Publicité

«Ce qu?on pense de moi ne m?intéresse pas»

25 novembre 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Propos recueillis par Deepa BHOOKHUN

● Votre action en tant que ministre du Commerce serait perçue comme étant négative. Vos commentaires ?

Je ne m?étonne pas qu?il y ait une perception négative de la part des personnes qui n?ont pas eu de moi ce qu?ils voulaient. Ce qu?on pense de moi ne m?intéresse pas. Le travail concret se fait et parlera de lui-même.

● Parlons fer. Expliquez-nous comment une situation, qui a semblé sans issue avec les changements d?humeur de l?administration de Desbro, a subitement pu être résolue ?

J?ai appris les trois fermetures de Desbro à travers la presse. Laissez-moi vous éclairer sur la situation ; avant le 1er novembre, Desbro a commencé à modifier ses appareils pour accommoder les nouvelles billettes qu?il va dorénavant utiliser. Donc pendant huit semaines, Desbro était en chômage technique. Entre-temps le senior chief executive du ministère a eu une rencontre avec l?administration de Desbro pour discuter de sa requête d?augmentation du prix du fer de construction. La réunion a eu lieu le 30 octobre et était très cordiale. Nous avons expliqué que nous n?avons aucun problème à leur accorder une hausse par rapport au taux de change et sur les coûts de production. Notre seul contentieux était sur le prix des billettes.

● Pourquoi ?

Parce que nous avons fait notre enquête et les prix cotés par des sociétés internationales sont plus bas et ne correspondent pas au prix de Desbro. Donc après une réunion qui s?est bien passée, j?apprends le lendemain par la presse que Desbro va fermer ses portes.

● Sans vous en informer ?

Oui et pour moi, cela équivaut au chantage. Les points contentieux existent dans chaque discussion et on ne peut pas décider d?arrêter ainsi une négociation. Cela a aggravé la situation.

● Vous dites que les réunions ont été cordiales mais y a-t-il eu des signes de mécontentement de la part du management de Desbro ?

Écoutez, il y a eu un comité ministériel et nous avons décidé de voir un peu toutes les options existantes, les taxes, l?Automatic price mechanism (APM), etc. Nous les avons appelés, ils sont venus et nous avons parlé. L?option APM ne les a vraisemblablement pas plu parce qu?après avoir compris toutes les complexités, ils décident le lendemain d?annoncer une nouvelle fermeture ! Alors que l?usine n?était même pas ouverte soit dit en passant.

● Mais comment est-on finalement arrivé à un consensus ?

Lundi dernier, Desbro nous envoie un document pour faire d?autres requêtes ; ils veulent remettre en vigueur les tarifs Comesa et la libéralisation des prix. Ils veulent que nous examinions ces points. Nous répondons par fax que nous allons étudier la question. Et puis? mardi matin, j?apprends par la presse qu?ils vont fermer encore une fois ! (Hochant la tête) Il y a des choses qui dépassent ma compréhension !

● Et que se passe-t-il de mardi à mercredi pour que Desbro revienne sur sa décision ?

Rien du tout. Il n?y a eu aucune communication entre nous et Desbro !

● Mais Desbro laisse entendre que le gouvernement est favorable à ses demandes de libéralisation de prix et de tarifs ?

Ce n?est pas vrai. Les décisions qui ont été prises sont une d?augmentation de 20 % et une demande à la Mauritius audit bureau (MAB) et à la commission pour la démocratisation de l?économie de faire une étude complète du système. J?aimerais ajouter que la dernière fois qu?il y a eu une augmentation de 37 % ? en 2004 ? l?ancien gouvernement s?est laissé dicter. Et surprise, juste après que le gouvernement avait accepté la hausse des prix, le prix du fer a connu une baisse sur le marché mondial !

● Est-ce que cela expliquerait l?attitude des membres de la majorité au Parlement quand le ministre David a accusé l?opposition de protéger Desbro ?

Non, ce n?est pas une question de protéger Desbro. Le problème est que notre marché est loin d?être parfait et il y a des situations de monopole. Et une telle situation n?est pas acceptable dans une démocratie. Il faut idéalement laisser jouer les forces du marché mais comment le faire quand il y a un monopole ? Et c?est la raison pour laquelle nous avons créé une competition commission car ce n?est pas acceptable qu?une seule compagnie contrôle le marché. C?est ainsi que se créent les situations où les compagnies peuvent tenir le pays en otage. Et la faille est démontrée très clairement dans un système fonctionnant avec un monopole ; il n?y a pas de garantie au niveau de la distribution.

● Est-ce la raison pour laquelle vous êtes contre la libéralisation des prix dans un tel cas de figure ?

Effectivement. Je vous donne un exemple. L?ancien gouvernement avait décidé de libéraliser le prix de la barre de fer de six millimètres. Après cette décision, le prix de cette commodité a augmenté de 111 %. Si on libéralise le prix de la barre de fer dans les conditions actuelles de monopole, la population n?aura plus les moyens de s?approvisionner. S?il y a un cadre légal pour régir un marché normal, les forces du marché et la compétition vont déterminer les prix et c?est ce que nous voulons avoir. La compétition doit être saine.

