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«Mauritius first»
A la veille de ce scrutin municipal, il est de bon ton d?inviter les citoyens à remplir leur devoir civique, de rappeler aux politiques leurs responsabilités et de vanter les mérites d?une saine démocratie. C?est ce qui se dit d?une consultation électorale à une autre. Nous manquerions probablement à ce devoir si nous étions tentés de nous prendre autrement. Mais le fait demeure que l?infantilisation de la classe politique et le dandysme de certains électeurs imposent une prudence qui nous éloigne d?un discours journalistiquement correct.
Demain, comme trois mois de cela, des citoyens vont élire des femmes et des hommes appelés à remplir certaines fonctions. D?autres, pour la majorité probablement, profiteront de l?occasion pour passer un dimanche tranquille. L?agitation des politiques ne changera pas grand-chose à ce réflexe de minima- lisation du rôle des collectivités locales. C?est cette banalisation de la fonction municipale qui est précisément très révélatrice.
D?abord elle révèle une conception réductrice des conseils municipaux et le mythe de la centralisation. Pourtant, les électeurs urbains n?en sont pas moins exigeants de leurs élus locaux. Même si une majorité ne vote pas, elle n?attend pas moins que l?excellence dans la prestation des services municipaux. Mais, en même temps, dans une sorte de réflexe lucide, elle sait aussi que depuis longtemps, surtout depuis que l?imagination n?est plus au pouvoir dans nos municipalités, c?est le gouvernement central qui décide de tout. Cela n?est pas près de changer, à moins que?
A moins que les électeurs refusent de se laisser instrumentaliser, qu?ils prennent conscience d?eux-mêmes de l?importance d?une politique réformiste que ce soit à l?Hôtel du gouvernement ou dans les Hôtels des villes. Certes on ne change pas les mentalités en l?espace de quelques décennies. D?autant plus qu?il existe de nombreux complaisants qui se satisfont du parcours réalisé et de l?évolution de notre imaginaire social. C?est cette déférence et absence d?ambition et d?anticipation qui ont fait que nous avons perdu prise sur la réalité.
La population mauricienne, dans une large majorité, se signale aujourd?hui par une certaine inconscience. Des auditeurs interviennent à la radio pour affirmer que, même si le transport gratuit n?est qu?une pâtisserie éphémère pour les personnes âgées, au moins celles-ci pourront en profiter pendant quelque temps. C?est tout dire de l?interprétation qu?on peut avoir de l?Etat ! Une forme d?assistanat est en train de prendre place dans les mentalités. Au lieu de réformes en profondeur, on intervient dans la superficialité des choses.
Avec la campagne de l?Alliance sociale aux municipales et les premières initiatives du gouvernement de l?Alliance sociale, il y a un abêtissement profond à vouloir «putting people first» alors que depuis longtemps, il nous faut penser à «putting Mauritius first». Ceux qui croient que cela revient à la même chose ou qu?il ne s?agit que d?une vaine nuance sémantique, ceux-là apprendront rapidement à leurs dépens à faire la différence entre populisme et une gestion rationnelle des ressources de l?Etat.
L?urgence d?une prise de conscience collective est pressante. Il faut seulement espérer qu?une fois l?échéance municipale passée, chacun reviendra à l?essentiel. A ce qui fait la force d?un pays. A sa capacité à se garantir des investissements. A combattre le chômage à travers une politique empreinte d?inventivité. A ne plus vivre les fléaux sociaux comme des fatalités.
A définir un système éducatif où la réussite d?une élite ne se fera pas au détriment d?une majorité de collégiens. Alors, disons les choses comme il le faut : le temps des gâteries est passé. Tout comme celui qui exige de satisfaire la gourmandise de certains électeurs.
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