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«Je ne resterai pas si?»

6 août 2004, 20:00

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? En tant que contrôleur des douanes, que pensez-vous du débat autour de la création d?une Mauritius Revenue Authority (MRA) ?

La création de la Mauritius Revenue Authority (MRA) est essentielle. Depuis le début, lorsque je faisais partie de l?équipe de consultants qui, en 2000, avait entrepris une étude sur la faisabilité d?une «Revenue Authority» à Maurice, j?avais identifié la question des ressources humaines comme étant fondamentale. Toute la réforme des départements des revenus de l?Etat et la lutte contre la corruption dans ces départements reposent sur la gestion des ressources humaines.

Lorsque je suis revenu en tant que contrôleur des douanes, j?ai essayé d?introduire les réformes nécessaires en tentant de man?uvrer à l?intérieur du cadre de la fonction publique.

Nous avons essayé d?améliorer les salaires en persuadant le Pay Research Bureau de faire davantage pour les douaniers. Nous avons introduit des primes de performance. Nous avons essayé de combattre la corruption et de prendre le problème à bras le corps.

Mais faire tout cela à l?intérieur du corset que représente la fonction publique est très difficile. Un an environ après mon arrivée, j?ai réalisé que ce serait impossible. J?ai alors commencé à pousser le ministère des Finances et à encourager le gouvernement à aller de l?avant avec la création d?une «Revenue Authority». Je suis donc un ardent défenseur de cette cause.

Pour moi, c?est la seule solution pour que la douane et les autres Revenue Departments de l?Etat soient placés sur une fondation solide afin qu?ils puissent être réformés et pour que ces changements soient soutenables et durables.

? Jusqu?ici, on a surtout justifié la création de la MRA, pas la nécessité d?améliorer la collecte des revenus à travers une meilleure efficience?

La décision du gouvernement de créer une «Revenue Authority» n?a pas été prise sur la base de l?efficience ou sur l?espoir de réduire les effectifs ou encore sur la possibilité de faire des économies en regroupant sous un même toit divers départements.

Il est vrai que les études initiales indiquaient que la création d?une «Revenue Authority» allait aussi permettre d?améliorer la collecte des revenus. Mais la principale raison pour laquelle le gouvernement a voulu créer une telle autorité était de pouvoir régler la question fondamentale des ressources humaines.

Il s?agit de se débarrasser de ceux qui sont non performants et-ou corrompus.

? C?est justement le principe de sélection que remettent en cause les syndicats de fonctionnaires et de douaniers en particulier?

Si le gouvernement ne peut se défaire du personnel non performant ou corrompu, il n?y a plus de raison de créer la MRA. Je crois fermement que les bénéfices attendus de la MRA ? davantage de revenus et plus d?efficience ? ne se matérialiseront jamais si on laisse les gens non performants et les gens corrompus entrer dans la nouvelle organisation.

Sans la possibilité de sélectionner et de choisir les meilleurs, vous allez vous retrouver avec les mêmes personnes portant un nouvel uniforme. C?est tout. En plus, ils auront de meilleurs salaires et très rapidement le public sera désillusionné.

On aura dépensé beaucoup d?argent pour créer une nouvelle institution et, finalement, on se retrouvera avec les mêmes gens, les mêmes mauvaises habitudes, et les mêmes petites magouilles.

? Lorsque vous insistez sur la sélection, cela implique que l?on connaît déjà ceux qui sont corrompus. Pourquoi ne s?est-on pas déjà débarrassé d?eux ? Pourquoi faut-il une MRA pour cela ?

Au cours des vingt-deux derniers mois que j?ai passés ici, avec mon équipe, j?ai tout fait pour multiplier les contrôles. Cela rend effectivement la corruption plus difficile qu?avant pour les douaniers comme pour les utilisateurs.

Je n?ai pas envie de donner de chiffres mais il y a eu de nombreux officiers qui ont été interdits de leur fonction et il y en a d?autres qui le seront bientôt. Soyez-en sûr.

Toutefois, l?expérience démontre que la prise de mesures disciplinaires contre un fonctionnaire est ennuyeuse et longue. Ce n?est pas une procédure aisée et cela demande du temps. De plus, il y a des douaniers qui ont été suspendus depuis cinq à sept années et qui continuent à toucher leurs salaires en restant chez eux. Il y a ceux qui se sont fait arrêter tout en étant interdits de fonction.

Il y a aussi eu des cas où le douanier suspendu a été réintégré sur un point technique. Et il a même eu droit à une promotion ! Il est donc difficile de lutter contre la corruption de cette manière.

La plupart de ceux qui pratiquent la corruption connaissent parfaitement bien le système et les procédures. Ils sont passés maîtres dans l?art de ne pas laisser de traces.

C?est pour cela que je dis qu?il faut les empêcher d?entrer dans la nouvelle organisation. Ceux qui croient que l?on pourra le faire plus tard, dans deux ou trois ans, sont en train de rêver. Thomas Jefferson disait qu?il vaut mieux empêcher le loup d?entrer dans la bergerie plutôt que de tenter de l?en déloger après. Et il a raison.

