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«La MBC tient à l?indépendance de sa ligne éditoriale»

23 septembre 2005, 20:00

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● <B>On pourrait vous appeler le nouveau directeur de la MBC, mais on pourrait aussi vous appeler le numéro 1 de la boîte à propagande?</B>

Propagande de qui ?

● <B>Du gouvernement du jour bien entendu. </B>

(Hésitations?) Je connais la MBC depuis 1976. Je suis parti, j?y suis retourné. Je trouve ce terme inacceptable. La MBC est régie par le MBC Act qui est respecté à la lettre. Il y a certes eu des critiques, des insatisfactions contre la MBC mais autant que je me souvienne, jamais personne n?est parvenu à nous attaquer. Vous savez, la MBC a toujours été un enjeu pour les politiciens de tous bords et je concède que certaines critiques sont justifiées mais c?est inhérent à la profession. Mais de là à dire que nous faisons de la propagande, non.

● <B>Beaucoup, comme vous d?ailleurs, évoquent volontiers le «MBC Act» à chaque fois que l?on parle du rôle de la MBC. N?est-il pas temps de revoir cette législation ? </B>

Je n?ai pas encore eu le temps de l?étudier en profondeur depuis mon retour.

● <B>Mais quels sont les paramètres de cette loi ? </B>

Le fair reporting. Et le principe de base est resté le même depuis 1982. Et personne ne peut contester le fair treatment que l?on donne lors des émissions politiques.

● <B>Mais est-ce qu?il y a « fair treatment » dans le traitement de l?information ? </B>

Écoutez, il y a les journalistes et la rédaction et il y a la direction générale. Le rédacteur en chef ne donne pas d?instructions aux journalistes et la direction ne donne pas d?instructions à la rédaction. C?est le journaliste qui décide quel traitement qu?il va donner à une nouvelle. En ce qui concerne le temps d?antenne, c?est un jugement subjectif car c?est la rédaction qui décide de cela en toute indépendance de la direction. Je dis que c?est subjectif parce que c?est pareil dans toute rédaction que ce soit chez vous ou chez nous. Cette indépendance de notre ligne éditoriale, nous la revendiquons.

● <B>Mais vous êtes un service public?</B>

? et en tant que tel, nous avons un devoir, je le dis bien, un devoir, d?informer le public des activités qui se passent à Maurice. Nous sommes une station nationale qui entre dans le salon des gens et ces derniers nous paient. Nous sommes très conscients de cela. Je voudrais aussi ajouter que dans un pays démocratique, quand le peuple a donné un mandat à un gouvernement, n?est-ce pas notre devoir d?expliquer et d?amener ce changement ? Que nous le faisons bien ou mal n?est pas la question. Mais ce devoir revient à la MBC.

● <B>Ce devoir veut dire amener les activités ministérielles au public ? </B>

Une information, une activité. Pas que des ministres.

● <B>Toujours est-il qu?en Angleterre, par exemple, qui est aussi un pays démocratique, la BBC ne se concentre pas principalement sur les activités ministérielles?</B>

La culture et l?évolution de chaque pays sont uniques. Nous ne pouvons transposer ce qu?il y a en Angleterre à Maurice. La Grande-Bretagne est un pays différent. Nous avons nos propres valeurs, notre propre système. Comparer serait injuste.

● <B>Donc, vous n?avez pas l?ambition de faire de la MBC une BBC à la mauricienne ? </B>

Pas du tout. Nous allons avoir une MBC à la mauricienne pour les Mauriciens dans notre pays. Et nous sommes imbattables dans ce que nous faisons. Nobody can beat us in our backyard.

● <B>Parce que vous êtes les seuls ! </B>

Aujourd?hui. Mais il y a tellement de chaînes et personne n?ira à New York pour prendre les images de notre Premier ministre. Aucune autre chaîne ne nous donnera ces images-là. C?est ce que fait la MBC.

