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«Ramgoolam ?means business?»
●<B>A quelques mois des élections générales, quel est le «mood» dans le pays ? </B>
D?abord, la confiance n?est plus comme l?indique un sondage que nous avons commandé. La situation économique est difficile, le chômage augmente, la zone franche est en difficulté, le sucre est menacé... Et l?investissement, malgré ce qu?affirme Pravind Jugnauth, est en baisse. Le déficit budgétaire est lui, très élevé, la dette publique a atteint des proportions alarmantes comme l?a souligné le rapport Moody?s, la croissance est anémique, l?inflation reprend alors que le projet des technologies de l?information et de la communication ne décolle pas. Pourtant, le pire est devant nous avec l?abolition de l?accord multifibre.
Au niveau social, l?insécurité, la drogue, la fraude et la corruption, l?écart entre les riches et les pauvres ne font que s?accentuer. Ainsi, que ce soit au niveau de l?économie, au niveau social, au niveau institutionnel, au niveau diplomatique et au niveau des priorités, l?échec est partout.
●<B>Vous êtes au courant qu?il y a des rumeurs qui courent sur une éventuel alliance avec le MMM ? </B>
Ecoutez, l?année dernière, il y avait aussi ces rumeurs. Cette fois, le MMM est en perte de vitesse. Pour empêcher une hémorragie de son électorat, on laisse entendre que l?on va faire une alliance avec le parti le plus fort. Cette tactique est connue en politique : on veut rassurer son électorat. Or, lors de la prochaine joute électorale, le pays aura à choisir entre Ramgoolam et Bérenger comme Premier ministre.
●<B>Vous dites que ce sont les gens du MMM qui ont propagé cette rumeur ? </B>
Oui. Je pense que c?est le MMM qui colporte ces rumeurs parce qu?il se sent très faible. Son électorat se sent trahi.
●<B>On entend dire que vous-même seriez très favorable à une alliance rouge-mauve ? </B>
Pour faire une alliance, il faut tomber d?accord sur un programme. Economiquement et socialement, nous voulons réduire l?écart entre les riches et les pauvres. Ce qui est totalement différent de ce que fait le gouvernement. A un certain moment, il y avait des gens de bonne volonté qui avaient pensé que ce serait une bonne idée d?avoir everybody on board comme dirait l?autre. (Rires?) Je pense que la configuration actuelle restera. Mais comme disait Harold Wilson, «a week is a long time in politics».
●<B> Quelle lecture faites-vous des défections au sein du parti soleil ? </B>
Que ces démissionnaires sont venus confirmer un peu tardivement ce que le Parti travailliste a toujours dit. Que le MSM est «bouffé» par le MMM, que la situation économique est mauvaise, que l?électorat du MSM ne se retrouve plus dans la politique économique et sociale du gouvernement et que Pravind Jugnauth fait tout pour satisfaire son ambition personnelle. Donc, l?électorat du MSM vient massivement rejoindre l?opposition. Cela, on le voit sur le terrain.
●<B>Et l?avenir du MSM ? </B>
Un parti politique ne peut pas survivre s?il est en déphasage total avec son électorat. Et celui-ci ne se retrouve plus dans le MSM parce que c?est un gouvernement dirigé complètement par Bérenger. Les ministres MSM vous disent cela haut et fort de nos jours.
Je prends l?exemple le plus récent. Concernant la Mauritius Commercial Bank, ils sont nombreux à douter que Bérenger n?ait pas lu le rapport Nicky Tan. La MCB est la banque qui a connu la plus grande fraude dans l?histoire du pays. Bérenger était intervenu et aujourd?hui, nous n?en savons pas plus. Pourtant le rapport Nicky Tan dit qu?il y a eu des instructions à la Banque de Maurice pour que l?investigation n?aille pas plus loin. Notamment afin d?établir qui sont les bénéficiaires de cette fraude. On nous prend vraiment pour des imbéciles. Deux ans après, il y a le plus grand braquage dans cette même banque. Et le Premier ministre vient vous dire qu?il ne sait rien. Si cela n?est pas du «cover up», alors nous sommes vraiment des limités intellectuels.
●<B> Revenons aux défections au sein du MSM. Serait-il vrai de dire que ces démissions ont été sinon orchestrées mais aidées par le PTr ? </B>
Si, au départ, ces personnes n?étaient pas convaincues de ce qu?elles devaient faire, Ramgoolam n?aurait jamais pu les convaincre de partir. Il faut être honnête. La décision de partir a bel et bien été la leur.
