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«L?amendement constitutionnel est l?occasion de parfaire la démocratie»

25 juillet 2003, 20:00

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  • Quel regard portez-vous sur ces changements constitutionnels ?

Je pense que nous aurions dû en profiter pour aborder les thèmes de représentation des femmes à l?Assemblée, du rôle des médias et dans les campagnes électorales, du financement des partis et la loi anti-transfuge.

Je crois que l?occasion est propice pour consolider, pour parfaire notre démocratie, et non pas présenter un projet de loi pour faire valoir, pour mettre en pratique un arrangement électoral. La présidence est quand même une institution fondamentale qui fait partie de notre système démocratique et ne doit pas simplement être présentée comme ?

  • Un fauteuil douillet ?

(Rires...)

  • Avec ces nouveaux pouvoirs, y a-t-il un risque de crises politiques et constitutionnelles ?

Le président ne peut pas décider comme ça, par caprice, de dissoudre ou de ne pas dissoudre le Parlement. Il y a des normes à respecter. Il n?agit pas sur un coup de tête. De même qu?on ne démissionne pas sur un coup de tête. C?est une éventualité, mais infime, et je ne prévois pas de crises constitutionnelles face à ces pouvoirs qui sont, somme toute, très limités.

  • Le fait de donner plus de pouvoir au président ne risque-t-il pas de dégrader ses relations avec le PM ?

Je ne sais pas car je ne connais pas ce qui va être exactement modifié. Mais d?après ce qui a été publié, et d?après le rapport Sachs, ce ne sont pas des amendements majeurs. Ils ne seront pas de nature à changer le système.

  • Seriez-vous pour un système bicéphale ?

Non, ce serait dangereux pour un pays comme Maurice. Bien sûr, la Constitution n?est pas figée, il faudra des amendements, mais je suis partisan du système tel qu?il est, c?est-à-dire proche de la tradition démocratique mauricienne. Le PM est élu par le peuple, il détient son pouvoir des urnes. Le président lui, est élu par les représentants du peuple et il est le garant de la Constitution.

  • Mais avec plus de pouvoir, le président devrait-il être élu au suffrage universel, comme le Premier ministre ?

A ce moment-là, ce serait complètement changer de système et je prévois plus de tension. Le président et le PM pourraient être de deux positions politiques et ce serait alors le désastre.

  • Vous avez été président pendant 10 ans et avez connu deux PM et plusieurs VPM. Comment définiriez-vous les rapports qui existent entre un président et un PM ?

Selon la Constitution, le Premier ministre est tenu de garder le président informé des décisions majeures qui ont lieu au Conseil des ministres. Il est aussi tenu de répondre aux éclaircissements que le président pourrait souhaiter avoir.

Selon la formule, qui existait déjà à l?époque pré-républicaine, le Premier ministre rend visite au président pour une consultation hebdomadaire au cours de laquelle le PM passe en revue ce qui a été fait et ce qui est planifié, les grandes orientations en cours ou à décider.

Et les relations ne peuvent être que cordiales pour des échanges utiles. Cela a en tout cas été le cas pour moi lors de mes 10 années à la présidence.

Je ne parlerai pas de rapport de force, car chacun sait où il se situe par rapport à la Constitution. Les positions respectives du président et du Premier ministre sont définies dans la Constitution et chacun connaît ses pouvoirs et ses prérogatives. Ce n?est pas dans l?intérêt de l?un de marcher sur les plates-bandes de l?autre.

  • On dit que vous suiviez de très près les décisions ?

Le président, quand il prête serment, se doit de faire respecter la Constitution et la loi. Si vous n?êtes pas tenu au courant de ce qui se fait dans le pays, dans le domaine politique, économique et social, vous ne serez pas capable d?assumer cette responsabilité. C?est pourquoi je considérais de mon droit et de mon devoir de suivre de près la politique.

N?allez pas comprendre par là que j?intervenais dans les décisions, comme certains le pensaient. J?intervenais en tant que président sur les questions nationales, sur un certain nombre de sujets, sur les fléaux sociaux.

Ce qu?il faut voir aussi c?est l?esprit de la Constitution qui fait du président le premier personnage de l?Etat. Il n?est pas sagement enfermé dans son château, en attente d?une invitation à couper le ruban. En tout cas ça n?a jamais été mon interprétation du rôle d?un président de la République mauricienne.

  • Aujourd?hui, quels devraient être les pouvoirs du président ?

Je pense que l?on pourrait donner au président certains pouvoirs sans que cela n?affecte le système, notamment le pouvoir discrétionnaire en matière de pourvoi en grâce. Le président devrait pouvoir décider seul. J?en avais déjà discuté avec Sachs. Selon la Constitution, le président agit de trois manières : le plus souvent, «on the advice of», où il n?a pas son mot à dire. Deuxièmement, moins souvent, «after consultation with», où il peut ne pas considérer l?avis de son interlocuteur, généralement le PM. Mais dans la pratique, il est obligé de le prendre en considération. Troisièmement, et rarement, «on his own deliberate judgment», où il est libre d?exercer ses pouvoirs.

Il ne faudrait pas inverser l?ordre, mais j?estime que pour certaines nominations, le président devrait être libre de choisir lui-même. Il faudrait par exemple profiter de l?occasion pour faire en sorte que le directeur général de la MBC soit nommé par le président. Car ce directeur aura beau être impartial, on verra toujours en lui un nominé politique.

Je pense aussi que l?on aurait dû apporter le débat sur l?institution d?une deuxième Chambre, qui serait composée d?une vingtaine de personnalités, expertes dans les disciplines les plus variées. Cela constituerait non pas un frein mais permettrait de donner plus de réflexion aux projets de loi présentés.

Au fil des ans, je vois d?autres pouvoirs additionnels. Ce serait une évolution positive si les pouvoirs étaient, non pas partagés dans le sens d?un pouvoir bicéphale, mais partagés pour que le Premier ministre ne soit pas un «monarque élu».

  • En tant qu?ancien membre du MMM, quel commentaire faites-vous de l?accession de Paul Bérenger au poste de Premier ministre ?

C?est un choix populaire d?avoir un mandat avec deux Premiers ministres. Un choix du peuple qui doit être respecté. Pour Paul Bérenger, c?est le couronnement d?une vie de lutte politique. Il a été un full-time politician toute sa vie, le seul de ces trois dernières décennies peut-être.

Il a des qualités qui peuvent faire de lui un bon PM, mais encore faut-il qu?il puisse devenir l?homme d?Etat que l?on est en droit d?attendre. J?espère pour le pays qu?il réussisse son mandat.

  • Lorsque le PM démissionne, ses ministres ne devraient-ils pas démissionner également ?

C?est une question de procédure, que je me pose également. Selon moi, avec la démission du PM, tout le cabinet devrait démissionner. Le nouveau PM peut reconduire les mêmes personnes aux mêmes postes ministériels

Si l?on prend l?Inde comme exemple, on voit que cela s?est produit lorsque Nehru est mort.

  • Des rumeurs veulent que Raouf Bundhun sera remplacé à la vice-présidence. Qu?en pensez-vous ?

C?est très mauvais pour l?institution. Le vice-président est élu pour cinq ans. Il ne peut quitter son poste que s?il démissionne volontairement, s?il commet un acte anticonstitutionnel ou s?il perd la tête.

Agir autrement, influencer, si la nouvelle est fondée, c?est traîner l?une des institutions les plus essentielles dans la boue

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