● <B>Est-il vrai que certains conseillers de certains ministres sont souvent à la station de la rue Pasteur ? </B>

Je n?ai jamais vu le conseiller. Mais ils sont les bienvenus. Tout le monde est le bienvenu.

● <B>Pourquoi cette politique d?ouverture ? </B>

Parce que la MBC est mal connue, mal perçue et les gens ne réalisent pas qu?à la MBC, c?est surtout des hommes et des femmes qui travaillent dur. Je veux changer cette image négative.

● <B>Justement, parlons de ces hommes et ces femmes ; est-ce que c?est normal qu?à chaque changement de pouvoir, il y a des gens qui entrent au « placard » et d?autres qui en sortent ? </B>

C?est bien triste mais ce n?est pas dans la politique de ce gouvernement-là.

● <B>Donc vous dites que personne n?ira au placard mais ils en sortiront ? </B>

Effectivement. Si les gens ont fauté professionnellement, c?est une autre chose et il faudrait réaménager notre équipe. C?est ce que nous sommes en train de faire.

● <B>La MBC, comme les journaux et les radios privées d?ailleurs, ont tendance à marginaliser la langue anglaise. Pourquoi ? </B>

C?est malheureux. Ce n?est pas normal que le journal télévisé en anglais soit relégué au second plan. Nous allons revoir cela. Mais pas au détriment d?une autre langue.

● <B>On dit toujours qu?il faut faire plus de place aux émissions locales. Qu?est-ce que cela veut dire dans le concret ? </B>

Justement ce dont vous parlez est ce que j?appelle la MBC à la mauricienne. Nous allons donner l?espace aux réalisateurs mauriciens. Nous sommes en train d?aménager l?ancien studio à Port-Louis pour plus de directs et nous allons faire beaucoup plus de reportages locaux. En sus de cela, les programmes culturels seront transmis en direct aussi bien que les pièces de théâtre.

● <B>Donc, les archives ont été transférées ? Qu?allez-vous en faire ? </B>

Je suis en train de travailler sur ces archives parce que c?est la mémoire du pays. Nous allons les reconstituer. C?est un travail énorme avec une portée énorme. Nous allons les informatiser et elles pourront être consultées on line parce que ces mémoires appartiennent au peuple.

● <B>Est-ce que la MBC souffre d?un manque de formation ? </B>

Notre problème, je pense, est que nos écoles n?ont pas produit des gens formés pour l?audiovisuel. Il y a une deuxième phase de formation dont beaucoup n?ont pas bénéficié. Nous allons y remédier en créant un centre de formation régional avec l?aide de la Cirtef et l?Unesco.

● <B>Combien d?employés compte la MBC ? </B>

Un peu moins de 800.

● <B>Et de combien en avez-vous besoin ? </B>

(Hésitations?) Plus que cela. (Rires?) Cela dépend de ce que nous voulons faire. Si nous avons des ambitions, il faut aussi avoir les moyens de nos ambitions.

● <B>Combien coûtera ce nouveau bouquet numérique que va proposer la MBC ? </B>

Ce sera gratuit et la redevance restera inchangée. Les gens auront besoin soit d?un poste de télévision numérique ou ils devront acheter un décodeur. Il y aura entre cinq ou six chaînes en anglais, français et hindi.

● <B>Cela a-t-il demandé un investissement énorme ? </B>

Pas autant que ça. Un peu mais c?est aussi et surtout une prise de décision. Mais nous avons les moyens nécessaires.

● <B>Vous êtes plein d?optimisme. Est-ce que cela veut dire que bientôt, les gens arrêteront de dire de manière défaitiste «ayo MBC sa »?</B>

(Rires?) Je ne suis pas sûr. Et d?ailleurs c?est une bonne chose que le public soit exigeant.

«Nous sommes une station nationale qui entre dans le salon des gens et ces derniers nous paient. Nous sommes très conscients de cela.»

«La MBC est mal connue, mal perçue et les gens ne réalisent pas qu?à la MBC, c?est surtout des hommes et des femmes qui travaillent dur.»

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