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«La culture est comme une PME»
● D?homme d?affaires à politicien. Qu?est-ce qui a motivé un tel saut ?
Effectivement, je dois dire que la politique ne m?intéressait pas puisque je m?occupais exclusivement de mes affaires. Mais à la suite de la discrimination dont j?ai été victime ? je crois que tout le monde sait ce que l?ancien régime avait fait subir à mon entreprise, Samlo Koyenco Steel?
● Pourquoi est-ce que l?ancien régime vous aurait victimisé ?
Parce que je suis un partisan du Parti travailliste. Après que Navin Ramgoolam, alors leader de l?opposition, a posé une PNQ sur l?affaire en juin 2003, nous sommes devenus amis. Il m?a ensuite offert un ticket en me disant qu?il avait besoin des gens comme moi en politique et j?ai accepté. Et me voilà élu comme le troisième député de la circonscription n° 7 avec une différence de 8 014 voix entre moi et le 4e candidat.
● Vous venez de le dire, les gens vous connaissent comme Samlo. Mais que fait Samlo au ministère des Arts et de la culture ?
Je pense que c?est une bonne chose que je sois là. Maintenant que je connais le ministère, je comprends la tâche qui m?attend et je commence déjà à donner des résultats. Je comprends les rouages de ce ministère. Vous me voyez à la télévision assistant à une fonction presque tous les jours. Je suis le seul ministre que l?on voit à la télévision tous les jours?
● ? Quand on vous voit à la télévision, cela veut dire que vous travaillez ?
Ce que je veux dire, c?est que ce ministère dormait auparavant. On n?entendait parler des ministres de la Culture seulement quand il y avait des fêtes nationales. Ce n?est qu?à ces occasions qu?ils se réveillaient.
● Mais vous n?aviez pas caché votre mécontentement d?être nommé à ce ministère au départ ?
C?est vrai, je n?étais pas très enthousiaste au départ parce que je suis un homme d?affaires et j?avais pensé que les Petites et moyennes entreprises (PME) auraient été plus ma tasse de thé, mais je travaille dans ce ministère comme j?aurais travaillé aux PME car ce ministère est une PME comme une autre. Je vous donne un exemple. Si vous allez au jardin de la Compagnie, vous verrez des artistes à l??uvre. Ces artistes qui étaient inactifs auparavant sont en train de perform. Maintenant, les jeudis et les vendredis, vous les verrez en train de peindre, etc. Bref, ils sont à l??uvre.
● Peindre au jardin de la Compagnie est une bonne chose mais que vont-ils faire de leurs ?uvres ?
Ils vont les exposer, ils pourront les vendre dans des hôtels, il y aura plein d?opportunités pour qu?ils puissent vivre de leur métier. C?est ce que je veux dire par PME. Je suis là pour mettre des facilités à leurs dispositions, pour les motiver et leur ouvrir des portes.
● Outre les artistes PME, quelles sont vos priorités ?
Tout ce qui concerne mon ministère est une priorité. C?est juste une question de timing. Mais pour être plus précis, je voudrais au plus vite moderniser la National Library, les Archives et le musée.
● Le ministère des Arts et de la culture a toujours été le parent pauvre de tous les gouvernements. Est-ce toujours le cas ?
Pas du tout. Comme vous voyez, nous avons plein d?idées et nous avons un budget adéquat pour les projets immédiats. Mais à l?avenir, s?il nous faut plus d?argent, je ferai bien une demande pour un élargissement de notre budget.
● Nous parlons souvent de culture mauricienne. Qu?est-ce que la culture mauricienne ?
La culture mauricienne est le mélange de toutes les cultures que nous avons à Maurice. C?est pourquoi le gouvernement célèbre de manière nationale le Divali, la fête Eid, la Noël et le fête du Printemps.
● Mais n?est-ce pas justement cela le problème ? Au lieu de célébrer ce qui nous est propre à nous, nous sommes toujours en train de célébrer ce qui nous différencie ?
Non. Tout le monde fête le Divali, tout le monde fête ces autres fêtes que le gouvernement célèbre de façon nationale. C?est ainsi.
● Quelle est votre attitude face aux organisations socioculturelles ?
Il y a toutes sortes d?organisations. Je vous donne un exemple ; même les telugus sont aujourd?hui divisés car il y a différentes organisations qui disent représenter cette communauté.
● Répondez-vous à leurs invitations ?
Il le faut bien. Sinon, je vais les blesser. Mais que voulez-vous, c?est l?ancien gouvernement qui a encouragé cela.
