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«La dérogation sur les matières premières, notre priorité»
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«La dérogation sur les matières premières, notre priorité»
Vous partez ce soir (NdlR : hier) pour assister au forum de l?AGOA à Washington. Vous coprésiderez l?ouverture du forum avec le secrétaire d?Etat américain, Colin Powell. Que représente cet honneur pour Maurice ?
Effectivement, c?est un honneur pour le pays. C?est l?administration américaine qui décide du protocole. Je pense que l?on doit y voir la reconnaissance du rôle de leader qu?a joué Maurice depuis la genèse même de ce projet de loi. Maurice sait défendre ses intérêts et ceux de l?Afrique sub-saharienne quand ce rôle lui est confié.
Ce forum arrive à un moment où un projet de loi pour l?AGOA III vient d?être déposé devant le Congrès américain. Il sera donc crucial?
Certes. L?emphase que mettront les responsables américains sur le renouvellement de l?AGOA nous donnera une idée de la détermination américaine à aller de l?avant avec l?AGOA III. Après la réunion ministérielle de l?Organisation mondiale du commerce (OMC) à Cancun, il y a eu comme un désillusionnement des Etats-Unis concernant le rôle qu?aurait supposément joué l?Afrique pour faire capoter la réunion du Mexique.
Nous notons d?ailleurs qu?à l?agenda du forum de l?AGOA, de nombreux sujets de discussions concernent l?OMC?
Ce n?est pas une coïncidence. Ce forum se tient à quelques jours de la réunion du conseil général de l?OMC prévue le 15 décembre et qui devrait relancer les négociations au sein de l?OMC. Lors du forum, les Etats-Unis tenteront de démontrer combien la reprise des négociations à l?OMC est vitale.
On peut donc s?attendre à de l?«arm-twisting» de la part de Washington ?
Je n?irais pas jusque là. Mais il est clair que ce forum arrive à un moment où le congrès vient de soumettre son projet de loi concernant l?AGOA III et que nous sommes à quelques jours de la réunion du conseil général. De plus, l?administration américaine n?a pas encore fait connaître ses propositions concernant l?AGOA III. Nous sommes en présence d?un texte des politiques mais pas de l?administration. Le «Ways and Means Committee» de la Chambre des représentants peut modifier complètement le texte de l?AGOA III qui lui a été soumis. Mais ce comité s?inspire aussi des voeux de l?administration. Or, jusqu?à présent l?United States Trade Representative n?a pas encore fait connaître ses propositions. Je sais qu?il y travaille et j?espère qu?il dévoilera ses propositions lors du forum.
Justement, que pensez-vous du projet de loi soumis devant le Congrès ?
Ce projet ne va pas dans le sens de la position de Maurice. Nous l?accueillons toutefois positivement car, d?une part le fait qu?il existe démontre une volonté américaine de s?occuper de l?AGOA et, d?autre part, le fait qu?il prévoit une prolongation de l?AGOA. Notre principale préoccupation est de s?assurer que Maurice puisse bénéficier de la dérogation concernant le «third country fabric» au cas où cette dérogation serait effectivement étendue au-delà de 2004, comme le prévoit le projet de loi. Cette dérogation prévoit que les pays les moins avancés (PMA) peuvent s?approvisionner en matière première n?importe où dans le monde. Notre position est que Maurice doit également jouir de cette facilité car nous sommes un petit Etat insulaire.
Avec les projets de filature en cours, n?aurait-il pas été mieux pour Maurice que cette dérogation soit abolie dès l?an prochain comme prévu ?
Non. La construction de ces filatures prendra du temps. Nous avons besoin d?un délai de deux à trois ans encore. Entre-temps, si nous ne pouvons pas avoir la possibilité d?importer nos matières premières de pays tierces commes les autres PMA de la région, nous perdrons en compétitivité. Notre principale préoccupation lors du forum sera donc de mener campagne pour que Maurice soit incluses sur la liste des pays pouvant bénéficier de cette dérogation sur le «third country fabric». Notre objectif est de faire de sorte que cela soit mentionné dans les propositions de l?administration américaine sur l?AGOA III qui, comme je l?ai déjà dit, ne s?est pas encore prononcé sur la question. Tout notre travail se situera à ce niveau.
Propos recueillis par Stéphane SAMINADEN
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