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«Il faut augmenter le budget pour le social»
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«Il faut augmenter le budget pour le social»
● Une Journée internationale pour l?éradication de la pauvreté aide-t-elle vraiment à éradiquer la pauvreté ?
Cette journée est d?abord un hommage aux pauvres de tous les pays du monde. C?est non sans fierté que j?ai accueilli, en 1992, cette décision du secrétaire des Nations unies car j?étais parmi les signataires de la pétition que lui avait adressée en ce sens l?organisation ATD Quart Monde. Il s?agit aussi d?une occasion de susciter une prise de conscience nationale et internationale en ce qui concerne les problèmes liés à la pauvreté et pour le renouvellement de notre engagement de lutter pour faire reculer celle-ci.
● Cette prise de conscience se traduit-elle dans les faits ou est-ce un slogan vide ? Que faisons-nous réellement pour éradiquer la pauvreté ?
Vous savez que depuis quelque temps, le gouvernement a mis sur pied le Trust Fund for the Integration of Vulnerable Groups, avec une dotation budgétaire de Rs 500 m. De nombreux projets ciblant les plus pauvres ont déjà été réalisés. Certaines firmes du secteur privé ont, depuis l?épisode Kaya, institué des fonds de solidarité destinés à combattre la pauvreté. Il y a le Presidential Education Trust et le comité sur la pauvreté établi par la présidence pour briser ce cercle vicieux en misant sur l?éducation des enfants issus des familles les plus pauvres. Ce n?est donc pas qu?un slogan.
● Où se situe Maurice en termes de personnes affligées par la pauvreté ?
Maurice occupe un rang honorable sur l?échelle mondiale du développement des ressources humaines et du respect des droits humains. Il y a actuellement 120 000 personnes à Maurice qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, soit 30 000 familles. Nous avons les moyens de réduire ce chiffre de manière significative, en éliminant d?abord la grande pauvreté.
● Avons-nous progressé ou bien l?écart entre les riches et les pauvres est devenu plus grand encore ?
De sources officielles, on apprend que l?écart entre le riche et le pauvre diminue. De mon point de vue, toutefois, avec la hausse du coût de la vie, l?augmentation du prix des denrées de base et celle des tarifs des services publics, ce sont les pauvres qui sont les plus touchés et qui souffrent.
● Comment résoudre ce problème ?
Je n?ai pas de solution toute faite à proposer. Mais je dirais que notre stratégie de développement économique doit être pro-pauvre. Il nous faut mettre l?homme certes, mais le pauvre surtout, au centre de nos préoccupations. Nous devons augmenter de façon importante le «fonds social» du budget et nous devons prendre des positive actions en faveur des plus pauvres.
● La consolidation de l?Etat providence n?est-elle pas plutôt une fausse solution au problème ?
L?état providence est remis en question par de nombreux pays, notamment européens. Je pense surtout à la Suède qui avait un système de Sécurité sociale qui servait de modèle au monde, mais qui fait aujourd?hui l?objet d?une révision importante. A Maurice, nous devons maintenir l?Etat providence coûte que coûte afin justement de pallier les difficultés que rencontrent les pauvres pour avoir une vie décente. Cependant, je ne suis pas contre une approche ciblée des plus pauvres et un effort de solidarité plus important de la part de ceux qui sont mieux lotis.
● Certains pensent que les démunis sont victimes de leur paresse et dépendent trop de l?Etat. Qu?en pensez-vous ?
Il y a des préjugés, contre les pauvres, qui sont difficiles à éliminer. Certes, il y a des gens paresseux, qui travaillent moins que d?autres. Mais on en trouve dans tous les milieux, parmi les nantis et les pauvres. Ce qu?il faut absolument éviter, c?est de réduire les pauvres à un état de dépendance totale de l?état. Le but de tout service social de l?état, c?est de faire que les pauvres et les défavorisés puissent se remettre debout et devenir autonomes.
