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«The only safe sex is saved sex»

25 juillet 2003, 20:00

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Avec son twin-set noir et son pantalon kaki, Wairimu Ristic, la quarantaine élancée, dégage de la classe. En fait, elle passerait aisément pour un ancien mannequin. Cette Kenyane, diplômée en sciences sociales et en économie de deux universités américaines, aurait pu poursuivre la brillante carrière qu?elle avait entamée dans la communication au Kenya et s?occuper de sa famille le reste du temps.

Sa carte de visite était effectivement bien remplie : dix ans comme Account Executive pour l?agence de publicité MCL Saatchi, responsable du Business Development pour l?East African Standard, un des plus importants journaux d?Afrique appartenant au groupe Lonrho, et responsable de la mise en place et de la gestion de la Media House de ce groupe.

Elle n?était pas non plus à plaindre au niveau de sa vie privée. Elle est mariée à un Yougoslave, qui développe des stratégies de marketing. Ils ont un fils, Kanja, aujourd?hui âgé de 17 ans. Mais c?était sans compter avec «le sens de l?humour de Dieu», précise cette chrétienne. «Quand je travaillais pour le groupe Lonrho, j?ai eu l?occasion de traiter avec plusieurs institutions charitables, notamment le Nyumbani, qui s?occupe des orphelins du sida. Un après-midi, une femme, avec un bébé dans les bras, est venue frapper à ma porte. C?était un orphelin du sida. Ils avaient voyagé depuis Mombasa, qui se trouve à plus de 600 kilomètres de là. Elle voulait placer le bébé dans cette institution car elle ne pouvait s?en occuper. Quand j?ai réalisé les efforts consentis par cette femme pour amener cet enfant, qui n?était pas le sien, à un orphelinat, cela m?a touchée», explique Wairimu, les larmes aux yeux. « Mes yeux se sont alors ouverts. J?ai réalisé que nous perdons un temps fou à ne pas faire ce que nous dicte notre c?ur. Le mien me disait de m?impliquer davantage envers les autres. On peut toujours donner plus d?argent mais qu?en est-il de soi ?»

Dans un premier temps, Wairimu fait la sourde oreille. En l?an 2000, installée à Maurice avec sa famille, elle se retrouve seule à la maison. « C?est là que j?ai réalisé que Dieu m?a envoyée loin des pressions de l?existence pour que je puisse réfléchir. ». Elle décide alors d?écouter son c?ur.

Construire un adulte équilibré

Choquée par le nombre élevé d?adolescents séropositifs dans le monde, Wairimu s?est dit qu?elle doit se consacrer à la prévention. «Il n?y a pas que le sida. Il y a les grossesses précoces, la contamination aux autres maladies sexuellement transmissibles, les erreurs de jeunesse.. L?adolescence est une période cruciale. Pour devenir un adulte équilibré, l?adolescent doit consolider son mental, son affectif, son physique et sa socialisation ». Wairimu se dit qu?elle doit reprendre le chemin de l?université.

Elle apprend qu?en Indiana aux Etats-Unis, une organisation non-gouvernementale appelée «Creating Positive Relationships», anime un cours, l?«Adolescent Sexual Abstinence». Elle passera huit mois aux Etats-Unis, maîtrisant le cours, assistant à des classes et enseignant elle-même. Elle est aujourd?hui membre de cette association pour la région Afrique.

Depuis son retour à Maurice en octobre 2001, elle a animé l? Adolescent Sexual Abstinence au Bocage International School, au collège Lorette de Rose-Hill et à celui de St.-Pierre. Le message d?abstinence jusqu?au mariage, affirme-t-elle, est bien passé auprès des jeunes qu?elle a rencontrés. « Beaucoup m?ont écrit pour me dire que je suis tombée à pic. Ils songeaient à être sexuellement actifs et s?en sont abstenus après m?avoir écoutée».

Limites du préservatif

Creating Positive Relationships, explique-t-elle, est une technique qui sauve la vie dans la mesure où la décision que l?adolescent prend détermine son avenir. « En communiquant avec ses parents, ses amis et la communauté, l?adolescent détermine la vie qu?il veut mener. The only safe sex is saved sex. Le cours commence par la sexualité. Je fais comprendre aux adolescents que leur sexualité est un don spécial qui vaut la peine d?être respecté et protégé. J?embraye ensuite avec l?abstinence, qui apporte la liberté physique, émotive, mentale et sociale, les quatre caractéristiques qui construisent l?individu et le transforment en adulte équilibré ».

La première réaction de ses jeunes auditeurs est de se demander pourquoi leurs parents ne leur tiennent pas le même discours. « Les parents ne sont pas fautifs. Ils ne savent tout simplement pas comment s?y prendre et croient se montrer protecteurs en disant non. Mais les interdits créent des rebelles ». Une autre réaction fréquente des jeunes est l?évocation du port du préservatif comme moyen de protection. «A cela, je réponds que le préservatif protège certes des maladies sexuellement transmissibles mais il ne protège pas contre le sentiment de culpabilité, contre celui d?avoir été utilisé, blessé ».

Est-ce à dire que les adolescents ne devraient pas avoir de petits(es) amis(es) ? Pas du tout, réplique Wairimu. « Mais avoir un petit ami ou une petite amie ne signifie pas faire l?amour dès la première sortie. Cela veut dire échanger, partager les mêmes goûts, avoir des activités saines. Il n?y a rien de mal à se tenir la main, à se bécoter mais il y a des limites à ne pas dépasser. Autrement, ces jeunes ouvrent la porte à des problèmes qu?ils n?ont pas été préparés à affronter. I want these teens to mature as a whole person. They are not old enough for sex just because they have started having their periods or shaving ».

Tient-elle compte de toutes les pressions sociales, à commencer par celle des pairs? «J?en tiens compte. Mon discours peut paraître dépassé. Je sais que les adolescents subissent la pression des médias, celle de leurs pairs et même du courant dominant, mais garder sa virginité jusqu?au mariage n?est pas impossible».

Ne sachant pas combien de temps elle restera à Maurice, Wairimu jette actuellement les bases d?une association qu?elle va nommer Teens in Control. «J?ai trouvé des adultes qui savent ce qu?est l?engagement et qui sont disposés à travailler ensemble pour faire passer ce message. J?aurai failli à ma mission si je conserve ces connaissances pour moi ».

Wairimu souhaite que les parents s?instruisent sur la sexualité et en parlent avec leurs enfants adolescents. «Je peux partager ce que je sais mais je ne pourrai jamais remplacer les parents. When this message comes from parents, it is an endorsement ».

La Kenyane sait qu?elle n?a pas choisi la voie la plus facile. «Mais si j?arrive à faire une différence de 10 % là où j?enseigne, je serai contente. Les adolescents doivent réaliser qu?ils vivent l?étape la plus importante de leur vie. Ils ne doivent, par conséquent, pas la gâcher? »

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