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«Bride & Prejudice »
Bride and Prejudice, le film de la réalisatrice anglo-indienne Gurinder Chandha (Joue-la comme Beckham) sort en ce moment sur les écrans de Delhi, de Londres et de New York, apparemment salué par la critique. Cela au moment même où la réalisatrice Mira Nair met les dernières touches à son adaptation de Vanity Fair. Il y a quelque temps, le quotidien britannique The Guardian consacrait un article au tournage dans le quartier de Montmartre à Paris, de One Dollar Curry, film multilingue (en Punjabi, Hindi, Anglais et en Français) de Vijay Singh dont une bonne partie de l’action se déroule en France.
Dans les trois cas, il s’agit de cinéastes d’origine indienne (Indien, comme Vijay Singh ou issues de la diaspora indienne à l’étranger comme Mira Nair et Gurinder Chadha). Ces derniers portent un regard sur leurs origines, sur l’Occident et sur la façon dont l’Occident perçoit ce qui constitue leurs origines. Plus important, que ce soit pour leurs présentes ou précédentes réalisations, ces cinéastes, ont puisé dans les traditions du cinéma populaire indien : mélodrame, personnages très typés, histoire “à tiroirs” sans oublier les numéros musicaux avec chorégraphies. Souvenez-vous de Monsoon Wedding, de Mira Nair et de Hollywood Guru.
Tout cela ne devrait étonner personne. Voilà un bout de temps déjà que certains ingrédients propres au cinéma indien apparaissent dans des films destinés au monde entier, y compris l’Occident. Ce qui semble avoir amené le cinéma occidental ou du moins, ceux qui en parlent, à s’intéresser au cinéma made in Bollywood.
Curieusement, au moment même où commençait à se manifester cet intérêt pour le cinéma populaire indien en Occident, Bollywood traversait (et peut-être traverse toujours) une mauvaise passe. Avant d’être utilisée en guise d’affection pour le cinéma populaire indien, l’épithète même de Bollywood fut inventée durant les années 80’ par dérision envers ce même cinéma populaire qui se démarquait de plus en plus d’un autre cinéma indien, celui de Raj Kapoor ou de Guru Dutt.
Un article signé J. Geetha dans la revue Sight & Sound (juillet 2003) situerait le commencement des difficultés des studios de Bombay justement vers cette époque. Il s’agissait de difficultés financières, bien évidemment et les causes en sont multiples. Curieusement, cet article ne fait pas mention de la concurrence avec les films américains. Les pertes des studios de Bombay attribuées au fait que leurs films reposent avant tout sur la formule film d’action, film romantique, film familial, etc., cela, au détriment d’autres composants, notamment des scénarii.
Vers la fin des années 1990, les films de Bollywood furent tournés autant, sinon davantage pour la population indienne résidant à l’étranger que pour celle du sous-continent. Les producteurs ou distributeurs du film vantaient ensuite le succès « international », réel ou supposé, afin de l’exploiter. Cela marcha pour quelques films comme Dilwale Dulhania Le Jayenge en 1995, qui raconte les déboires d’un Indien de Londres voulant marier sa fille malgré elle, ou Kabhi Kushi Kabhie Gham (aussi connu comme 3KG ) en 2001. Ces films ont rencontré beaucoup de succès parce qu’ils étaient bien faits.
D’autres qui l’étaient moins reprirent les formules mais firent des bides. Et puis, ajoute J. Geetha dans son article affirme la chose suivante : “Le grand public indien en a plus qu’assez de ces célébrations stupides de familles hindoues riches mais pas très heureuses ayant résolu leurs problèmes pour devenir des familles hindoues riches et heureuses, et les critiques espèrent que cela augure un changement dans les sensibilités du public local.”
Cela dit, même les films destinés en premier lieu au public local auraient fait des pertes colossales à titre d’exemples nous retrouvons The Legend of Bhagat Singh (2002), et …Shaheed sortis la même année. Les deux films patriotiques, ayant pour sujet la vie d’un célèbre révolutionnaire pendu par les Anglais, furent boudés par le public. Il est aussi question d’une main mise de la mafia de Bombay sur les studios. Mais on voit mal comment cela pourrait tout expliquer et aux dernières nouvelles, les directeurs de studios à Bombay se cassent toujours la tête pour trouver des idées afin de sortir de l’impasse.
<B>Un public “international”</B>
Il y a eu quand même quelques succès, et de bien beaux. On pense entre autres, à Lagaan en 2001, très kitsch, mais aussi très somptueux (peut-être que ce film sera un jour pour le cricket ce qu’est Escape to Victory pour le football). Tout aussi beau, somptueux et émouvant, Devdas, une histoire d’amour perdu et Bhoot (2002), un film d’horreur à petit budget. Il s’agit dans ces trois cas de films produits à l’intention des Indiens résidant à l’étranger, notamment dans certaines grandes villes d’Europe et d’Amérique et regroupés dans certains quartiers avec des salles de cinéma qui projettent des films indiens depuis une bonne dizaine d’années.
On peut imaginer que, pour cette population, Bollywood vient satisfaire une envie nostalgique pour une mère patrie plus imaginée que vécue et apporte aussi une culture cinématographique qui peut être appréciée sans rougir que l’on soit en Europe ou aux Etats-Unis. “Les films de Bollywood s’adressent à une communauté indienne heureuse d’avoir intégré son pays d’adoption mais qui en même temps est très fière de ses origines indiennes… ”, commente un journaliste allemand. Avoir des origines indiennes est même considéré plus ou moins comme branché en Angleterre, avec un côté kitsch et une capacité d’autodérision très appréciée au vu du succès d’une série télévisée intitulée The Kumars at No. 42.
Bollywood a donc du succès auprès du public d’origine indienne, mais aussi auprès des médias : Devdas présenté à Cannes en 2002, le British Film Institute présentant un festival de films indiens (pakistanais, sri lankais et bengalis aussi, il est vrai), la chaîne britannique Channel 4 présentant un été de films indiens, des films indiens présentés au festival de Locarno en Suisse. Reste le public, celui dont les origines ne sont liées en aucune façon au sous-continent indien et qui constitue néanmoins la majeure partie des populations des pays susmentionnés. On les voit bien dans les festivals, vu qu’il s’agit d’affaires d’initiés, mais très peu en dehors, qu’il s’agisse de Londres, Paris, Berlin ou New York.
Et, pour ne rien arranger, ces rares occidentaux qui se déplacent pour un film indien le feraient (selon des témoignages recueillis à Londres) parce qu’ils apprécient surtout le côté kitsch du cinéma bollywoodien. Ceci à la grande frustration de Gurinder Chandha, car pour elle, il y a beaucoup plus à apprécier dans ce cinéma une fois qu’on en a saisi les conventions. Les commentaires des Fiches du Cinéma sur 3KG : “ .. il faut prendre ce film au premier degré ”… “Comment résister à ces si belles chorégraphies et à ces voix délicieusement acidulées”, illustre bien cette situation. Condescendance des occidentaux ou barrière des cultures ?
<B>Gilles noyau</B>
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