●<B>Nous entendons dire que Navin Ramgoolam a une liste de 700 candidats pour les prochaines élections... </B>
Il y a effectivement beaucoup de candidats potentiels. Mais je n?en connais pas le nombre. Il appartiendra au leader de décider. Il y aura certes beaucoup de déçus mais il ne faudrait pas se tromper d?adversaire. Notre priorité, c?est de faire partir ce gouvernement incompétent, «dominer» et corrompu. Nous savons tous qu?il y a beaucoup de candidats aspirants et ambitieux ? ce qui est une bonne chose. Mais tout le monde sait aussi qu?à la fin, il y aura des choix à faire. Et nous sommes aussi dans une alliance et il faudra faire le partage. Je fais confiance à Ramgoolam.
●<B>Est-ce un problème si Vishnu Lutchmeenaraidoo se joint à l?équipe ? </B>
Encore une fois, il faut faire la distinction entre les contradictions principales et les différences secondaires. Vishnu Lutchmeenaraidoo, je crois, a été profondément blessé dans sa dignité après que Paul Bérenger l?a publiquement humilié. S?il veut venir donner un coup de main, je ne vois pas de problème à cela.
●<B>Comprenez-vous l?insistance du gouvernement à présenter à tout prix un budget précoce ? </B>
Ce n?est pas Pravind Jugnauth qui viendra nous montrer ce qu?est un budget. Ce sera un budget électoraliste. Il n?y a pas à sortir de là. 75 % des mesures annoncées lors du précédent budget n?ont pas été introduites. Jamais dans l?histoire de ce pays, un gouvernement n?a présenté un budget pour lier ainsi les mains d?un futur gouvernement. Si le but du budget n?est pas électoraliste, pourquoi ne pas donner les élections et laisser le soin au futur gouvernement de présenter son budget ? C?est légal mais certainement pas légitime.
●<B>Pour l?alliance majoritaire, le programme du Parti travailliste se résume à cinq familles et à l?épiderme de Paul Bérenger. Que dites-vous à cela ? </B>
Ecoutez, on peut répondre à cela. Un proche de Bérenger a qualifié l?attitude de ce dernier envers Bachoo «d?arrogance d?un blanc raciste contre un universitaire asiatique». La dernière personne à pouvoir nous accuser de communalisme est bien Bérenger. Nos priorités sont de relancer l?économie et de la démocratiser. Et à chaque fois, vous avez des personnes qui cherchent à fausser le débat en lui donnant une coloration raciste. C?est vrai que Bérenger a donné Rs 6 milliards à cinq familles. C?est vrai que Bérenger est en train de diriger pour une petite minorité contre la grande majorité. Mais il y a beaucoup de grands économistes qui viennent vous dire qu?une trop grande concentration de la richesse empêche le développement, la croissance, l?initiative et l?esprit d?entreprise. Est-ce que cela fait d?eux des limités intellectuels ? La Banque mondiale dit la même chose. C?est ce que nous disons. Pour relancer l?économie, il faut la démocratiser.
●<B>Comment faire cela ? </B>
Il nous faudra donner l?accès à la terre à des fins productives. Il faut démocratiser l?accès à des ressources qui empêchent les gens de devenir entrepreneurs. Nous devons ouvrir notre économie à la compétition internationale. Nous devons encourager le outsourcing et faire des upstream and downstream development pour que tout le monde puisse participer à la chaîne de développement. Nous disons aussi que toutes les contraintes bureaucratiques ? ce qu?on appelle le red tape ? doivent disparaître. Nous disons aussi qu?il faut que tout le monde ait les même chances.
●<B> Est-ce que ces idées seront traduites dans les faits ou bien resteront-elles de grands discours ? </B>
Ah non. Cela fait un moment que nous travaillons sur ce projet et Navin Ramgoolam a dit que he means business.
<B>Propos recueillis par Deepa BHOOKHUN</B>
«Jamais dans l?histoire du pays, un gouvernement a présenté un budget pour lier les mains d?un futur gouvernement. Pourquoi ne pas donner les élections et lui laisser le soin de présenter son budget ?»
« Un parti politique ne peut survivre s?il est en déphasage avec son électorat. Et celui du MSM ne se retrouve plus car le parti est complètement dirigé par Bérenger. Les ministres MSM le disent haut et fort. »
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