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«La mort dans la peau» Matt Damon, la cible à abattre

4 novembre 2004, 20:00

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Robert Ludlum (1927 – 2001), célèbre auteur de romans d’espionnage, tous des bestsellers, dont The Bourne Identity – La Mémoire dans la Peau et The Bourne Supremacy – La Mort dans la Peau, déclara à plus d’une reprise que ses romans étaient écrits de manière à se dérouler comme au cinéma. De là, à penser que le trajet inverse, effectué par un réalisateur compétant résulterait automatiquement en un gros succès en salles…. Sam Peckinpah s’y risqua en 1983, tournant The Osterman Week End avec d’heureux résultats. John Frankenheimer s’y essaya deux ans plus tard avec The Holcroft Covenant (dans lequel Michael Caine incarnait un américain d’origine allemande), mais avec nettement moins de bonheur. Et, continuant dans le sens de la baisse de qualité, il y eut aussi une adaptation de The Bourne Identity en série télévisée sur laquelle il serait inutile de s’attarder.

Cela pour dire à quel point l’adaptation d’une œuvre écrite à l’écran n’est pas chose évidente et qu’un bon sujet avec une histoire déjà écrite, donc servie sur un plateau, ne donnent pas forcément un bon film. La preuve étant que pour La Mémoire dans la Peau, version 2002, de Doug Liman, les scénaristes Tony Gilroy et William Blake Herron n’ont laissé du roman que le personnage et une partie du tout début de l’histoire, avec les résultats que l’on sait. La Mort dans la Peau, suite des aventures de l’ex-agent secret Jason Bourne – Matt Damon, ne garde du roman que le personnage original, l’histoire étant réécrite de bout en bout.

Comme dans le premier tome, elle se passe à notre époque et ce n’est non pas Carlos, le terroriste de notoriété internationale, que doit affronter Jason Bourne, mais sa propre personne ; c’est-à-dire, celui qu’il était avant. Ce passé qu’il découvrait à la fois, fascinant et effrayant, dans le film précédent revient cette fois le relancer d’une manière des plus tragiques. Alors qu’il a trouvé un répit que l’on devine momentané à Goa en Inde, la balle d’un assassin qui lui était destinée vient frapper sa compagne Marie – Franka Potente à la tempe, la tuant sur le coup.

Pour Bourne, il n’y a aucun doute possible : ce tueur a été envoyé par ses ex-employeurs, c’est-à-dire, la CIA. Au même moment, à Berlin, deux agents de la CIA se font tuer au cours d’une opération visant à récupérer d’importants documents qui avaient disparu. Lorsque les empreintes de Bourne sont retrouvées sur les lieux du carnage, Pamela Landy – Joan Allen, qui commande la mission jure d’avoir la peau de ce dernier. Le coup semble bien avoir été monté par un officier des services secrets russes, mais l’histoire ne s’arrête pas là. Elle est un plus complexe, plus tordue et plus pertinente à notre époque de “fin de toutes les idéologies” et d’internationale mafieuse des gens de pouvoir.

Le premier volume, signé Doug Liman, mettait en scène ce personnage d’agent secret qui, de par son amnésie, réagissait d’instinct aux situations dans lesquelles il se trouvait. Le succès du film était dû autant à la façon dont ces réactions (presque de prédateur aux abois) étaient mises en scène qu’à la découverte que faisait le personnage de lui-même. L’ouvrage du réalisateur fut salué par tous. Paul Greengrass, réalisateur choisi pour ce deuxième volume, a signé il y a deux ans un semi documentaire à caractère politique intitulé Bloody Sunday. Ce qui n’est pas forcément un désavantage, même si beaucoup avaient du mal à imaginer cet auteur indépendant aux commandes d’une grosse production hollywoodienne. Par contre, réussir la suite d’un film dont le sujet (un agent secret frappé d’amnésie) avait perdu toute nouveauté, représentait certainement une gageure. Beaucoup, sinon tous, avaient apprécié le côté humain du premier film, mais cet aspect était moins exploitable dans le second ; du moins dans le sens d’avant, celui de la découverte.

<B>Privilégié l’astuce au spectaculaire

Paul Greengrass a choisi de faire un film très physique par rapport au premier. Mettant en pratique le fameux précepte d’Hitchcock quant à l’explosion de la bombe ( le spectateur sait que la bombe explosera mais ne sait pas quand elle explosera), il substitue à celle-ci l’irruption de la violence dans le récit, arrivant à nous prendre par surprise non pas aux moments mais dans les instants les plus inattendus – ces quelques secondes où nous ne voyons rien venir, comme lorsque Bourne se fait appréhender à l’aéroport de Naples.

Son film joue donc beaucoup sur les courses poursuites et les combats avec un impératif : privilégier l’astuce plutôt que le spectaculaire. La poursuite en voiture au beau milieu d’un embouteillage dans les rues de Goa, ou à pied dans les rues de Munich en sont des exemples. On pourrait aussi parler du moment ou Bourne se fait passer pour un ivrogne à Moscou ou encore du combat avec un magazine enroulé. Certains lui ont reproché de prendre ce parti de l’action, (à tort selon mon humble opinion), car le récit prend une part toute aussi importante dans ce deuxième épisode ; il est développé et porté plus loin dans le sens de la noirceur. C’est tout le travail du scénariste Tony Gilroy qui mérite d’être salué.

La Mort dans la Peau, une fois lancé par le drame du début, s’aventure dans un recoin des plus noirs du passé du personnage principal tout en y greffant une actuelle histoire de barbouzes. Cette histoire vient donner substance au passé, tout en ayant une existence propre. Car elle contient en plus d’une trahison antérieure, un affrontement à distance entre Matt Damon et Joan Allen. On suppose qu’il fallait bien une présence féminine, Franka Potente étant partie très tôt, mais il ne s’agit pas pour autant de mettre un peu de douceur dans un monde de brutes, loin de là.

Ce personnage que remplit si bien Joan Allen est une analyste de la CIA, elle est une fonctionnaire d’État qu’on devine autorisée à signer l’arrêt de mort de quiconque gênerait sa mission. On la devine déterminée, efficace, aussi froide et dure comme l’acier trempé, digne pendant des sheriffs dans certains westerns d’autrefois. Tout cela n’est pas dit en paroles dans le film, c’est juste l’impression qu’on a lorsqu’on voit Brian Cox (incarnant Ward Abott, un autre chef de service) très mal à l’aise en sa présence.

Face à elle, Matt Damon toujours aussi naturel dans la peau de Bourne. Comme on s’y attend, le personnage a les réactions éclaires d’un fauve, mais il est encore plus tourmenté que dans le film précédent. Parti en quête de vengeance, il découvre que son passé recèle un acte abominable et sa quête devient celle d’une rédemption.

Il est difficile de dire s’il la trouve réellement, au terme de ce deuxième épisode et, à ce sujet, les propos du réalisateur lors d’un entretien avec la presse sont assez révélateurs : “Jason Bourne est un héros différent de ceux que l’on peut voir habituellement. Son voyage s’apparente à une quête initiatique où il va apprendre à se connaître, où il va passer par plusieurs stades de réflexion. Mais le plus effrayant, et le plus intéressant, c’est que l’on devine tous, inconsciemment, que son histoire n’aura jamais de fin heureuse.”

On le devine, effectivement. Et tout laisse espérer que cette fin pourrait être le sujet d’un troisième (et dernier ?) épisode.

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