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«Nous devons nous réinventer»
L?économie fait du sur place. Le secteur privé serait-il en panne d?idées ?
Je ne le pense pas. Le secteur privé est très résilient. Il l?a amplement prouvé dans le passé. Aujourd?hui, il y a certes des secteurs d?activité en baisse de forme mais il y en a bien d?autres qui marchent. Les choses ont cependant changé. Ce n?est plus aussi facile de maintenir le cap. Les protections tombent et la compétition se fait plus intense. Nous passons par une phase difficile. Nous devons peut-être nous réinventer. Le challenge est de développer de nouveaux créneaux et préserver l?emploi.
Ce serait faux de dire que les entrepreneurs ont perdu de leur intrépidité ?
Ils sont prudents et c?est normal qu?ils le soient. L?avenir n?est plus clairement perceptible et cela, même dans les secteurs connus. Par conséquent, on est réticent à investir gros. Là où les conditions sont plus stables ? tourisme, secteur financier ? la croissance y est.
Mais vous l?avez dit vous-même, le challenge c?est de faire émerger de nouveaux secteurs.
Le gouvernement a ciblé des créneaux comme les Technologies de l?information et de la communication (Tic) et le poisson. Ce qu?il faut à présent, c?est créer un environnement qui favoriserait l?entrepreneuriat. Les incitations sont importantes pour commencer.
Quelle est votre évaluation du potentiel des Tic ?
C?est un projet encore nébuleux. D?où peut-être l?hésitation des entrepreneurs à s?engager. J?estime que cette phase est normale. Le textile a bien pris dix ans pour prendre forme.
Quel parallèle dressez-vous avec la zone franche ?
Le textile a démarré sur un acte de foi. La Banque de développement avait ouvert les vannes pour encourager les entrepreneurs à se lancer. L?Etat avait construit des parcs industriels en anticipation de la demande, exactement comme il le fait à présent avec la cybertour. Le pays a probablement perdu de l?argent dans le processus. Mais nous avons pris des risques qui méritaient d?être pris. Il faudra procéder de la même manière pour les Tic.
On a l?impression de tâtonner dans le noir. On arrive difficilement à trouver nos marques.
A ce stade, il est normal qu?on touche à tout, qu?on explore toutes les possibilités. C?est difficile de prévoir ce qui marchera dans cinq ans. On se cherche jusqu?à qu?on trouve un créneau porteur.
Que dire aux sceptiques qui pensent qu?on parie sur le mauvais cheval ?
Ils ont tort. Le secteur des Tic est vaste. Il ne se limite pas aux centres d?appels et au développement de logiciels. Maurice peut devenir un centre d?externalisation. Il n?y a pas que l?administration. Nous pouvons exporter nos services dans les domaines technique et créatif également.
Le secteur des Tic ne manquera pas de rejaillir sur les autres secteurs de l?économie. Comment le réconciliez-vous avec le textile, par exemple ?
Personnellement, l?Internet me fascine. Mon entreprise, la Vieo Ltd, monte actuellement un projet de vente à travers le Net. C?est une façon de marquer notre présence sur le marché international et de donner aux touristes visitant Maurice la possibilité de continuer à acheter nos produits de chez eux. L?Export Processing Zone Development Authority a créé un marché électronique où les entrepreneurs locaux peuvent échanger leurs compétences. Du reste, le textile est un secteur très high-tech. Dans une large mesure, il appartient déjà au secteur des Tic. C?est loin d?être la sunset industry dont beaucoup parlent.
N?empêche que le textile est confronté à son destin. Vous-même, vous avez dû fermer Bonair, une des premières entreprises textiles du pays. A quoi ressemble le business après la fermeture du centre de production ?
Nous avons formé Vieo, qui est l?exemple même d?un cluster textile. Nous nous concentrons sur le développement et le marketing de produits. La production est confiée à des partenaires, essentiellement des PME. Nous travaillons couramment avec huit d?entre elles, dont quatre qui ont commencé à notre demande.
Les avantages de cette réorganisation sont-ils évidents ?
Nous avons très peu de frais généraux. Nous gagnons en flexibilité. Nos unités de production étant petites, nous ne sommes plus obligés de courir après les grosses commandes. Nous améliorons sensiblement notre temps de réaction. Nos coûts de production baissent et nous améliorons notre compétitivité. Il faut savoir que, dans la confection, le principe d?économies d?échelle ne s?applique pas vraiment. Être gros ne veut pas nécessairement dire qu?on est plus efficient.
