Publicité

«Nous sommes dans une situation de crise»

4 février 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B>Le gouvernement doit-il laisser la roupie s?apprécier ?</B>

L?industrie textile est sous forte pression à cause de l?appréciation de la roupie. Le gouvernement doit accepter sa responsabilité car, s?il refuse de gérer la roupie, ça risque d?être fatal à toute cette industrie d?exportation. Je ne suis pas d?accord avec le ministre des Finances qui soutient que la valeur de la roupie reflète les fondamentaux de l?économie. Les importations dépassent largement les exportations. Pour la différence l?économie dépend des services, du tourisme et d?autres transferts d?argent. C?est la situation qui a prévalu pendant longtemps et la valeur de la roupie a été toujours raisonnablement gérée.

● <B>La gestion de la roupie est-elle différente de celle des années précédentes ?</B>

Il y a eu une gestion raisonnable de la valeur de la roupie au cours des vingt-cinq dernières années ou plus. La dépréciation graduelle a permis aux industries d?exportation d?accorder des augmentations de salaires à leur personnel et a beaucoup aidé au maintien de la stabilité du secteur. Il n?est pas suffisant que le ministre des Finances dise qu?il va laisser les forces du marché déterminer la valeur de la roupie, notamment à cause de l?impact négatif sur le secteur manufacturier. Prenons l?exemple de la Chine, qui, malgré de grosses pressions internationales, pour laisser sa monnaie flotter, refuse. La raison est très simple. La Chine est une des plus fortes économies. Elle a des réserves qui représentent 40 % des réserves mondiales. La Chine veut maintenir la compétitivité de ses produits. La roupie mauricienne est en train de devenir bien trop forte.

● <B>Le ministre des Finances estime que l?appréciation de la roupie aidera à réduire l?inflation. Votre opinion ?</B>

L?inflation est principalement le résultat de la flambée des prix des produits pétroliers. En décembre 2006, le prix du baril brut du pétrole était de 50 dollars, contre 100 dollars approximativement aujourd?hui. L?inflation n?a rien à voir avec des facteurs internes. C?est presque entièrement importé. L?augmentation du coût du fuel sera absorbée dans l?économie sur une certaine période étant donné que l?économie va s?ajuster au coût plus élevé de l?énergie.

● <B>Que proposez-vous au sujet de la valeur de la roupie ?</B>

Pour le bien du secteur textile la valeur de la roupie par rapport au dollar doit être de Rs 29 à Rs 30. Pour la livre sterling, elle devrait être de Rs 60 à Rs 62 et pour l?euro, Rs 43 à Rs 45. En décembre 2006, par exemple, la livre sterling s?échangeait à Rs 69. Aujourd?hui, c?est Rs 54. Les entreprises textiles s?attendaient en général à une bonne croissance cette année, et aussi à des profits et un retour sur l?investissement acceptables. Les exportations ont atteint Rs 40 milliards en 2007 et les prévisions sont qu?elles se chiffreraient à Rs 50 milliards pour 2008. Mais la forte appréciation de la roupie vis-à-vis des principales monnaies, euro, dollar et livre sterling, a créé une situation de crise dans l?industrie du textile. Il n?est pas possible pour nous d?établir les coûts de nos produits d?une manière qu?ils soient acceptables par les acheteurs et nous éviter de faire des pertes.

<I>«Je ne suis pas d?accord avec le ministre des Finances qui soutient que la valeur de la roupie reflète les fondamentaux de l?économie.»</I>

● <B>Cette appréciation de la roupie est-elle attribuée à des entrées de devises étrangères dans l?économie?</B>

Oui. Notre économie étant assez limitée, elle ne peut pas les absorber. Ces transferts ne sont pas de l?argent que nous avons généré, mais de l?argent qui arrive sous forme d?aides pour des projets de développement ou des dépôts initiaux pour des projets d?integrated resorts scheme. Il est vrai que les mesures prises par le présent gouvernement depuis deux ans ont donné des résultats extrêmement positifs au niveau de l?investissement direct extérieur (IDE). Ces grosses entrées d?IDE sont à son crédit. Mais le gouvernement ne peut pas permettre une destruction de la base manufacturière par une appréciation injustifiée et déraisonnable de la roupie.

● <B>Pourtant vous êtes de ceux qui ont été optimistes au sujet de l?avenir du textile ?</B>

Le groupe Star Knitwear a toujours soutenu le développement du secteur textile. Nous sommes à Maurice depuis 1985. Le secteur a connu des hauts et des bas, mais a toujours survécu aux problèmes à cause de l?accès préférentiel de nos produits textiles sur les marchés européen et américain. Il y a eu le démantèlement de l?accord multifibre en janvier 2005 qui a causé la baisse d?un tiers de la capacité de production du pays au départ des sociétés hongkongaises.

Nous avons réinventé l?industrie textile. Et des entreprises, y compris GSK, ont fait de gros investissements dans la technologie et des bâtiments pour faire face au manque de main-d??uvre et à un taux de productivité inférieur à celui de nos principaux compétiteurs, la Chine, l?Inde, le Bangladesh, le Cambodge et le Vietnam.

Nous avons offert aux clients des produits à haute valeur ajoutée et amélioré considérablement les délais de livraison. Les clients sont disposés à payer plus cher en raison de la qualité des produits, du service et de la réputation de Maurice comme un bon fournisseur. L?industrie emploie 65 000 personnes et il sera difficile pour la grosse majorité d?entre elles d?être recyclées et trouver du travail dans d?autres secteurs.

<I>Propos recueillis par</I> <B>Alain BARBE</B>

Publicité