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«Maurice est une démocratie vivante»
?<B>Quelle appréciation un spécialiste des droits de l?homme tel que vous porte-t-il sur Maurice ? </B>
Maurice est une success story. Quand la Grande-Bretagne a accordé l?indépendance à ses colonies, elles ont toutes eu droit à une Constitution. Voyez autour de vous, regardez ce que les autres en ont fait. 36 ans, c?est beaucoup. Pendant tout ce temps, Maurice, malgré ses problèmes internes, est restée une démocratie vivante où la Constitution n?est pas bafouée.
Sur le plan légal, j?ai été très impressionné par les avocats que j?ai rencontrés à Maurice. Il me semble que ce sont des gens sur qui Maurice peut compter à chaque fois que la Constitution est menacée ou, tout simplement, lors d?un procès en cour. Le niveau du système judiciaire me semble très raisonnable.
?<B> La question de revoir les pouvoirs du DPP avait été soulevée lors de votre dernière visite à Maurice. Qu?en pensez-vous ? </B>
Tout changement à ce niveau doit se faire après mûre réflexion et consultations. Il est important qu?un amendement constitutionnel ne soit pas simplement une réaction à des cas particuliers. Les effets à long terme d?un tel changement doivent aussi être pris en considération. Les changements constitutionnels doivent avoir le soutien des toutes les communautés à Maurice, afin d?éviter des conflits intercommunaux, qui pourraient éventuellement se transformer en protestations violentes et en perte de confiance dans le judiciaire. La Constitution doit toujours être traitée avec le plus grand respect.
?<B>On se rappelle l?un de vos commentaires ? que Maurice a une très bonne réputation au niveau des droits de l?homme. Qu?est-ce qui vous fait dire cela ? </B>
Maurice fait partie de l?Afrique. En Europe, à tort ou à raison ? le plus souvent à raison ? le continent africain, sauf pour l?Afrique du Sud, est jugé davantage par le degré de confiance dans le judiciaire et la protection des citoyens que dans le taux d?investissement ou de fréquentation touristique. Maurice a la réputation d?être un endroit sans grand danger et les investisseurs se sentent en sécurité. C?est l?une des ressources les plus précieuses de votre République et qui, de plus, est garantie par sa stabilité constitutionnelle. Maurice n?a jamais connu de dictateurs ni n?a été victime de coups militaires, et, en Afrique, c?est quand même assez unique.
?<B>Récemment, nous avons connu plusieurs cas de personnes qui font l?objet de charges provisoires et à qui la liberté conditionnelle est refusée. La procédure elle-même peut durer des années et les personnes pourrissent en prison, un peu comme Cehl Meeah?</B>
Je l?ai dit lors de ma dernière visite, je l?ai d?ailleurs recommandé aux politiciens ? en Angleterre, nous avons maintenant un système de Custody Time Limit. Cela a été appliqué avec succès, imposant une discipline nouvelle au bureau des poursuites. Nous avons maintenant un système plus efficace où les affaires en cours sont traitées plus rapidement. Cette mesure se justifie parce que nous devrions tous réaliser que nous-mêmes, un membre de notre famille ou un ami pourrions un jour faire l?objet d?accusations. Bien sûr, s?ils étaient trouvés coupables, ils devraient payer les conséquences, mais s?ils étaient innocents, il serait très important qu?ils ne languissent pas en prison pendant des mois, voire même des années.
Egalement, du point de vue de la poursuite, les preuves perdent de leur pertinence. Les risques d?erreurs judiciaires sont limités si l?affaire est prise quand tout est encore frais dans la mémoire des témoins.
?<B>Il existe aujourd?hui à Maurice la perception que, pour obtenir justice, il faut aller au Conseil privé. Vos commentaires ? </B>
Je ne crois pas que les gens ne peuvent avoir justice à Maurice, dans le cours normal des choses. Le recours au Conseil privé ne doit être utilisé que dans des cas exceptionnels. C?est une très bonne chose que Maurice puisse avoir accès à un système légal tel celui que nous avons en Angleterre et puisse profiter de l?expérience des juges du conseil. Mais ce recours doit, encore une fois de plus, être utilisé avec modération.
