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«L?autocrate» mal-aimé
«Et le sourire revient?», dit un douanier, les mains dans les poches, en sortant des bureaux de la douane à l?immeuble IKS à Port-Louis. Il réagit au départ de son ancien patron, Bert Cunningham, du poste de directeur des douanes. Sa remarque en dit long sur le manque d?égards dont des douaniers feraient preuve envers l?ancien directeur.
Nous les avons rencontrés mercredi, à l?heure de la pause déjeuner. Ils sont repérables au ruban bleu qu?ils portent autour du cou pour retenir le petit badge qui affiche leur identité. «Si vous arrivez à trouver un douanier sur cent vous témoignant de la sympathie pour Cunningham, c?est déjà beaucoup», dit un autre officier de la douane. «Il aurait dû partir plus tôt.» Il jette un coup d??il autour de lui et demande : «Pena kamera par la ?» puis s?éloigne.
En sus de ses relations conflictuelles avec les membres de la direction de la Mauritius Revenue Authority (MRA), Bert Cunningham s?était aussi mis à dos ses propres subordonnés. Pourquoi cette véritable obsession envers le Canadien ? Si la direction de la MRA s?est déjà prononcée sur les problèmes relationnels avec l?ancien directeur des douanes, les douaniers, eux, considèrent que tout est parti d?une déclaration de Bert Cunningham rapportée dans la presse.
C?était le début des hostilités. «Lorsque le chef de la douane déclare que la majorité des douaniers sont corrompus, on peut s?imaginer le moral de la troupe entière. Sur quoi s?est-il basé pour faire de telles affirmations ? Il faut des preuves pour dire que les douaniers sont des corrompus. Au cours des six ans qu?il a été à la douane, il a eu tout le temps de faire le nettoyage, si vraiment il y avait autant de pourris. Or, aujourd?hui, il est en train de dire que plusieurs personnes sont des corrompus, y compris certains hauts officiels du gouvernement», dit un douanier.
<B>«Une culture pas compatible»</B>
Un technicien de la MRA, lui, fait remarquer : «Dans la rue, quand on porte un zoli linz ou enn zoli soulie, les gens colportent toute sorte de rumeurs, du style enn douanie sa, sirman li finn kokin sa pou li gaygn sa.» Derrière ses lunettes qui lui confèrent un air d?intellectuel il décrie avant tout «le style de leadership» de Bert Cunningham. «C?est sa méthode autocratique qui a fait que tout le monde se retourne contre lui. Il faut respecter les institutions du pays et non les accuser de toutes sortes de choses. On ne peut que désapprouver cette approche.»
Pour lui, «Bert Cunningham est lui-même responsable de la situation dans laquelle il se retrouve aujourd?hui. Il avait une culture qui n?était pas compatible avec beaucoup d?entre nous. Si seulement il avait pu soigner ses relations avec ses douaniers, aussi bien qu?il l?a fait avec une certaine presse, il aurait été le meilleur receveur des douanes que le pays ait eu».
A l?union des employés de la MRA, certains reconnaissent le travail abattu par l?ancien directeur des douanes. «Il a apporté beaucoup de changements et ça c?est indéniable. Bons ou mauvais, je vous laisse en juger. Il aurait toutefois dû être comme un père écoutant ses enfants au lieu de les réprimander à chaque fois», nous confie-t-on.
Avec le départ du directeur des douanes, une petite minorité d?employés dit craindre pour son avenir. Il s?agit de membres du FAST team. Déjà, il se chuchote dans les couloirs que «cette garde rapprochée» risque de connaître un triste sort, voire même son démantèlement.
Cette petite équipe spécialisée dans l?investigation de fraudes douanières aurait aussi été utilisée comme «service de renseignements» à Bert Cunningham, disent certains. On soupçonne cette équipe d?avoir renseigné la direction sur certains importateurs et douaniers qui auraient agi de manière irrégulière. Il est indéniable que sa proximité avec l?ancien directeur des douanes a été mal perçue par certains dans les services de la douane.
Il semble qu?une situation de clanisme existe bel et bien à la douane. Il y a ceux, dont certains syndicalistes, qui ont toujours été opposés à confier le poste de directeur des douanes à un étranger. Et il y a ceux qui se sont regroupés autour de Neimduth Bissessur, assistant directeur au département de la recherche. Il était autrefois pressenti pour être le numéro 1 de la douane.
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