Il faut choisir les meilleurs éléments et garder le loup dehors. La MRA représente une opportunité pour Maurice. Une opportunité d?avoir une nouvelle institution qui sera bien organisée, avec les personnes ayant les qualifications appropriées, un personnel bien payé qui sera redevable et qui aura des normes de performance.

? Les choses sont donc arrivées à tel point à la douane qu?il faille faire table rase et prendre un nouveau départ?

C?est vous qui utilisez cette expression. Le projet de loi prévoit que les Revenue Departments existants soient abolis pour faire de la place à une toute nouvelle structure qui pourra procéder au recrutement de son personnel sur la base du mérite.

Tout exercice de recrutement que ce soit dans le public ou dans le privé doit prendre en considération des facteurs comme l?éthique et l?intégrité. Ce sont des aspects aussi importants que les qualifications. L?intégrité compte tout autant qu?un PhD.

Comment pouvez-vous recruter quelqu?un qui est connu comme étant non performant, quelqu?un qui a été impliqué dans des activités de corruption, et quelqu?un qui n?est pas capable de se soumettre à une déclaration de ses avoirs ? Pourquoi faudrait-il automatiquement recruter de telles personnes dans une nouvelle organisation ?

? Les syndicats disent défendre la sécurité d?emploi de tous les fonctionnaires concernés?

Je sais ce que disent les syndicats. Ils proclament qu?ils défendent la cause de tous les fonctionnaires. Ils disent qu?ils veulent assurer la sécurité d?emploi de la totalité des fonctionnaires concernés. Ce sont des balivernes.

Ce qu?ils font, en fait, c?est protèger les quelques officiers corrompus et non performants qui existent. Parce que ce qu?il faut savoir c?est que ce n?est qu?avec la MRA que tous les officiers qui ont fait leur travail correctement, qui ont été performants, qui n?ont pas d?antécédent de corruption et qui peuvent faire une déclaration de leurs avoirs seront recrutés.

L?intention n?a jamais été de réduire les effectifs. Au contraire, ils vont peut-être augmenter. Et les salaires seront même meilleurs. Pour les fonctionnaires honnêtes et travailleurs, la création de la MRA est en fait une bonne nouvelle. Actuellement, qui sont ceux qui devraient avoir peur ? Uniquement les non performants et ceux impliqués dans des affaires de corruption dans le passé.

Ceux qui n?ont rien à se reprocher, mais qui ne sont pas recrutés par la MRA, auront la possibilité de prendre leur retraite et de jouir de leur pension. L?intention n?a jamais été de jeter le gens sur le pavé.

? Officiellement, le gouvernement affirme qu?il a décidé de retirer le projet de loi, le temps de prolonger la réflexion. Comment réagissez-vous ?

Je pense qu?on aurait pu faire davantage ces derniers mois pour partager plus d?informations et de discussions. Non pas sur la MRA, elle-même, qui a déjà été bien comprise, mais peut-être sur l?exercice de sélection : les conditions de service, la déclaration des avoirs et autres aspects sur lesquels les fonctionnaires peuvent avoir quelques inquiétudes légitimes.

J?ai l?impression qu?il y a eu une tentative du ministère d?ouvrir le dialogue avec le personnel mais cela ne s?est pas bien passé. Les syndicats ont adopté la ligne dure et la communication a été coupée. Ils ont commencé à manifester et voilà où nous en sommes aujourd?hui.

Au-delà des inquiétudes légitimes des fonctionnaires concernés, j?espère maintenant que la logique de recruter les gens selon leur mérite, leur performance et leur intégrité, continuera à prévaloir.

J?espère que le gouvernement réalisera que s?il n?adhère pas strictement à cette politique de recrutement, aucun bénéfice réel ne découlera de la création de la MRA. Les attentes demeureront vaines.

? On prétend que vous serez le futur patron de la MRA. Est-ce vrai ?

Qui dit cela ? J?ai déjà trop à faire avec les réformes que j?ai engagées à la douane. En tout cas, on ne m?a pas proposé le boulot et si on me le propose, je ne sais pas ce que je répondrai.

Toutefois, une chose est sûre: à moins que cette question que nous avons abordée aujourd?hui dans cette interview ne soit résolue, je ne serais probablement pas à Maurice, que ce soit en tant que contrôleur des douanes ou à la Revenue Authority. Car je ne pense pas pouvoir réussir sinon.

Si cette question n?est pas résolue, je crains que les réformes entreprises à la douane ne soient pas durables. Je serai également inquiet pour l?avenir et le succès de la MRA. De ce fait, je ne sais vraiment pas si je serai prêt à rester à Maurice pour un nouveau contrat à la douane ou à la MRA. C?est logique.

«Si le gouvernement ne peut se défaire du personnel non performant ou corrompu, il n?y a plus de raison de créer la Mauritius Revenue Authority.»

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