?<B>Puisque nous parlons de prisons, quel devrait en être le but ? </B>
C?est un débat universel ! Les prisons doivent avoir plus d?un but. Le but principal devrait être la réhabilitation et cela dans l?intérêt des prisonniers eux-mêmes, et dans celui du public. Ce doit être la principale raison d?être des prisons. Cela dit, la prison doit aussi parfois être utilisée comme un moyen de dissuasion.
?<B>Dans quelle mesure le droit à la rémission est-il important ? </B>
Il y a deux raisons principales quant à l?importance du droit à la rémission. Premièrement, les prisonniers doivent être disciplinés et contrôlés. Il faut leur donner à penser que, sans discipline, ils pourraient perdre quelque chose. S?il n?y a rien à perdre, les prisons deviennent difficiles à gérer. C?est aussi une manière humaine d?imposer la discipline en prison, au lieu de se limiter à des peines plus sévères. Un peu d?humanisme demanderait qu?un peu d?espoir soit laissé aux gens. L?accès à la rémission aide au processus de réhabilitation puisque les prisonniers pensent alors qu?ils pourront toujours faire plus d?effort pour améliorer leur sort.
?<B>Changeons de sujet. La Constitution garantit au citoyen le droit de ne pas être « déraisonnablement emprisonné ». Le terme raisonnable étant sujet à interprétation. Comment faire la distinction entre un emprisonnement légal et un autre illégal ? </B>
L?idéal serait bien sûr une conclusion rapide à toute affaire. Pour justifier une détention provisoire, l?Etat doit pouvoir prouver que l?accusé représente un danger public. En l?absence de preuves, la présomption d?innocence doit avoir préséance. La norme doit être que l?homme qui est présumé innocent ne doit pas être détenu.
?<B>Nos cours de justice semblent constamment lutter entre leur double rôle, protéger les droits des citoyens et punir ceux qui enfreignent les lois. Comment réconcilier ces deux vocations ? </B>
Les cours de justice à Maurice ont exactement les mêmes problèmes que tous les tribunaux du monde. C?est là où le concept de la séparation des pouvoirs devient important. Les politiciens aiment crier à tort et à travers qu?ils vont durcir les lois ; c?est une question de popularité. Par contre, le sort de l?individu doit être laissé aux cours de justice. Celles-ci ne sont influencées ni par la popularité ni par les conséquences politiques de leurs décisions.
?<B> Nous faisons face aussi aux menaces du gouvernement pour limiter la liberté d?expression de la presse en général, mais plus particulièrement des radios. Où s?arrête le droit à l?information, et où s?arrête le droit à la vie privée ? </B>
La règle doit être que les gens ont le droit de savoir. L?exception peut être justifiée par l?intérêt public ou par une affaire d?Etat. La convention internationale des droits de l?homme place la liberté d?expression très haut dans la hiérarchie des droits fondamentaux. Cela à cause de notre expérience des Nazis et des autres dictateurs que l?Europe a connus. Nous avons appris que la dictature porte toujours un masque. Ce sont les journalistes et la presse qui doivent être vigilants, pour protéger les droits des autres. Et cela, vous ne pourrez le faire que si vous avez la liberté d?expression.
?<B>Durcir les lois sur la diffamation serait-il une manière détournée de limiter le droit d?informer ? </B>
La pratique dans la majorité des pays va plutôt à l?encontre du durcissement de la loi sur la diffamation. Ceux qui prennent des décisions doivent accepter que leurs décisions soient critiquées. C?est un mauvais signal que le gouvernement envoie.
?<B>Votre appréciation sur le problème des Chagos ? </B>
Je n?ai pas suivi l?affaire donc je ne peux me prononcer mais je voudrais ajouter qu?il existe un précédent. Les habitants de Nauru ont poursuivi la Grande-Bretagne, il y assez longtemps et, après une longue bataille juridique, ils ont pu toucher leurs compensations. Je dirai au gouvernement mauricien de ne pas baisser les bras et de s?assurer que toutes les avenues légales soient explorées.
«Les politiciens aiment crier à tort et à travers qu?ils vont durcir les lois; c?est une question de popularité. Les cours de justice ne sont influencées ni par la politiqueni par la populariténi par les conséquencesde leurs décisions.»
«Ce sont les journalistes et la presse qui doivent être vigilants, pour protéger les droits des autres. Et cela,vous ne pourrez le faire que si vous avezla liberté d?expression.»
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