● Mais en leur accordant votre temps, n?est-ce pas leur donner la légitimité ?
Mais je n?y peux rien à ce stade ! Maurice est fragile et on ne peut pas tout changer d?un coup.
● Sylvio Michel vous accuse de ne pas avoir répondu à son invitation pour la célébration de la semaine créole.Que s?est-il passé?
Il ne m?a pas invité.
● Votre prédécesseur était très actif au niveau du combat contre le piratage. Quel est votre sentiment face à ce fléau ?
C?est clair qu?il faut tout faire pour combattre le piratage et c?est d?ailleurs la politique de mon ministère. Mais c?est une lutte très difficile car le piratage a pris des proportions extraordinaires. Le même soir qu?un cinéma débute un film, vous pouvez obtenir ce film sur DVD. Tout le monde le sait. Et il faut aussi se rendre à une évidence. Le piratage n?a pas été éliminé nulle part ailleurs.
● Mais il faudrait peut-être rendre la vie plus difficile à ceux qui n?ont pas de respect pour le travail des autres ?
Effectivement, nous allons venir avec un projet de loi à ce propos. Entre-temps l?Anti-Piracy Unit fait ce qu?elle peut.
● Votre première fonction a été une visite à l?Aapravasi Ghat. Pourquoi ?
Parce que je suis un hindou et que je n?y ai jamais mis les pieds et je voulais me rendre compte de visu de l?Aapravasi Ghat. Je vous rappellerai cependant que deux semaines après, je suis allé visiter le Morne aussi.
● Est-ce que cela veut dire que le gouvernement accorde plus d?importance à l?Aapravasi Ghat concernant le dossier de sites historiques?
Pas du tout. Vous serez d?ailleurs heureuse d?apprendre que Maurice a désormais un siège permanent au World Heritage Committee de l?Unesco. Et cela a été possible grâce à la campagne intense que j?ai menée à Paris. Et je me suis dit que c?était comme une campagne électorale et qu?il fallait absolument que Maurice gagne ce siège. En 2006, nous allons essayer de faire inscrire l?Aapravasi Ghat et en 2007, ce sera au tour du Morne. Et je suis convaincu que nos chances sont bonnes.
● Mais le Premier ministre n?avait-il pas dit que le Morne n?avait pas de bonnes chances ?
Il ne faut pas préjuger. Attendons le rapport de l?expert de l?Unesco qui arrive le 31 octobre.
● Les Mauriciens sont de grands consommateurs de films, de musique, etc., mais tout nous vient d?ailleurs et ce n?est certainement pas parce que les Mauriciens n?ont pas de talents. Est-ce que cela vous interpelle ?
Bien sûr. Nous avons organisé des pièces de théâtre en dix langues. Et je me demande aussi pourquoi les artistes locaux ne se montrent pas. Un exemple est Sandeep Bhimjee. Son travail est excellent. Je veux aider ces artistes. Ils n?étaient pas médiatisés car auparavant la MBC ne leur accordait aucune couverture?
● Ce n?est pas vrai de dire ça?
Si, si. Et avec la télévision numérique, il y aura une chaîne qui sera dédiée aux arts et à la culture et donc les artistes doivent se préparer car il y a du pain sur la planche.
● Il y a eu beaucoup de critiques contre vous allant dans le sens d?une inquiétude que vous n?alliez pas être à la hauteur de la tâche qui vous attendait. Que répondez-vous à ces critiques ?
Je comprends car ils ne me connaissaient pas; je suis ministre pour la première fois et peut-être qu?à cause de mon background d?homme d?affaires, ils pensaient que je n?allais pas être à la hauteur. Mais demandez à des membres de mon personnel, ils vous diront ce qu?ils pensent de moi. Nous travaillons comme une équipe pour obtenir des résultats. Je prends pour exemple le succès de la fête que nous avons organisée pour chacha Ramgoolam. Ce sera pareil pour le Divali.
● Sur une estrade, derrière un micro, vous étonnez par votre verve mais vous devenez presque timide quand vous entrez dans votre personnage de ministre. Pourquoi ?
(Rires?) Je crois que j?ai eu la bénédiction du Premier ministre puisqu?il est aussi comme cela.
<I> «Maintenant que je connais le ministère, je comprends la tâche qui m?attend et je commence déjà à donner des résultats.» </I>
<I> «Avec la télévision numérique, il y aura une chaîne qui sera dédiée aux arts et à la culture et les artistes doivent se préparer.» </I>
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