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«Ceux qui pratiquent des prix élevés se retrouveront avec des stocks d?invendus»
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«Ceux qui pratiquent des prix élevés se retrouveront avec des stocks d?invendus»
● <B> Les consommateurs se plaignent qu?il n?y a pas de baisse notable dans les prix malgré l?appréciation de la roupie. Qu?en pensez-vous ? </B>
Maurice a fait le choix d?une économie de marché qui prône la liberté des prix. Je suis convaincu qu?avec la compétition qui prévaut, les prix devront baisser. C?est peut-être vrai que le public et les autorités sont impatients de voir les prix chuter immédiatement.
Prenons l?exemple du riz Basmati. Un petit pays comme Maurice compte plus d?une vingtaine d?importateurs de ce produit. Il y a sur nos rayons, une trentaine de marques de riz Basmati. Dans quel supermarché au monde trouverez-vous une aussi large variété d?un produit ? C?est la preuve qu?à Maurice, la concurrence est bien présente.
Les importateurs ont tout intérêt à pratiquer des prix compétitifs. Il y a une élasticité dans la demande. Ceux qui maintiennent les prix élevés peuvent se retrouver avec des stocks de marchandises invendus.
Si l?importateur ne baisse pas ses prix, cela voudrait dire qu?il est en train d?augmenter ses marges. En fait, s?il voulait les garder élevées, il aurait pu le faire à n?importe quel moment. Cela ne dépend pas du mouvement du taux de change.
● <B> Les prix augmentent immédiatement lorsqu?il y a une dépréciation. Mais les commerçants mettent beaucoup de temps à répercuter les effets d?une roupie forte. Comment expliquez-vous cela ? </B>
Lorsqu?il y a une appréciation de la devise, il y a un décalage avant qu?il n?y ait un effet sur les prix. En 2006, il y a eu une dépréciation rapide. Les importateurs bénéficient des périodes de crédit pour payer leurs factures. Lorsqu?il y a une dépréciation, le commerçant doit payer les devises plus chères à la fin de la période de crédit. Il enregistre des pertes sèches. Il doit immédiatement ajuster ses prix à la hausse sur les stocks disponibles. En fait, il ne récupère pas les pertes sur les produits déjà vendus.
Par contre, lorsqu?il y a un mouvement inverse de la monnaie, l?opérateur temporise un peu pour bien cerner si la tendance va se maintenir ou pas. En effet, un changement de trajectoire est toujours possible au moment où il va payer sa lettre de crédit.
La leçon à retenir dans tout ce débat est la nécessité d?avoir un taux de change stable.
● <B>Vu l?évolution du taux de change au cours de ces derniers mois, n?est-il pas évident que la roupie allait s?apprécier ? </B>
En 2006, la roupie dégringolait. Un an après, la monnaie connaît une appréciation rapide. Le mouvement a été trop aléatoire pour prendre position. Il y a un temps d?observation chez les commerçants. C?est la raison pour laquelle une devise ne doit pas trop fluctuer ; cela n?aide pas en termes de visibilité.
● <B>Mais la valeur de la monnaie doit refléter les fondamentaux de l?économie?</B>
En l?espace de douze mois, le taux de change est passé d?une dégringolade à une forte appréciation. Il y a de quoi créer de la confusion chez les opérateurs.
Cela dit, il faut savoir que le taux de change n?est qu?un parmi plusieurs facteurs qui impactent les prix. Plusieurs coûts continuent à augmenter. Par exemple, le fret et le coût des produits tels le riz, le lait, et l?huile comestible. Ce mouvement neutralise, en partie, les effets de l?appréciation de la roupie.
La monnaie forte a, d?autre part, atténué certaines majorations. Le lait ou le fromage aurait peut-être été plus cher sans l?appréciation de la roupie.
Cependant, en tant qu?opérateur, je lance un appel aux commerçants pour qu?ils répercutent les effets de l?appréciation le plus vite possible, là où c?est possible. Ceux qui ne réajustent pas leurs prix seront pénalisés. Ils ne pourront pas écouler leurs marchandises.
Néanmoins, j?explique mal le fait que la Banque de Maurice ait baissé le taux d?intérêt directeur (Repo Rate) par seulement 25 points de base à un moment où la devise connaît une appréciation aussi rapide. C?est largement insuffisant, compte tenu des baisses intervenues aux Etats-Unis. Le différentiel entre le rendement sur la roupie et celui sur le dollar est encore trop élevé.
