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«Religion et politique sont les revers d?une même médaille»

14 mai 2005, 00:00

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Vous faites encore l?objet de critiques virulentes de la part de vos anciens collègues. «Intellectuellement limité, traître, sectaire» et j?en passe. Votre sentiment ?

Sectaire, c?est le mot préféré de Bérenger et de ses suiveurs. Je suis un pratiquant, je ne dérange personne dans la pratique de ma religion et je côtoie tout le monde. Je vis dans un endroit à multiples composantes et nous nous entendons bien. Quand une personne utilise souvent le même terme, cela traduit le fond de sa pensée. Bérenger est le plus grand sectaire de par son obsession pour la chose. Quant à Ashock Jugnuath qui me traite de traître, je lui donne le bénéfice du doute puisque c?est un suiveur de Bérenger. Mais qu?il se souvienne de ce qu?il a dit sur Bérenger quand j?étais encore au Mouvement socialiste militant (MSM).

Ashock Jugnauth devait-il aussi quitter le gouvernement dans le sillage de votre démission ?

Non, mais il était mal à l?aise au sein de l?alliance. Il ne pouvait considérer un départ puisque blood is thicker than water. Je reviens à l?accusation de trahison. Quand le gouvernement a dévié de sa ligne, j?ai refusé de trahir mon électorat. Mon électorat ne m?a pas voté pour balkaniser notre société ni pour mettre les terres de l?état en vente à l?encan. Un politicien doit avoir la conscience claire.

Avant votre départ, il y quand même un certain nombre de membres du MSM qui voulaient claquer la porte ?

Beaucoup. Ce serait indécent de les nommer puisque nous sommes toujours amis. Ils sont restés pour des raisons personnelles que je respecte. Mais je peux vous dire que beaucoup, et même ceux qui seront candidats, ont le c?ur gros. Ils savent qu?ils vont vers une défaite et le pire, c?est qu?ils défendent une cause à laquelle ils ne croient pas.

Vous êtes toujours en contact avec eux ?

Oui, mais par respect, je ne dirai rien. Sinon garson la va leur mener la vie dure?

Vous avez des nouvelles de celui que vous refusez de nommer ?

Il est en détresse et il panique. Tout leader politique a son fief, à part garson- la. J?entends dire qu?il pourrait changer de circonscription. Mais tonbe leve, un leader ne quitte pas sa circonscription. Sinon cela veut dire qu?il n?a pas d?assises et que the writings are on the wall. Cela dit, ce n?est pas bien qu?un leader se suicide politiquement. En 1976 quand Sir Gaëtan Duval a dit à Sir Seewoosagur Ramgoolam qu?il allait être candidat dans telle circonscription, ce dernier lui a conseillé de ne pas le faire car il avait des informations que le leader des Bleus n?y serait pas élu? De même, je conseille à garson-la d?opter pour le n° 4 au lieu du n° 11.

« Ce n?est pas Dhundev Bahadoor qui est dangereux mais ceux qui vont jeter de l?huile sur le feu en récupérant ses propos politiquement.»

La position claire du Human Service Trust (HST) a étonné plus d?un.

Y avez-vous une part ?

Pas du tout. Le HST a tout le temps pris position depuis les élections de 1967. C?était pareil en 1976, 1982, 1983, 1987 et 1991. Ils n?avaient pas pris position en 1995 et 2000. Mais en 1991 quand le mot d?ordre était de voter le Mouvement militant mauricien (MSM), personne n?a accusé le HST d?être sectaire. C?est parce que Bérenger était là. Aujourd?hui que c?est Navin Ramgoolam, ils sont sectaires ? Ils ont donné le mot d?ordre mais c?est sûr que chaque membre est libre de voter pour qui il veut.

Mélanger la religion et la politique, est-ce vraiment une bonne chose ?

Ecoutez, le HST est une organisation sociale et pas religieuse?

Majoritairement hindoue?

Oui, mais c?est toujours social. Nous ne sommes pas en train de parler d?organisation comme le Sanathan Dharma Temples Federation. Le HST a une pensée politique culturellement et socialement orientée. Je pense personnellement que la religion et la politique sont les revers d?une même médaille. Gandhi disait : «Politics bereft of religion is a dead corpse fit to be buried.» Il n?y rien de mal à ce qu?un politicien mette sa pensée en pratique.

