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« SpaceShipOne » inaugure le tourisme spatial
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« SpaceShipOne » inaugure le tourisme spatial
Le prototype privé a volé à deux reprises en moins d?une semaine à plus de 100 km d?altitude, remportant un prix de 10 millions de dollars. Coup double ! En franchissant une deuxième fois en moins d?une semaine les 100 km d?altitude au-dessus du désert de Mojave (Californie), l?avion-fusée américain SpaceShipOne a ouvert l?ère du tourisme spatial. Ce vol a permis au concepteur de l?appareil, Burt Rutan, et à son sponsor, Paul Allen, cofondateur de Microsoft, d?empocher les 10 millions de dollars du Ansari X Prize.
Ce prix avait été lancé en 1996 par des mécènes de Saint-Louis (Missouri) désireux d?encourager l?aventure spatiale. Il était promis à la première équipe non gouvernementale capable de faire voler jusqu?à 100 km d?altitude ? considérée comme la frontière avec l?espace ? un véhicule emportant trois personnes à son bord, à deux reprises en deux semaines. SpaceShipOne, lesté de l?équivalent de deux passagers et piloté par Brian Binnie, est même monté à 114,64 km, battant le record établi en 1963 par l?avion-fusée X-15.
Sur la vingtaine d?équipes engagées dans cette compétition, la plus capable, de l?avis général, était celle de Burt Rutan. Avec sa société Scaled Composites, installée près de la base aérienne de Mojave, au nord-est de Los Angeles, elle a déjà à son crédit le premier vol autour du monde sans escale et sans ravitaillement, bouclé en 1986 par l?avion Voyager.
Mais propulser une fusée est un tout autre pari, comme le prouvent les échecs, cet été, de deux concurrents pour le X Prize. À Mesquite (Texas), le 7 août, la fusée de l?équipe de John Carmack, créateur du jeu vidéo Doom, est montée à 200 mètres avant de retomber, heureusement sans pilote à son bord. Le lendemain, le Rubicon 1, construit par Space Transport Company, connaissait le même sort, lors d?un test dans l?État de Washington.
L?exploit de Burt Rutan, intervenu quarante-sept ans jour pour jour après le lancement de Spoutnik par l?Union soviétique, n?est donc pas mince.
« C?est un réel génie », indique l?astronaute français Jean-Pierre Haigneré, qui salue aussi la performance des deux pilotes, Mike Melvill et Brian Binnie. « Grâce à eux, on se prend à rêver de construire un avion spatial dans son garage ? ce qui n?est évidemment pas possible. »
En revanche, le tourisme spatial, naguère réservé aux millionnaires capables de débourser 20 millions de dollars pour un strapontin sur Mir ou la station spatiale, pourrait se démocratiser. Sir Richard Branson, patron de Virgin, a ainsi annoncé qu?il allait commercialiser, à partir de 2007, des vols suborbitaux, sur des engins construits sur le modèle de SpaceShipOne. Le billet, pour trois minutes en apesanteur au-dessus d?une Terre à la rotondité dévoilée, se négocierait à 170 000 euros.
Même s?il ne s?agit pas de flotter en orbite plusieurs jours, « une vision comme celle-là, ça compte dans la vie d?un homme ! », assure Jean-Pierre Haigneré. Le Français travaille lui aussi à la mise au point d?un engin suborbital de tourisme.
Le marché est là, selon une étude conduite par Futron en 2002 auprès des Américains les plus fortunés. À l?horizon 2020, elle estimait à 15 000 par an le nombre de volontaires pour un vol suborbital. « Quand on voit l?argent dépensé dans le tourisme d?aventure, on peut penser qu?une niche existe : il y a vraiment là de quoi étonner les plus blasés !», note Jean-Pierre Haigneré.
<B> @ 2004 Le Monde ? Hervé MORIN
Distribué par The New York
Times Syndicate</B>
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