Avec la globalisation de la finance, cet écart ouvre la porte aux spéculateurs étrangers. Les investisseurs étrangers empruntent en dollar et investissent dans des actifs en roupie. Ils gagnent sur deux fronts. D?abord, sur la rémunération élevée des bons de Trésor et des Government Bonds. Ensuite, sur le taux de change.
Nous ne pouvons pas maintenir une roupie forte et en même temps laisser les taux d?intérêt à un niveau élevé. Une telle position semble vouloir dire que le gouvernement est en faveur d?une roupie forte.
● <B>Etes-vous convaincu qu?il y a suffisamment de compétition sur le marché pour favoriser une baisse des prix ?</B>
Je suis plus que convaincu qu?il y a beaucoup de compétition sur le marché. Les Mauriciens ont un esprit d?entrepreneur. Beaucoup de gens sont dans le business. Nous avons beaucoup d?importateurs. Nos supermarchés ont une large variété de produits. Et les consommateurs ont un très large choix d?articles.
Nous n?avons qu?à comparer le nombre de marques de biscuit ou de snacks qu?il y a à Maurice par rapport au nombre disponible à La Réunion.
Les importateurs sont en train d?exploiter de nouvelles sources d?approvisionnement pour dénicher de nouveaux produits et des marques moins chers. Ils vont chercher des produits du Moyen-Orient, de la Chine, de l?Indonésie, de la Malaisie et de Madagascar.
● <B>Est-ce vrai de dire que le Mauricien reste trop fidélisé à certaines marques et n?explore pas suffisamment des enseignes alternatives ?</B>
Tel n?est pas le cas. Prenons le cas du fromage Kraft qui est très prisé à Maurice. Même là, il y a un concurrent, en occurrence Sunny South. Le Cornbeef Imperial, qui est très ancré dans les habitudes de consommation du Mauricien, a, lui aussi, de la compétition. Même les marques fortes et bien établies font face à la concurrence.
Les enseignes étrangères, telles que Shoprite et Jumbo, sont bien placées pour témoigner de l?énorme compétition qui existe sur le marché local. Les marges pratiquées dans la distribution sont parmi les plus basses au monde. Les opérateurs étrangers trouvent la concurrence très féroce à Maurice. Les enseignes locales telles que Way et Winners sont encore très fortes.
● <B>Estimez-vous que les importateurs jouent le jeu et recommandent des prix corrects ?</B>
Je pense que oui. Il y a une forte compétition au niveau des revendeurs au détail. Cela s?avère également au niveau des importateurs. Ils doivent se battre pour que leurs produits trouvent de la place sur nos rayons. La variété des produits est très élevée alors que l?espace dans nos magasins est limité. Le fournisseur doit pouvoir nous convaincre que son produit a un rapport qualité-prix compétitif. Si l?article est trop cher, je ne vais pas le garder sur mes rayons.
C?est la raison pour laquelle les importateurs ont intérêt à passer les gains sur le taux de change le plus tôt possible aux consommateurs. Je concède cependant que ces gains sont mitigés par d?autres facteurs tels le fret et les coûts des marchandises dans les pays d?origine.
● <B>Le gouvernement met en avant le «Competition Act» et la création prochaine d?une «Competition Commission» comme un moyen pour faire baisser les prix. Partagez-vous cet avis ?</B>
J?accueille favorablement ce texte de loi et l?avènement de cette Commission. Cela ne veut pas dire que c?est la loi de la jungle qui a prévalu jusqu?ici. La compétition assure un fonctionnement ordonné du marché.
● <B> La compétition existe-elle vraiment dans des régions éloignées où parfois, le boutiquier du village abuse du fait qu?il est en situation de monopole dans la localité ?</B>
Depuis l?arrivée de Continent (NdlR Jumbo) en 1994, l?habitude des consommateurs a beaucoup évolué. Les grandes surfaces s?ouvrent dans les quatre coins de l?île. Nous avons, au sein de la chaîne Way, douze magasins. Winners en compte une quinzaine. Toutes les régions du pays sont bien desservies.
Il y a peu de risques que le boutiquier fasse la pluie et le beau temps. Aujourd?hui, tout le monde fréquente les grandes surfaces. Les gens comparent les prix à travers les brochures. Les magasins font beaucoup de promotion, et les consommateurs veulent en profiter au maximum. Ils sont beaucoup plus mobiles qu?auparavant. Ils vont visiter plusieurs supermarchés pour avoir les meilleurs prix.
L?épicerie du coin doit en tenir compte. Elle ne peut pratiquer des prix exorbitants.
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