Et quid de l?assurance de qualité, de la fiabilité des producteurs ?
Nous avons bâti une relation basée sur l?avantage mutuel avec nos partenaires. Et puis, nous ne nous contentons pas d?être de simples agents. Les produits nous reviennent pour le finish avant la livraison.
L?expérience peut-elle être transposée à l?ensemble de l?industrie textile ?
Ce type de clustering sera de plus en plus la tendance à Maurice. Le pays devra se repositionner. Nous ne pouvons pas nous battre contre la Chine ou le Bangladesh. En revanche, nous coûtons moins cher que le Portugal et l?Italie. Cela implique jouer davantage sur la qualité du service offert. Etre un petit producteur a ses avantages.
Vous prônez donc un retour vers des usines plus petites ?
Il faudra un bon équilibre entre les grosses unités et les petites. Il faudra aussi tisser un réseau industriel plus clustered, plus networked, plus horizontal. Les petites entreprises sont plus faciles à créer. Elles génèrent plus d?emplois et, quand elles ferment, les pertes à ce niveau ne sont pas aussi importantes.
L?emploi est au centre d?un grand débat. Quelle est votre appréciation de la situation ?
Il y a beaucoup de controverse autour des chiffres. Mais il est indéniable que le chômage est en hausse. Nous arrivons à créer suffisamment d?emplois pour ceux qui arrivent pour la première fois sur le marché du travail. Le vrai problème est au niveau de ceux qui perdent leur emploi dans les secteurs traditionnels. Il nous faut élaborer une stratégie défensive. Il faut endiguer les pertes d?emploi.
Que dire du « mismatch » de la demande par rapport à l?offre qui contribue à grossir les rangs des sans-emploi dans le textile ?
Le retour vers des entreprises de taille plus conviviale devrait aider à résoudre ce problème. Ils sont de plus en plus nombreux à ne plus vouloir travailler dans l?univers impersonnel des grosses entreprises. Les partenaires de Vieo, par exemple, n?ont aucune difficulté à trouver des employés.
Pourquoi le concept des « clusters» tarde-t-il à s?imposer ?
Le problème réside dans notre structure industrielle. Nos industriels ne se parlent pas beaucoup entre eux. Ils sont plus habitués à se concurrencer. En même temps, la production n?est pas toujours homogène et il n?est pas évident de toujours trouver des terrains d?entente. Le NPCC organise un atelier de travail sur la question la semaine prochaine. Un changement de mentalité est nécessaire.
Quel avenir entrevoyez-vous pour le textile ?
Déjà, le secteur est devenu plus compétitif. L?année dernière, les exportations n?ont enregistré qu?une très faible baisse alors que les importations ont chuté par une très grosse marge, preuve qu?il y a eu plus de valeur ajoutée. Difficile de dire si le textile continuera à employer 80 000 personnes à l?avenir. Mais si nous jouons nos cartes intelligemment, le textile est là pour encore longtemps.
Nous avons beaucoup compté sur l?AGOA. Avec le recul, diriez-vous que Maurice a mal négocié sa part ?
Je n?ai pas participé aux négociations. Mais c?est clair que, si nous avions pu obtenir la dérogation pour l?importation de matières premières de pays tiers, nous aurions mieux profité de l?AGOA. C?est dommage que nous n?arrivions toujours pas à faire comprendre aux Américains à quel point l?AGOA est important pour nous.
Vous dédiez votre présidence du JEC à la consolidation des PME ?
Il faut encourager l?entrepreneuriat. Celui-ci a l?avantage d?être transsectoriel. J?ai une expérience des PME. J?entends travailler avec les institutions et l?Etat pour la création d?un nouveau cadre qui permette leur plein épanouissement.
Ce ne sont pas les incitations qui manquent. Pourquoi les PME ne décollent-elles pas vraiment ?
Je pense au contraire qu?on ne fait pas assez pour elles. Il ne faut pas focaliser sur le côté hard, à savoir structure, management et capital. Les entrepreneurs sont réticents à se lancer. Ils demandent à être accompagnés dans leurs premiers pas. Je suis en train de réfléchir à une formule de tutorat.
« Le textile a démarré sur un acte de foi. L?État avait construit des parcs industriels anticipant la demande, comme il le fait à présent avec la cybertour. Nous avons pris des risques qui méritaient d?être pris. »
« Nous ne pouvons nous battre contre la Chine ou le Bangladesh. En revanche, nous coûtons moins cher que le Portugal et l?Italie. Cela implique jouer davantage sur la qualité du service offert. »
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