanément dans plusieurs clubs. Lorsque le Senior Citizens? Council est constitué, Denise est à un moment élue pour représenter les clubs de troisième âge du district de Port-Louis. Mais qu?elle siège ou non sur ledit comité, elle poursuit son travail d?accompagnement des personnes âgées.

Denise se met à organiser des bals pour les personnes âgées à Tranquebar et elle leur enseigne les danses de salon. La salle étant exiguë, on lui prête le CDMO à la rue St Georges et tous les vendredis, les personnes âgées des 55 clubs de Port-Louis s?y retrouvent pour danser.

De là, elle et ses «danseurs du dimanche» vont au centre Miséreor au Champ-de-Mars avant d?occuper cinq jours sur sept le Centre de Bois-Savon. à son agenda, les mardi et jeudi sont consacrés à la danse, le lundi au yoga et à l?exercice physique, le mercredi à la santé et au bien-être et le vendredi à la chorégraphie de cerceaux que Denise a appris d?une gériatre française. A chaque session de danse, la septuagénaire se retrouve avec une trentaine de membres, en majorité des femmes, qui veulent avoir une bonne maîtrise des danses de salon. «Elles vont danser dans les bals mais ne savent que virevolter. Il faut leur apprendre les pas et même à marcher parfois car il y a de la marche dans le tango par exemple.»

Ces sessions de danses ne sont parfois pas de tout repos et Denise doit y mettre bon ordre car les personnes âgées sont issues de différents milieux. Mais avec sa patience d?ange, Denise arrive à réconcilier tout le monde.

Pour elle, apprendre des danses de salon aux personnes âgées n?est pas qu?une question de distraction. C?est une façon pour elles de rompre l?isolement dans lequel elles sont parfois confinées et de faire des rencontres. En octobre, le ministère de la Sécurité sociale compte organiser une compétition nationale de danses de salon. Denise espère bien que les gagnants seront parmi ceux ayant suivi ses cours.

Appelée à dire jusqu?à quand elle se voit donner ces cours, elle réplique: «Tant que j?ai la santé, que le moral est bon et que la maladie d?Alzheimer se tiendra éloigné de moi, je le ferai...»

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