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« On ne peut pas transposer à Maurice ce qui se passe en Inde »
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« On ne peut pas transposer à Maurice ce qui se passe en Inde »
<B>La défaite du BJP aux élections législatives en Inde vous a-t-elle surpris ? </B>
Je suis membre du gouvernement mauricien et notre pays entretient des relations privilégiées avec l?Inde. Je n?aimerais pas faire de commentaire sur ces élections parce que les deux camps qui se présentaient à cette joute électorale ont toujours été très proches de Maurice. Dans les moments difficiles, l?Inde nous a toujours accordé son soutien, quel que soit le parti au pouvoir là-bas.
<B>Mais vous aviez une idée sur l?issue de ces élections?</B>
Quand nous sommes arrivés en Inde, nous avons vu la campagne « India Shining ». Comme tout le monde, nous pensions que le BJP allait vers une victoire certaine. Même mes proches amis, membres du Congress, avaient cette impression. Toutefois, le résultat a été différent. C?est le v?u du peuple indien.
<B>Quels sont les facteurs qui ont amené cette défaite du BJP ? </B>
Il y en a plusieurs. Le BJP et le Congress sont deux grands partis. Le Congress, seul, a remporté 145 sièges et le BJP, 139. Donc une différence de six sièges. Mais en Inde, les résultats des élections sont déterminés par ce qui se passe au niveau des régions.
<B>Ce qui veut dire?</B>
Le jeu des alliances dans les régions détermine la configuration politique au niveau national. Par exemple, le DMK de Karuna Nidhi était en alliance avec le BJP aux dernières élections. Cette fois il était avec le Congress. Un autre exemple, dans l?Andhra Pradesh, le Telegu Desam Party de Chandra Babu Naidoo, un allié naturel du BJP, a perdu de nombreux sièges au Lok Sabha. Cela à cause des circonstances propres à la région et non pour des questions d?ordre national. Une de ces circonstances est la revendication pour la création d?un État séparé venant d?un bon nombre d?habitants de l?Andhra Pradesh.
Dans l?Uttar Pradesh au Nord et dans le Bihar, des partis régionaux se sont alliés avec le Congress, alors qu?avant quelques-uns d?entre deux étaient des partenaires du BJP. Il y a également le phénomène de l?usure du pouvoir dans les États. Par exemple au Tamil Nadu, Jaya Lalitha du parti Anna DMK, autrefois alliée au Congress, s?était cette fois présentée comme partenaire du BJP. Aux dernières élections, elle avait remporté presque tous les sièges de l?Assemblée de cet Etat. Cette fois-ci, elle a connu une cuisante défaite.
<B>À votre avis, ce ne sont donc pas des questions touchant à la vie quotidienne des électeurs qui ont déterminé les résultats des élections?</B>
L?Inde a fait un progrès formidable durant ces dernières cinq années. Mais il est possible, et c?est logique, qu?au moment de décider pour qui voter, les électeurs aient accordé plus d?importance à leurs besoins immédiats qu?au développement du pays. Je trouve que c?est injuste d?insinuer que le BJP n?a rien fait pour le petit peuple. J?ai connu Vajpayee, Advani et Joshi, entre autres dirigeants du BJP. Ils ont été très terre à terre dans leurs politiques, ils connaissaient le feeling de leur peuple et ils ont fait de leur mieux.
<B>La campagne contre les origines étrangères de Sonia Gandhi n?est-elle pas aussi un facteur de la défaite du BJP ? </B>
Je n?ai constaté aucune vague de sympathie à l?égard de l?un ou l?autre parti. La campagne dont vous parlez n?a pas eu de gros effets dans l?un ou l?autre sens. D?autres facteurs ont déterminé les résultats des élections. D?ailleurs, le glissement en faveur du Congress représente seulement 1 %. La différence a été faite par le nombre de partis régionaux qui se sont associés au Congress.
