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« L?innovation ou la mort »
<B>Le NPCC vient de lancer une campagne pour récompenser les idées novatrices. Est-ce à dire que les Mauriciens n?en ont pas ? </B>
L?innovation, c?est ne jamais cesser de s?améliorer. En adoptant le slogan Innover ou s?évaporer, nous demandons aux Mauriciens de trouver de nouvelles façons de faire les choses. L?innovation nous a permis d?arriver là où nous sommes aujourd?hui, construire une zone franche sans que nous ayons des matières premières. Il y a eu de l?innovation à Maurice. Mais le fait que la zone franche régresse montre qu?il y a eu un manque d?innovation parmi les entreprises. Les industries passent par une phase de naissance, de croissance, de maturité, puis régressent. Avant que la période de régression ne soit arrivée, il nous faut avoir trouvé un autre créneau, et c?est ce nouveau créneau qui sera l?innovation. Le monde où nous évoluons est plus difficile que celui qui existait il y a cinq ans ou 10 ans. Il y a plus de compétition. Mais il ne faut pas voir uniquement les menaces. La globalisation est en cours, nous sommes un petit pays qui n?a pas de contrôle sur les facteurs qui sont en train de nous affecter. Mais il nous faut avoir un contrôle sur nous-mêmes.
<B>L?innovation est la première étape. Mais comment faire pour que la nouvelle idée soit reprise et exploitée pour le bénéfice du plus grand nombre ? </B>
Nous développons une culture de productivité qui inclut également une culture d?innovation. Une fois qu?on intègre la culture de l?innovation, on cesse d?avoir peur du changement et d?essuyer des échecs. Il faut éliminer la peur de l?échec car celui-ci est encore mal vu. Pour innover, il faut oser. Il ne s?agit pas d?innover puis de se reposer. Nous voulons éveiller les gens à leur potentiel. Nous offrons un prix de Rs 300 000 pour les industriels et professionnels et Rs 200 000 pour le grand public. C?est une motivation pour qu?ils fassent quelque chose. Toutes ces activités mènent à la création d?un National Innovation System qui est un réseau de différentes institutions qui travaillent ensemble pour promouvoir l?innovation, la créativité et la compétitivité de Maurice. Nous voulons aussi que la protection de la propriété intellectuelle accompagne la création. Tout ce programme est un prétexte non seulement pour faire réfléchir sur l?innovation, mais aussi pour réaliser à quel point il est difficile d?innover. C?est pourquoi on a choisi un thème aussi simple que le sucre qui est très accessible. L?innovation, c?est thinking out of the box, prendre ce que l?on voit tous les jours et le voir sous un nouveau jour. Mais il ne faut pas nous faire d?illusions : en deux jours, on ne va pas innover et trouver de grandes idées. Mais il faut préparer les gens à le faire. Dans quatre ou cinq ans ou même avant, cet Award annuel deviendra, nous l?espérons, un événement phare qui nous amènera à des produits et des procédés innovants.
<B>Le système éducatif actuel pousse-t-il les jeunes à être créatifs ? </B>
C?est bien pour cela que nous réformons l?éducation. L?éducation formelle donne une base de connaissances. Pour innover, il faut l?information, les connaissances et le savoir-faire. L?école ne donne que les informations et la connaissance. Le savoir-faire, on l?acquiert au travail ou dans les institutions spécialisées. Certaines activités du NPCC ont été conçues pour promouvoir la créativité dans l?éducation non formelle. Nous donnons aux étudiants les moyens d?être empowered et de raisonner d?une manière critique et systématique. Nous avons eu des sessions de formation dédiées aux étudiants et à leurs enseignants dispensés par un expert malais. Mais le NPCC n?a qu?une équipe de 18 personnes. Et avec cet effectif, nous ne pourrons pas couvrir tout le pays.
<B>N?est-ce pas mettre peu de ressources là où il en faudrait plus ? </B>
Le NPCC n?a que quatre ans d?existence et il est important d?avoir une organisation avec une structure légère. Mais nous allons devoir grandir. Nous pensons que dans les trois ou quatre ans, le NPCC devra avoir 40 à 45 employés pour être plus efficace.
<B>Le pays se donne-t-il les moyens d?encourager la créativité et améliorer la productivité ? </B>
La productivité est un concept mal compris. Souvent le manque de ressources vient du fait que l?importance de la créativité et de la compétitivité est mal comprise. Si elle était comprise, il n?y aurait pas de résistance au changement, il n?y aurait pas de nécessité d?avoir une organisation comme le NPCC. Mais la résistance au changement n?est pas totalement négative. S?il n?y en avait pas, on pourrait choisir le mauvais chemin sans le savoir.
