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«L?arbre a poussé de travers»
Vous avez participé à la création de la commission anti-corruption. Tant d?espoir au départ pour en arriver à cette situation. Quelle est votre analyse ?
Il y a eu un amoncellement de gaffes. Tout le monde évoque le conflit entre le commissaire Navin Beekarry et le directeur des enquêtes Roshi Bhadain. Au départ, ce sont deux jeunes très intelligents et capables. A certains moments, ils ont dégagé l?impression d?être un duo terrible, faisant peur, agissant «without fear or favour». Les mafias de la fraude et de la corruption ont eu toutes les raisons d?avoir peur. De gros bonnets de la haute finance et de la politique ont été pris.
Hormis la mauvaise administration et les faiblesses, l?Icac a quand même commis plusieurs gaffes par ses empressements et maladresses dans les enquêtes. Le résultat est que la commission a perdu plusieurs procès en cour. Elle a blessé ça et là certaines forces. Aujourd?hui, ces forces se sont réorganisées et passent à la contre-offensive. Et c?est là que l?Icac est très vulnérable.
Dans de gros scandales, par exemple celui de la MCB-NPF, ils ont tourné en rond et tout le monde a été dessaisi du dossier. L?Icac, à la suite de ses déboires en justice, a émis des communiqués pour expliquer qu?elle ne dispose pas des pouvoirs d?arrêter ou d'instituer des poursuites. Une lecture sommaire de la loi démontre qu?elle l?a bel et bien. D?ailleurs, la Cour suprême l?a confirmé.
Maintenant, il semble que le département légal et la Corruption Investigation Division, sur lesquels repose l?Icac, ne fonctionnent pas. Le comité parlementaire aurait dû intervenir sur des maux pareils. L?Icac ne fonctionne pas selon la loi. La faute en revient à tous, à commencer par la commission et jusqu'à la présidence de la République.
Au total, l?Icac est un arbre qui a poussé de travers. Mais il y a parfois des cyclones qui prennent des forces pour que l?arbre soit vite déraciné.
Vous y avez vous-même participé. Quelles ont été vos impressions au tout début ?
J?ai participé en partie à la création de l?Icac, en ma capacité de membre du Select Committee sur la fraude et la corruption. Ce comité s?est penché sur la mise en place d?une institution inspirée du modèle hongkongais.
Nous, l?opposition, étions d?accord sur les grandes lignes avant même que l?on rédige le texte de loi. Par la suite, nous avons été appelés à démissionner quand le Select Committee a été convoqué un jour férié pour approuver, en quelques heures, un rapport de 400 pages qui serait éventuellement déposé à l?Assemblée nationale trois jours plus tard. Ainsi, la création de l?Icac ne s?est pas faite sous de meilleurs auspices. N?empêche que nous avons décidé de participer au comité parlementaire, selon les dispositions du Prevention of Corruption Act, afin de mettre toutes les chances du côté de l?Icac, de rallier la population pour que la commission assume son rôle de bon augure.
L?espoir était donc présent au départ?
Oui. On a essayé de donner à la commission sa légitimité, sa respectabilité et la confiance de la population. Mais l?Icac a démarré avec une faiblesse. La commission a recruté des jeunes très intelligents, manquant malheureusement de maturité et d?expérience. L?idéal aurait été de recruter sur contrat quelqu?un disposant de ces attributs avec des jeunes sous sa responsabilité pour qu?ils acquièrent de l?expérience, et pas seulement de l?administration, et la maturité de traiter avec d?autres institutions du pays.
En dépit de toutes ces critriques, l?Icac demeure-t-elle une institution indépendante ?
Elle est condamnée à subir la même loi que l?Economic Crime Office aussitôt qu?elle ose exercer ses pouvoirs, selon les dispositions de la loi, sans peur ni crainte.
Qu?est-ce que vous préconisez pour que l?Icac soit crédible ?
Pour qu'elle puisse combattre la fraude et la corruption dans tous les secteurs de la vie, selon les dires du commissaire, il doit y avoir une volonté politique. Qui plus est, il faudrait amender la loi pour combler les lacunes, revoir le fonctionnement du comité parlementaire et remanier le personnel. Et s?il faut prendre des sanctions, qu?on les prenne contre ceux qui ont failli à leur devoir. Mais y a-t-il cette volonté politique ?
Pour ce qui est du comité parlementaire, je propose que les réunions se déroulent en public, en toute transparence. Dès ce moment, on saura qui assume ses responsabilités ou pas. Le public est tenu de savoir si les cinq députés de l?opposition et de la majorité consomment des gâteaux piments ou s?ils oeuvrent en faveur du bon fonctionnement de l?Icac.
Si la question d?amender se pose, quelles seront les clauses à modifier ?
D?abord, il y a celle portant sur les pouvoirs d?arrêter. Ceux-ci existent mais sont contraignants. L?on devrait élargir le champ d?action. Les Powers of Arrests ne commencent pas uniquement quand on craint qu?un suspect soit en mesure de fuir le pays ou de faire pression sur les témoins.
Ce faisant, l?Icac ne serait-elle pas une police parallèle ?
Aucunement. Soit la commission agit, soit on laisse le tout à la police. D?ailleurs, la police et l?Icac doivent collaborer. A maintes reprises, au Parlement et ailleurs, j?ai précisé que le scandale MCB-NPF est un cas de détournement de fonds qui relève tant de la police que de l?Icac.
Propos recueillis par Kamlesh BHUCKORY
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