<B>La politique du BJB favorisant les populations urbaines n?a-t-elle pas influencé le choix des électeurs ? </B>
Pramod Mahajan, un dirigeant du BJP, a bien répondu à cette critique en disant que son parti a été battu dans les villes. Une figure de proue du BJP, toujours réélu à Bombay durant les vingt-cinq dernières années, s?est fait battre par un néophyte en politique.
<B>Les jeunes ont-ils beaucoup contribué à la victoire du Congress, à l?instar de Rahul et de Priyanka Gandhi ? </B>
Je ne souscris pas à l?idée que les jeunes ont soutenu un seul parti. Rahul et Priyanka Gandhi ont eu un effet dans les régions où ils étaient présents. Certes les jeunes du Congress ont réalisé une bonne performance. Mais il est utile de rappeler que plusieurs figures de proue du BJP, comme Pramod Mahajan, Arun Jaitley et Venkayanaidu, ne se sont pas portés candidats. Il y a aussi des explications circonstancielles.
<B>Lesquelles ? </B>
Les partisans du gouvernement BJP se sont abstenus. Certains se sont dit que le gouvernement allait de toute façon gagner. Il faut aussi souligner que le taux de participation à ces élections indiennes n?a été, en moyenne, que de 35 %. À noter qu?il faisait 42 °C. C?est la première fois qu?en Inde, les élections ont lieu en été.
<B>Ce qui s?est passé en Inde ne risque-t-il pas de se produire à Maurice ? </B>
Ecoutez, on ne peut pas transposer ici ce qui se passe en Inde. Les résultats d?une élection dans un pays avec un milliard d?habitants ne peuvent être appliqués à Maurice. Le contexte n?est pas le même, l?organisation du système politique est différente. Nos problèmes ne sont pas identiques.
<B>Mais ici aussi, il y a des pauvres qui ne profitent pas du développement?</B>
On ne peut pas dire que les gens n?ont pas à manger à Maurice. Certes, il y a de la pauvreté. Au gouvernement, nous en sommes conscients. Donc, tout en parlant de grands développements, de cybercité, de routes, de nouveaux collèges, de modernisation de l?université, nous accordons de l?attention aux besoins des plus démunis. C?est la raison pour laquelle nous avons le Trust Fund for the Integration of Vulnerable Groups et que nous accordons des dotations budgétaires pour le développement de certaines régions. Nous faisons cela pour qu?au moment de la campagne électorale, on ne vienne pas nous dire que nous ne nous sommes pas occupés des besoins de base de la population.
<B>Le Congress a mené une campagne contre le BJP en parlant de développement au profit d?un petit groupe. C?est le discours de l?opposition à Maurice. La même campagne ne risque-t-elle pas de donner les mêmes résultats ? </B>
À Maurice, la situation est différente, le Parti travailliste était jusqu?à récemment au pouvoir. On connaît son bilan. Maintenant qu?il est dans l?opposition, il fait son travail d?opposant. Moi, je connais le bilan de l?actuel gouvernement et je pense que la population ne tombera pas dans le piège de l?opposition.
<B>Quelle est votre analyse du refus de Sonia Gandhi d?accepter le poste de Premier ministre ? </B>
En écoutant certaines déclarations de Sonia Gandhi après son élection, on avait déjà le sentiment qu?elle pourrait prendre une telle décision. Si l?on devait se mettre à sa place, on pourrait dire qu?il y avait plusieurs facteurs. D?abord, elle a sûrement été blessée par la campagne contre ses origines étrangères. Il y a également le procès d?intention selon lequel elle allait rétablir la dynastie Nehru. Mais Sonia Gandhi est maintenant une indienne imbibée de culture indienne. Dans la philosophie indienne, la renonciation est une vertu. Sonia Gandhi a montré à ses adversaires qu?elle avait atteint ce niveau de sagesse en renonçant au pouvoir après la victoire.
<B>« En Inde, les résultats des élections sont déterminés par ce qui se passe au niveau des régions »</B>
<B>« Je trouve injuste d?insinuer que le BJP n?a rien fait pour le petit peuple »</B>
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