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«Spider-man 2»
Une parodie de Spider-Man dans un show télévisé montrait l’Homme-araignée voltigeant d’un immeuble à l’autre, tel Tarzan dans une jungle en béton, mais à une allure qui laissait deviner une urgence. Puis, arrivé à l’immeuble du Daily Bugle, il entrait en tornade dans le bureau de J Jonah Jameson qui en resta stupéfait. Ensuite, il fonçait dans les couloirs et courait, courait … jusqu’aux toilettes des messieurs. Une fois à l’intérieur, alors que l’Homme-araignée se tenait debout devant l’urinoir, on voyait sur son masque une expression de stupeur et de grande consternation : son costume intégral n’avait pas de braguette ! L’instant d’après, on le voyait qui sortait des toilettes en secouant la jambe.
Ce n’est pas le genre de scène que vous risquez de voir dans Spider-Man 2. Sam Raimi, toujours à la réalisation, nous offre de belles scènes d’action, mais il y a quand même un peu plus qu’un brin d’humour et il y a surtout de vrais moments d’humanité dans ce deuxième épisode. Comme pour le premier épisode, Sam Raimi veut faire une œuvre d’auteur en exprimant ses sentiments sur les étapes importantes de la vie d’adulte. Le film précédent nous montrait le héros, Peter Parker (Tobey Maguire), en collégien brillant mais de condition modeste, un adolescent mal dans sa peau et malheureux en amour, qui se retrouvait avec des super pouvoirs et surtout avec des responsabilités qu’il finissait par endosser. Ce qui ne signifiait pas pour autant la fin de ses ennuis.
On retrouve ce même Peter Parker dans SpiderMan 2 en jeune adulte tentant sans grand succès de mener à bien ses études universitaires et de survivre avec un boulot de livreur de pizzas. Il habite une chambre minable pour laquelle il doit plusieurs mois de loyer. Mary-Jane (Kirsten Dunst), dont il est amoureux et à qui il n’a jamais pu avouer ses sentiments, est fiancée à un astronaute qui se trouve être le propre fils de J Jonah Jameson (J K. Simmons). Sa tante May est en passe d’être dépossédée de sa maison. Son meilleur ami Harry Osborne (James Franco) veut se venger de Spider-Man qu’il tient responsable de la mort de son père. En plus, ses activités de super héros commencent à lui peser .
Dans un sens, avance un critique, la voie était toute tracée pour le scénariste Alvin Sargent . Déjà, la bande dessinée des origines nous montre un super héros qui dans la vie “normale”, était quelqu’un de vulnérable, presque un marginal, confronté à de vrais problèmes auxquels il n’arrive pas toujours à faire face et pour qui l’existence a souvent un goût amer. Ce qui rendait le personnage beaucoup plus intéressant que les Clark Kent, Bruce Wayne et autres.
Un visage plus humain
Le scénario de Spider-Man 2 reprend tous ces éléments humains non pas pour les ajouter à une histoire principale d’affrontement entre un super héros et un super méchant, mais pour en faire une histoire principale. C’est ainsi que nous voyons non seulement un personnage qui se débat avec des soucis tant matériels qu’affectifs et moraux , mais nous le suivons aussi dans son cheminement intérieur : ses erreurs, ses interrogations, son découragement et finalement, son acceptation de soi. Tout cela est accompagné d’un certain regard sur le monde contemporain : une veuve âgée, sans le sou qui demande un prêt à son banquier et qui se le voit refuser ; le personnage de J Jonah Jameson, rédacteur en chef caricatural dans son cynisme, son égocentrisme et sa pingrerie.
Et, comme les dimensions réelles de tout super héros ne sont jamais qu’à la mesure de l’ennemi qu’il combat, il faut parler du docteur Otto Octavius (Alfred Molina). Ce physicien, versé dans tout ce qui touche à la fusion, est aussi un passionné de poésie et n’a en tête que le bien-être de l’humanité. Voulant lui offrir l’énergie solaire, il connecte quatre bras articulés dotés d’une intelligence artificielle à sa moelle épinière afin de manipuler un matériau très instable lors d’une démonstration publique. Malheureusement, le matériau échappe à son contrôle et toute l’énergie qu’il dégage est absorbée par les bras articulés qui prennent alors contrôle du cerveau du savant. L’ennemi que combat Spider-Man n’a pas choisi, lui non plus, d’être un monstre.
Alfred Molina massif et aussi sympathique qu’un nounours lorsqu’il incarne le savant avant sa transformation, parvient à être suffisamment effrayant lorsqu’il se retrouve affublé de ses tentacules métalliques . Il vient ainsi confirmer l’adage d’Alfred Hitchcock selon lequel il n’y aurait pas de suspense sans un méchant qui ne soit réussi. Il n’y a qu’à constater l’effet que produit le bruit de ses tentacules sur les murs d’un bâtiment, signalant son arrivée. Mais, l’acteur parvient aussi à injecter quelque chose de poignant à son personnage et, pour revenir à l’aspect humain omniprésent dans ce film, on finit par le prendre en sympathie ; il n’a pas choisi sa destinée et se voit piéger par le sort, tout comme le héros.
Spectacle époustouflant
Ce qui nous amène aux décors et aux effets spéciaux. On les trouve mieux réussis dans ce deuxième épisode . Les voltiges de Spider-Man au-dessus et entre les gratte-ciel, filmées sous une nouvelle perspective, lui confèrent plus de présence. D’abord, parce que les immeubles remplissent mieux le champ de la caméra, prenant par moments un aspect menaçant. Ensuite, parce que les mouvements sont plus agressifs. Les combats et les scènes de destruction sont époustouflants, probablement à cause des gros plans de muraille et des pièces en métal volant dans tous les sens. Mais encore une fois, il y a les petits détails humains qui font la différence : par exemple, les mouvements de Spider-Man marchant sur une paroi exactement comme une araignée.
Sam Raimi en véritable réalisateur, nous fait vivre des émotions intenses. Spider-Man 2 est un beau film de divertissement, passionnant puisque si bien construit avec une histoire dont tous les aspects sont développés jusqu’à la fin. Dans un film du même genre, on se réveillerait aux scènes d’action tout en prenant son mal en patience durant les dialogues. Ici, les deux retiennent notre attention. Il est beaucoup question d’émotions et de valeurs vraies. Les films de super héros mettent en avant les super pouvoirs de leurs héros, Sam Raimi, lui, a su très bien mettre en avant leur humanité. C’est là la clé de sa réussite.
<B>Gilles noyau</B>
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