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« À toutes les époques, on a pu constater des gens ?sans morale? »

11 août 2007, 20:00

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Quelle est votre définition de la morale ?

On peut voir deux manières de définir la morale. La première, c?est la morale moralisatrice, celle qui s?applique parfois bêtement, celle qui met l?interdit au-dessus de tout. Il est interdit de? ! Et puis, on peut voir la morale comme une vision qui s?oppose à l?absolu, une vision qui tient compte du cas concret, qui essaie de comprendre avant de juger, et qui évite le jugement à l?emporte-pièce. C?est une morale qui ne met pas l?interdit au-dessus de tout, comme un divin, mais qui resitue cet interdit dans le contexte social.

On entend aujourd?hui qu?il y a une perte de valeurs morales. Quel est votre avis ?

En réalité, on se rend compte qu?à toutes les époques, je dis bien à toutes les époques, ce discours revient sans cesse. De même, on peut remarquer qu?en prenant de l?âge, on ressort cette même rengaine. Si l?on peut voir à certaines époques un durcissement moral, et à d?autres, une sorte de relâchement, c?est que la société change, bouge, évolue. Et lorsqu?on parle de société, on ne parle pas de tous les individus qui la composent. À toutes les époques, on a pu constater des « fondamentalistes de la morale » et des gens qu?on qualifiait de « sans morale ».

Faut-il réinventer la morale selon vous ?

Il n?y a rien à réinventer, mais il y a à changer de regard sur le monde et la vie. Il ne faut pas regarder le monde comme bon en soi ou mauvais en soi, mais comme un perpétuel mouvement de choses qui changent. Être moral, ça n?est pas agir en fonction de ses propres valeurs, car on connaît très bien l?histoire des gangsters qui ont leur propre valeur morale : ils vont à l?église et ils souhaitent la meilleure éducation possible pour leurs enfants, les éloignant de la violence et des mauvaises influences, tout en ayant en même temps leur activité de gangster avec les mains remplies de sang. C?est ce qu?a bien montré Francis Ford Coppola dans Le Parrain (1972), et après lui, Martin Scorsese dans nombre de ses films (Les Affranchis, Gangs of New York, etc.)

Nos valeurs déterminent-elles nos actions ?

Il n?y a pas quelque part au-dessus de nous des valeurs intangibles et éternelles, et nous en bas qui serions obligés d?y obéir aveuglément. On trouve des individus qui sont fidèles dans leurs actions à leurs valeurs morales, mais ils sont rares. Ce que l?on peut constater la plupart du temps, c?est le décalage, voire la contradiction qu?il peut y avoir entre une action et la valeur morale.

Pourquoi interdire à ses enfants de fumer et fumer soi-même ?

Je ne pense pas donc qu?il y ait des valeurs au-dessus des actions, mais bien plutôt que les valeurs sont dans les actions. Que chaque action, en tant qu?elle est contextualisée, contient sa propre valeur et va être perçue par les autres comme ayant ou n?ayant pas de valeur morale.

En fin de compte en quoi les valeurs morales sont-elles importantes ?

Elles sont importantes si elles me donnent plus de joie et de bonheur, plus d?épanouissement et de réalisation de moi-même. Si elles m?enferment, me diminuent, me réduisent en tant qu?être et individu, si elles ne sont que des interdits que je dois respecter à la lettre, alors c?est la lettre justement qui me détruit.

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