● Souffrons-nous aussi d?un déclin de valeurs dans notre société et qui serait peut être la source de tous nos problèmes ?
Je ne pense pas que l?on peut attribuer tous nos problèmes à un déclin des valeurs auxquelles nous étions attachés. Cependant, il est sans doute vrai de dire que l?érosion de ces valeurs a transformé notre société. Nous sommes passés d?une société traditionnelle à une société industrielle, et même post-industrielle, sans transition. Et in the process, notre société s?est trouvée en déséquilibre. Ce déséquilibre persiste encore aujourd?hui. C?est pourquoi il faut tout faire pour redonner à notre société un sens, une direction et réapprendre à nos enfants et à nos jeunes les qualités et les valeurs qui ont toujours fait notre force et notre spécificité.
● Comment se fait-il que nous n?avons pas su préserver ces valeurs ? A qui la faute ?
Je crois que nous avons tous failli, à des degrés divers. Parents, professeurs, prêtres, police, politiciens. Les institutions fondamentales comme la famille, l?école, l?église, la mosquée ou le temple et même l?état et les services de sécurité ont tous failli dans leur tâche d?éducation, de transmission de valeurs, de prévention et de respect de l?ordre et de la justice du pays.
● Pour ce qui est des Chagossiens, croyez-vous qu?ils retourneront dans leurs îles ?
Oui, s?il plaît à Dieu. Il ne faut jamais perdre espoir surtout si une cause est juste. Qui eût cru que le système d?apartheid en Afrique du Sud serait démantelé, que le «terroriste» Nelson Mandela serait libéré pour devenir le président de son pays ? Qui aurait cru que le mur de Berlin tomberait et que les deux Allemagnes seraient unifiées ? Et pourtant? Une cause juste n?est jamais perdue.
● Ne donnons-nous pas de faux espoirs aux Chagossiens en leur faisant croire qu?il y a une solution simple à leur problème ?
Personne n?est en train de leur donner de faux espoirs. Olivier Bancoult et son équipe sont des personnes avisées et difficilement manipulables. Ils se battent pour que justice soit rendue aux Chagossiens afin qu?ils puissent retourner dans leurs îles natales, comme en avait décidé la Haute Cour de justice de Londres il y a quelque temps, avant que la décision ne soit annulée par un décret royal, de manière brutale et anti-démocratique. La lutte des Chagossiens est épique, pour la dignité bafouée et le respect des droits humains violés par les grands de ce monde.
● Le gouvernement mauricien ne devrait-il pas lancer un appel aux Chagossiens pour qu?ils se ressaisissent et reconstruisent leur vie ici au lieu de continuer à perdre procès après procès ?
Contrairement au gouvernement britannique, le gouvernement mauricien n?a jamais agi de manière discriminatoire vis-à-vis des Chagossiens, qui sont des Mauriciens à part entière. Malheureusement, un certain nombre d?entre eux n?ont pas, pour des raisons évidentes, réussi à s?adapter à la vie à Maurice et à s?intégrer dans la société mauricienne.
● Quel est le souhait d?un ancien président de la République pour son pays ?
A la veille du 17 octobre, je souhaite que Maurice réussisse son combat contre la misère et que les pauvres puissent vivre avec toute la dignité qu?ils méritent. Pour cela, les Mauriciens doivent se montrer généreux et solidaires. Enfin, je souhaite la paix et la prospérité à notre pays.
Propos recueillis par Deepa BHOOKHUN
«L?érosion de ces valeurs a transformé notre société. Nous sommes passés d?une société traditionnelle à une société industrielle, et même post-industrielle, sans transition. Notre société s?est trouvée en déséquilibre.»
«Il y a des préjugés, contre les pauvres, qui sont difficiles à éliminer. Certes, il y a des gens paresseux, qui travaillent moins que d?autres. Mais on en trouve dans tous les milieux, parmi les nantis et les pauvres.»
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