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«Aucun chèque en blanc à Raddhoa»
● Sept ans après l?affaire Kaya, la mort d?un prévenu en détention policière défraye la chronique. Avez-vous des difficultés à réconcilier votre rôle d?«Attorney General» et celui de militant des droits de l?homme ?
(Hésitations?) Oui et non. Oui parce que j?étais révolté quand j?ai appris la nouvelle et on a tendance à oublier qu?on est quand même ministre. Mon réflexe est toujours celui d?un militant et je voulais à tout prix réagir. On se rend compte tout juste après qu?il faut être mesuré dans ses propos, prendre du recul. Il nous faut changer cette culture qui ne respecte pas les droits de la personne humaine. Il faut un changement au niveau des structures?
● ?mais justement, ne saviez-vous pas dès le départ qu?il fallait prendre des mesures pour résoudre ce problème ?
Nous avons pris plusieurs mesures depuis notre arrivée au pouvoir. En ce qui concerne les morts en cellule policière, il y a eu une régression de cas. Cela parce que bon nombre de postes de police sont maintenant équipés de caméras, de détecteurs de fumée, etc. D?ici les prochains mois, tous les postes de police en seront équipés pour faire reculer ce problème. D?autre part, nous sommes en train de mener un campagne pour valoriser les droits de la personne humaine. Nous avons aussi fait comprendre notre position de non tolérance quand il y a eu les cas de brutalité policière. Mais il ne faut pas oublier que l?opinion publique entre-temps demande régulièrement la tête du coupable, ils veulent du sang, ils veulent le rétablissement de la peine de mort. Il y a eu malheureusement un amalgame d?où une augmentation de la brutalité policière.
● Vous dites que c?est le fait que l?opinion publique réclame du sang qui fait que les policiers utilisent la violence ?
Non, je dis que cela crée un environnement où les policiers pensent que tout est possible, qu?il faut utiliser des moyens musclés. Il faut qu?il y ait un système qui soit plus transparent, un système où le policier est conscient qu?il doit rendre des comptes, et une conscientisation plus poussée de l?opinion publique.
● Justement cette opinion publique inquiète parfois. J?entends beaucoup de gens dire que la police doit continuer à battre les suspects !
C?est la raison pour laquelle je demande une formation permanente de l?opinion publique. Le 24 janvier, il y aura à Rose-Hill, une conscientisation de 700 étudiants sur les droits humains. Nous allons aussi, pour la première fois, distribuer des copies de la Constitution de Maurice.
● Conscientiser, c?est bien mais qu?en est-il des sanctions contre les brutalités policières ?
La loi qui régit le Complaints Bureau sera amendée pour qu?une nouvelle instance indépendante de la police puisse enquêter sur les plaintes contre la police. Nous allons réorganiser la Commission des droits de l?homme mais il faudra revoir la loi et cela prend du temps. Je voudrais ajouter qu?il y a eu trois cas de morts en cellule policière l?année dernière et jamais aucun gouvernement n?a réagi aussi promptement. Nous avons trois enquêtes parallèles. C?est du jamais-vu. L?institution de trois enquêtes veut dire que ce sera très difficile de faire du cover-up. Et en même temps, à travers le pays, il y a eu des gens qui collent des affiches dans le but d?enflammer la population à un moment où la situation aurait pu échapper à tout contrôle.
<I>«Nous n?avons pas beaucoup recours aux méthodes médicolégales. Mais nous aurons besoin de nous tourner vers cette science à l?avenir.»</I>
● Un peu comme vous l?avez fait à l?époque ?
Je n?ai jamais collé des affiches. J?ai toujours respecté les institutions.
● D?aucuns disent que c?est la faute au gouvernement parce qu?il a réhabilté Prem Raddhoa. Vos commentaires ?
En tenant ces propos hâtifs, nous sommes en train de dire que c?est Raddhoa le coupable. Ce n?est pas correct.
● Ce n?est peu-être pas correct mais c?est ce qui se dit !
Quand le gouvernement demande à une personne de faire un travail, il attend de cette personne qu?elle fasse ce travail selon les dispositions de la loi. Le gouvernement n?a jamais donné un chèque en blanc à cette personne pour faire ce qu?il veut.
● Toujours est-il que le gouvernement savait qu?il y avait des allégations de brutalité contre Prem Raddhoa. Malgré tout !