Mais quand on fait cela dans un pays multiracial, est-ce qu?on n?est pas en train de tenir à l?écart ceux qui pratiquent une autre religion ?

Non, car chacun a sa liberté de penser et le choix de ses pratiques religieuses. Presque toutes les sociétés de toutes les communautés ont pris des positions politiques mais ils ne vont pas nécessairement le dire haut et fort. Contrairement à Dhundev Bahadoor qui a dit le fond de sa pensée.

Effectivement, le fond de sa pensée a choqué plus d?un. Cela ne risque-t-il pas de donner raison à ceux qui disent que le mélange de religion et de politique ne peut que créer la division ?

Connaissant la personne et le travail qu?il a fait et surtout son amour pour le social, je suis persuadé que ses mots ont dépassé ses pensées. L?hospice du HST accueille majoritairement des non-hindous à son hôpital Ayurvedic. La même place est accordée à tous les patients quelle que soit leur communauté. Ce c?est pas Dhundev Bahadoor qui est dangereux mais ceux qui vont jeter de l?huile sur le feu en récupérant ses propos politiquement.

Que pensez-vous de la « winning formula » de Paul Bérenger ?

Connaissant Bérenger, il dit le contraire de ce qu?il pense. Donc s?il l?appelle winning formula, il pense losing formula. Il est en train de signer son political death warrant.

Mais pourquoi voudrait-il se suicider politiquement ?

Bonne question? Je vous fais remarquer qu?il n?y a rien dedans pour le MSM. Nous savons que garson-la ne sera pas élu et qu?il ne sera donc pas Premier ministre. Qu?est-ce que cette formule offre au MSM sans Pravind Jugnauth ?

« Nous allons vers une victoire très confortable et je ne vois pas l?utilité d?un accord avec Bérenger. Il a trouvé son chemin, son idéologie. Je ne vois pas comment on pourrait s?ajuster.»

Comment pouvez-vous dire que Pravind Jugnauth ne sera pas élu ?

Je le sais et Paul Bérenger aussi. Sinon il aurait fait la proposition au MSM et non à Pravind. Si Pravind n?est pas élu ? et nous savons qu?il ne le sera pas ? et que le MMM-MSM gagne les élections ? ce qui peu probable ? Bérenger sera Premier ministre pour cinq ans.

Ce sont des spéculations, tout ça ?

(Sourire?) Disons que cela ne m?étonnerait pas. Je sais de quoi je parle. J?entends ce qui se dit sur la place : les MMM ne voteront pas pour garson-la.

Il y a des rumeurs selon lesquelles Bérenger tenterait un accord post-électoral avec Ramgoolam. Dans une telle éventualité, où vous situez-vous ?

Je ne suis pas au courant. Nous allons vers une victoire très confortable et je ne vois pas l?utilité d?un accord avec Bérenger. Il a trouvé son chemin, son idéologie. Je ne vois pas comment on pourrait s?ajuster.

C?est la position de Navin Ramgoolam aussi ?

Je pense que le leader de l?Alliance sociale a une ligne très claire. Il sait où il va et je ne vois pas pourquoi il ferait cela.

Quelle place occuperez-vous au sein d?un éventuel gouvernement dirigé par Navin Ramgoolam ?

Je ne sais pas. C?est le leader qui décide. Je suis d?accord avec lui que le rapport de forces est un élément important. Il y a de la place pour tout le monde mais il y a un seul leader.

Vous avez critiqué Navin Ramgoolam avec virulence. Qu?est-ce qui explique votre changement d?attitude envers lui ?

Je le critiquais quand j?étais son adversaire. C?était mon devoir de critiquer ses actions et sa politique. Mais en politique, il faut à un moment voir which one is the lesser evil. Il faut alors réfléchir aux moyens de combattre l?ennemi commun. Le grand patron s?est tout accaparé et il fallait unir nos forces. Avec l?expérience qu?il a accumulée, Ramgoolam fera très bien.

Ce n?est donc pas, comme le disent certains, parce que vous êtes un opportuniste ?

J?ai quitté le gouvernement sur une question de principe, en toute connaissance de cause comme un politicien et un homme responsable. Je suis dans la politique depuis plus de 25 ans et je considère qu?il n?y a rien d?opportuniste là-dedans.

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