<B>L?innovation semble être en panne depuis un moment dans le secteur textile. </B>
On ne doit pas faire de jugement hâtif. Ceux qui n?ont pas innové en sont morts ou disparaîtront. Tous ne seront pas créatifs, il y aura un groupe qui ne fera que du basique. Mais même en faisant cela, il leur faudra être productif pour rester dans ce segment. Certains délocalisent et ceux qui choisissent de rester devront consentir à monter en gamme. Ils ont des compétences et du savoir-faire dans leurs usines, ils capitalisent sur ce qu?ils ont pour s?améliorer en ciblant de nouveaux marchés et avec de nouveaux procédés. Mais la majorité de ceux qui disparaissent n?innove pas, soit au niveau du management ou au niveau du produit.
<B>Le NPCC est un partenaire important de la Textile Emergency Support Team (Test). Près d?un an après sa création, êtes-vous satisfait de son parcours ? </B>
La Test est une première à Maurice. Mais si on avait innové plus tôt, la Test n?aurait pas sa raison d?être aujourd?hui. C?est le secteur privé qui a demandé au gouvernement un mécanisme pour voir comment il pouvait avoir un soutien d?urgence. Et c?était une idée innovante. La mise en place de la Test découle du fait qu?on a crié au loup dans le privé. Le gouvernement voulait connaître la situation exacte dans le textile. On pensait que cette industrie n?avait plus d?avenir. Le gouvernement devait s?assurer qu?il investissait de l?argent dans un projet viable, et déterminer si chaque roupie qu?il donnait à ce secteur était en train d?être utilisée judicieusement. Cinquante entreprises de différentes tailles et de différents produits sont passées par la phase d?évaluation de la Test.
<B>Quand on compare à la totalité de l?industrie textile, cinquante entreprises, ce n?est pas énorme?</B>
C?est le tiers de celles qui existent. En termes de valeur d?exportation, c?est plus de 60 % de la valeur d?exportation. C?est satisfaisant. Mais il y a une attitude à changer. On ne peut pas gérer en se fondant sur des convictions personnelles. Il faut que les chiffres que possèdent les chefs d?entreprise représentent la réalité et qu?ils les maîtrisent. Mais beaucoup ont peur de ce procédé. Ils croient que toute l?évaluation vise à leur trouver des fautes. L?idée est de cibler les faiblesses pour s?améliorer. Et puis il y a l?attitude conne tou. C?est une question de culture et de mentalité. Pour certains, la priorité du jour reste les profits actuels sans penser au long terme. Nous changerons vraiment quand les entreprises choisiront d?elles-mêmes de faire des évaluations et d?utiliser les outils pour augmenter leur productivité sans qu?il y ait une crise derrière la porte. Nous n?en sommes pas à ce stade.
<B>Selon vous, quelle est l?industrie la plus innovante à Maurice ? </B>
Je ne saurais le dire. Il faut que l?innovation ne s?arrête pas, que ce soit dans le tourisme ou le sucre. C?est ce secteur qui a le plus innové dans le passé, cela lui a permis de se maintenir jusqu?ici, car il aurait pu disparaître avant. Le tourisme devrait passer par une phase d?évaluation avant qu?il n?arrive dans la situation où se trouve le textile aujourd?hui. Il est important qu?ils apprennent déjà les leçons. Et je ne suis pas certains que tous les ont retenues.
<B>À Maurice, les grandes entreprises ont tendance à ne pas allouer assez de ressources à leur département Recherche et Développement (R & D). N?est-ce pas inquiétant ? </B>
Selon nos statistiques, les budgets ne sont pas satisfaisants. En comparant les statistiques du pays avec un pays comme la Finlande, on constate que l?écart est très important. Il faut une raison pour investir dans le R & D. De plus, elle doit être basée sur un domaine concret. Puis il y a aussi le rôle des universités. À Maurice, elles n?ont pas été très présentes. Mais nous sommes un pays relativement jeune et nous avons grandi sous protection. Il n?y avait donc pas assez de motivation pour qu?on investisse dans le R & D. Les grandes entreprises en ont les moyens, et si elles ne peuvent pas trouver les idées elles-mêmes, elles peuvent au moins acheter l?expertise. Mais il faut qu?ils en ressentent le besoin. Le facteur qui aide le plus l?innovation et le R & D, c?est la compétition. On ne doit pas faire du R & D pour rien. Il faut un besoin et un marché pour cela.
On parle de faire de Maurice un Knowledge Hub. Mais pour cela, il faut qu?on développe un noyau de connaissance. Et c?est ce noyau dur qui permettra aux institutions de faire de la recherche et du développement.`
<B>« Le tourisme devrait passer par une phase d?évaluation avant qu?il n?arrive dans la situation où se trouve le textile aujourd?hui »</B>
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