● À l?heure actuelle, ce serait correct de dire que vous êtes contre la libéralisation des prix ?

Non, la question n?est pas là. Libéralisation oui mais quand les conditions sont réunies pour un marché sain.

● Et ces conditions seront réunies après l?adoption et la promulgation du «Competition Bill» ?

En effet.

● Le leader de l?opposition vous accuse de laisser le dossier dormir dans les tiroirs. Vos commentaires ?

La liberté d?expression existe et il a droit à son opinion. Mais comme je vous l?ai dit, dés juillet après la demande d?augmentation des prix, nous sommes allés enquêter sur les prix des billettes à travers le monde. Mais il y a des gens qui ont de la difficulté à accepter que leurs requêtes ne passent plus comme une lettre à la poste. Les choses ont changé. Je ne suis pas satisfait des prix que mentionne Desbro.

● Desbro ne dirait-il pas la vérité ?

Il faudrait le leur demander. Par contre, nos informations indiquent que j?ai raison. (Le ministre nous a montré une correspondance de Stemcor UK, une compagnie qui facture plus de 3 millions de tonnes métriques de billettes par an.) Nous maintenons notre position.

● Pourquoi avoir accordé une hausse de 20 % quand Murray and Roberts n?en demandait pas tant ?

Desbro et Consolidated Steel ont demandé 37 %, Joonas a demandé 25 %, Samlo n?a rien demandé et Murray and Roberts a demandé 17 %. Et mes techniciens ont travaillé les chiffres et ont trouvé qu?il fallait accorder une augmentation de 15 % à cause du taux de change et des coûts de production et une augmentation de 5% pour les billettes. C?est sur cette base que nous avons le chiffre de 20 %. Cela dit, le MAB va faire son étude et s?ils trouvent qu?il faut réduire la marge de 20 %, il va le faire. Et qu?on ne vienne surtout pas me parler de windfall gains ! Dans le passé, les windfall gains étaient pris en considération quand on calculait la hausse des prix à accorder !

● Et vous maintenez que dans le cas actuel, il n?y a pas de «windfall gains» ?

Il n?y aura pas de windfall gains et ça, je vous l?affirme !

● Mais pourquoi l?opposition insiste-t-elle autant sur cette affaire mis à part le côté politique de la chose ?

C?est le système, que voulez-vous ! (Hésitations?) Si les parlementaires de l?opposition avaient des informations, ils auraient pu profiter de leur immunité parlementaire pour en parler.

● Pensez-vous avoir bien géré toute cette affaire ?

Écoutez, chaque personne est libre de ses opinions. Mais laissez-moi vous dire qu?il y a une structure dans les ministères, il y a des techniciens qualifiés et chaque exercice, de même que chaque décision est archivé dans des dossiers. Mettre en doute la gestion du dossier serait mettre en doute la compétence de ces fonctionnaires.

● Si le dossier a été bien géré, pourquoi le gouvernement a-t-il mis en place un comité ministériel sur l?affaire ?

C?est une décision du Cabinet.

● N?est-ce pas un désaveu ?

C?est votre opinion. Ce n?est pas la première fois que le Cabinet prend la décision d?instaurer un comité ministériel.

● La question est pertinente dans le sens où vous êtes perçu comme étant en train de résister à la politique gouvernementale d?ouverture. Est-ce un commentaire juste ?

Mais je fais partie de ce gouvernement, du Cabinet ! Nous allons dans une direction et je suis totalement solidaire de tous mes collègues ministres.

● Êtes-vous réfractaire à l?ouverture de l?économie ?

Non. Je suis totalement solidaire avec le Premier ministre et tous les autres ministres. L?an dernier, nous avons eu une croissance de -2.5 % dans l?industrie du textile. Cette année-ci, la croissance a été de +1.5 %. Ce n?est pas une coïncidence et cette croissance n?est pas venue d?elle-même. Croyez-vous qu?une telle progression a été accomplie par une personne qui est en train de retenir l?économie, l?empêchant d?aller de l?avant ?

● Seriez-vous un incompris ?

Je ne sais pas ce que les gens pensent de moi mais j?ai mes objectifs et nous sommes en train de produire des résultats.

● Mais comment expliquez-vous ces critiques très virulentes à votre égard ?

C?est Maurice, que voulez-vous ! J?ai pris la décision de venir ici et de travailler et c?est ce que je suis en train de faire. Je crois dans la liberté de la presse et les gens peuvent dire ce qu?ils veulent du moment qu?ils prennent leurs responsabilités. être libre veut dire aussi dire assumer ses responsabilités et il ne faut pas oublier que j?ai aussi mes droits. Mais entre-temps, je fais mon chemin et «mo pe debrouye». (Rires?) Avons-nous le temps de parler de toutes mes réalisations ?

Publicité