Mais dans le cas de Desmarais par exemple, qu?a fait le gouvernment d?alors contre Raddhoa ? Rien, pas de sanction. Ils n?ont pris aucune sanction. Ce gouvernement essaye de donner sa chance à tout le monde de faire son travail, de rester dans les paramètres de la loi. A chaque fois qu?il y a eu des allégations que ce soit des hommes de loi ou d?autres personnes, nous avons enquêté. Et jusqu?ici la Commission des droits de l?homme n?a envoyé aucun rapport eu égard à ces enquêtes et c?est la raison qu?aucune sanction n?a été prise.
● Donc en rétrospective, le gouvernement à l?heure qu?il est, n?estime pas avoir fait une erreur en «réhabilitant» Prem Raddhoa ?
Pas du tout. Et si les gens sont en train de le montrer du doigt maintenant, il faut qu?ils fassent leur examen de conscience et viennent dire pourquoi ils n?ont pas agi quand ils ont eu l?information que Raddhoa était un criminel.
● Les brutalités policières ne s?arrêtent pas à Raddhoa?
? C?est systèmique. Il ne s?agit pas d?une seule personne. Si le sentiment anti police est aussi fort dans le pays, ce n?est pas qu?à cause de Raddhoa.
● Le PM a aussi parlé de revoir le système. Comment et par où commencer ?
Il va falloir commencer par la formation. Je vous donne un exemple. Le membres de la VIPSU sont reconnus pour être particulièrement compétents. Pourquoi ? Parce qu?ils ont été formés et qu?ils bénéficient d?une formation continue. Il y a un autre point à soulever. Un magistrat a un rôle très important. Quand une personne se plaint de brutalité, on ne peut pas le renvoyer avec les mêmes policiers.
● Quelles sont les méthodes d?enquête dont dispose la police actuellement ?</B>
Bon, les policiers prennent des dépositions des suspects principalement. Nous n?avons pas beaucoup recours aux méthodes médicolégales. Mais nous aurons besoin de nous tourner vers cette science à l?avenir. Nous devrons aussi utiliser la psychologie dans l?interrogation des suspects.
<I>«Je suis à la tête de ce ministère et je peux demander au DPP de se hâter dans le traitement d?un dossier mais je ne peux pas m?ingérer dans les enquêtes de la police»</I>
● Le Premier ministre a mentionné un durcissement de la loi contre la criminalité. De quoi s?agit-il exactement ?
Vous savez d?après certaines législations, il y a des délits qui ne prévoient que Rs1 000 d?amende. Des délits d?assault, larceny, de viol ou de sodomie par exemple sont des délits où nous devons décourager la récidive. Donc, il faut revoir ces législations complètement.
● Mais est-ce là une solution que de durcir la loi ?
Non pas du tout. C?est une des choses que nous devons faire pour commencer à combattre le crime. Nous allons étudier les raisons qui poussent une personne à commettre un crime. Il faut empêcher les gens de commettre un crime, il faut les corriger, il faut les former. Lord Atkins disait que ce n?était pas qu?une question d?avoir des lois mais d?augmenter les cas de détection de crimes. Et c?est notre plus grand défi.
● Revenons à Prem Raddhoa. Trouvez-vous normal qu?il soit toujours en train d?exercer son métier de policier malgré tout ce tapage autour de lui ?
(Hésitations?) Je crois que le commissaire de police est en train de gérer l?affaire comme il se doit. Attendons voir.
● On vous a entendu sur tous les fronts depuis l?éclatement de cette affaire. Ce qui a pu créer une confusion dans la tête des gens selon laquelle c?est vous qui ordonnez les enquêtes.
Je suis à la tête de ce ministère et je peux demander au DPP de se hâter dans le traitement d?un dossier mais je ne peux pas m?ingérer dans les enquêtes de la police. Vous allez noter que depuis que les enquêtes ont commencé, je n?ai pas commenté.
● Si Raddhoa est blanchi à la suite de cette affaire, est-ce que cela voudra dire que tout retourne à la normale et qu?il pourra continuer son travail tranquillement ?
Cela dépendra du commissaire de police.
● Etes-vous au courant d?une guerre entre des pro-Raddhoa et des pro-Gopalsingh au sein de la police ?
C?était le cas dimanche et lundi. Mais c?est derrière nous maintenant.
● Est-ce difficile d?être dans une position de pouvoir mais d?être incapable de s?ingérer ?</B>
J?ai la chance d?être informé de tout ce qui se passe. Je n?appelle pas pour savoir mais les gens viennent vers moi. Quand vous avez le pouvoir, il faut savoir quand l?utiliser.
Propos recueillis par Deepa BHOOKHUN
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