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«La Bourse pourrait bénéficier de la situation internationale»
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«La Bourse pourrait bénéficier de la situation internationale»
● <B>Les marchés émergents seront-ils les grands gagnants de la crise financière actuelle ?</B>
C?est possible. Cette crise est une opportunité d?achat pour l?Asie ou les pays du Golfe, qui ont des liquidités à réinvestir. Cependant, en cas d?aggravation de la situation économique aux Etats-Unis et en Europe, ces pays ne pourront probablement pas résister. La Chine, l?Inde et le Moyen-Orient dépendent d?eux pour exporter leurs produits, manufacturiers pour la Chine, informatiques pour l?Inde ou pétroliers pour le Golfe. Si la demande fléchit, les prix, et donc les profits des entreprises exportatrices, vont baisser considérablement.
Les pays dits «frontières» sont, en grande majorité, des pays riches en matières premières, notamment l?Afrique ou le Moyen-Orient. Ils connaîtront, eux aussi, des problèmes si la demande baisse.
Maurice n?a pas de matières premières mais une forte industrie touristique. C?est, aujourd?hui, le premier secteur économique du pays. L?industrie touristique et le textile dépendent beaucoup du dynamisme de pays tels que la France, entre autres. Il faut suivre l?évolution de ces marchés, notamment les indicateurs de confiance, pour pouvoir anticiper la demande des mois à venir pour l?hôtellerie ou le textile mauricien. La force actuelle de la roupie est un problème pour l?hôtellerie, mais probablement un drame pour le textile, dont les marges bénéficiaires sont beaucoup plus étroites.
● <B>La Bourse de Maurice a quand même montré une grande résistance face à la crise internationale?</B>
Il y a deux types d?investisseurs. Il y a les investisseurs locaux, qui réagissent essentiellement aux facteurs locaux tels que la fiscalité, la comparaison des retours sur investissements par rapport à d?autres produits, comme les dépôts bancaires ou les devises, et la confiance dans l?économie locale. Les étrangers, par contre, se réfèrent davantage à la conjoncture internationale et analysent Maurice dans le contexte plus large des pays dits «frontières».
Les investisseurs locaux n?ont pas encore noté de changement susceptible de les rendre pessimistes par rapport à la Bourse. Les investisseurs étrangers seront peut-être plus nerveux et vigilants prochainement. Cela ne veut pas dire qu?ils vont se mettre à vendre. La Bourse de Maurice pourrait bénéficier de la situation internationale actuelle.
J?ai foi en la capacité des opérateurs économiques et financiers mondiaux à réagir face à la crise actuelle, qui est majeure. Il y a encore beaucoup de liquidités disponibles, qui vont soutenir les marchés. Une des conséquences sera, sans aucun doute, le transfert d?une partie des actifs précédemment détenus par le monde occidental vers les pays émergents. Cela me paraît sain et positif. Il convient d?être attentif quant à la Bourse de Maurice, mais 2008 pourrait être à nouveau une bonne année, si la crise économique ne devient pas mondiale.
● <B>L?effondrement mondial des marchés d?actions au cours du mois de janvier a engendré un retentissement médiatique. Pourquoi ?</B>
Janvier 2008 restera dans les mémoires comme un des pires mois pour les marchés d?actions, avec des baisses de plus de 10 % dans presque tous les grands marchés. Et surtout des baisses retentissantes au cours de la journée du 21 janvier, où, fait exceptionnel, la Banque fédérale américaine a baissé de 0,75 % son taux directeur, sans qu?une réunion n?ait été prévue ce jour-là.
Cependant, les chutes des marchés d?actions ne sont que la conséquence d?une succession de mauvaises nouvelles en provenance notamment des Etats-Unis, où se profile avec quasi-certitude, une récession économique, dont l?ampleur et la durée ne sont pas encore connues.
Le monde a, aujourd?hui, de réels problèmes économiques, dont l?origine vient du marché immobilier résidentiel américain, et des banques qui ont excessivement prêté sur ce marché. Cela s?ajoute à la faiblesse du dollar, conséquence de la baisse des taux d?intérêt.
Ce problème immobilier aux Etats-Unis s?est propagé depuis à l?ensemble du monde économique. Les risques de ralentissement de la croissance mondiale sont bien réels. Après le Japon, c?est la croissance en Europe, toujours fragile, qui est affectée.
● <B>Quelle est votre appréciation de la méga-fraude à la Société Générale ?</B>
Premièrement, toutes les banques et grandes institutions financières ont connu au moins une fraude, souvent plusieurs, au cours de leur histoire. Certaines fraudes, les plus importantes, sont connues du grand public, qui s?en empare, et finissent même par devenir des productions hollywoodiennes. D?autres, la grande majorité, restent confinées et étouffées. En effet, la médiatisation de la fraude a toujours davantage de conséquences négatives, liées à la réputation de l?institution en cause, que la fraude elle-même.
Quand le chiffre atteint une année de profits, la fraude ne peut être étouffée ; commence alors le feuilleton médiatique. La fraude à la Société Générale est une aubaine pour les journalistes, politiques et autres sensationnalistes. Un film sur cette fraude sortira sûrement dans les mois à venir. Le titre a déjà été trouvé : «The seven billion dollar man», en référence à la série américaine des années ?70. Qui jouera le rôle de Jérôme Kerviel ? Je vois bien Guillaume Canet ou Tom Hanks?
Plus sérieusement, la Société Générale a failli dans sa gestion des risques sur les produits dérivés, sa spécialité depuis quelques années. Cette banque va y remédier très rapidement. Mais c?est surtout l?ensemble de l?industrie financière qui va maintenant se repencher sur le contrôle des risques et établir de nouvelles procédures, plus strictes, dans ce domaine. En fin de compte, cela ne peut qu?être positif. Le problème de fond est la technicité des produits dérivés, qui les rend plus difficiles à maîtriser, car mal compris des contrôleurs?
<I>Propos recueillis par</I> <B>Akilesh ROOPUN</B>
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