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« Le temps de la kermesse est fini »
<B>Il y a une grande inquiétude autour de la baisse du prix du sucre. Comment réagissez-vous à cette situation ? </B>
Je dois faire ressortir que ce n?est pas aujourd?hui que nous prenons connaissance de la menace qui pèse sur le secteur sucrier. Depuis la signature de l?accord de Marrakech en 1994, nous savions que la politique agricole commune de l?Union européenne serait soumise à beaucoup de pressions et que le régime sucrier n?en serait pas à l?abri. En novembre 1995, lors d?une visite à Maurice, le commissaire européen, Joao de Deus Pinheiro, nous avait avertis de la possibilité d?une réduction du prix du sucre.
<B>Cette mise en garde a-t-elle été entendue ? </B>
Les gouvernements successifs ont été conscients de la menace qui pesait sur le Protocole sucre. Les différents ministres de l?Agriculture ont pris des mesures pour restructurer l?industrie sucrière et la rendre plus compétitive. Cependant, la menace est réelle. Ce qui se passe ces jours-ci est salutaire : les politiciens ont accepté de faire passer l?intérêt national avant les intérêts partisans. La menace qui guette l?industrie sucrière est devenue une question d?intérêt national. Il faut souhaiter qu?on arrive à galvaniser toute la population pour qu?elle soutienne les efforts qui seront faits pour sauvegarder nos acquis. Toutefois, il faut dire que depuis 1986, nous n?avons pas reçu un seul sou d?augmentation du prix du sucre. C?est la dévaluation de la roupie qui a créé l?illusion que nous avons obtenu beaucoup d?argent.
<B>A-t-on fait tout ce qu?il fallait faire pour protéger l?industrie sucrière ? </B>
Il est dommage que pendant des années on a négligé de penser à l?alternative au sucre. En 1984, à l?occasion du 15e anniversaire du MMM, Prem Nababsing, Swalay Kasenally, feu Zeel Peerun et moi avions recommandé cette voie dans un document traitant de l?avenir de l?industrie sucrière. Il y a aussi un paradoxe : aujourd?hui le classique étudié dans le monde entier par tous ceux qui se penchent sur les sous-produits de la canne a été écrit par le Mauricien Maurice Paturau, mais il est ignoré dans le pays de l?auteur.
<B>Que peut-on faire maintenant ? </B>
Il y a trois volets à la problématique de l?industrie sucrière. Il y a les facteurs internes, les considérations externes et régionales. Je ne pense pas que l?heure est arrivée pour écrire la nécrologie de l?industrie sucrière, mais il faut certainement penser à construire un grand avenir pour l?industrie de la canne. Le gouvernement doit mettre sur pied une task force sous la présidence de la Sugar Authority et comprenant des représentants du Mauritius Sugar Industry Research Institute, du Food and Agricultural Research Council et de l?université de Maurice pour considérer les options au sucre, d?un point de vue économique, technologique et du marketing.
<B>Mais dans l?immédiat, il faut préserver nos acquis sur le marché européen?</B>
Nous avons une équipe de diplomates et d?officiers extrêmement compétents. Les représentants du secteur privé font leur travail efficacement. Je dirai que Maurice réunit tous les atouts pour réaliser la winning formula, pour utiliser un terme à la mode. Si l?on constitue une équipe composée du secrétaire aux Affaires étrangères, Vijay Makhan, du Dr Rajpati, le directeur de la Sugar Authority, de l?ambassadeur Naresh Servansingh, de Satyawan Gunessee, notre ambassadeur à Bruxelles, de Jean-Claude Tyack et Géo Govinden, respectivement délégué général à l?étranger et représentant du Syndicat des sucres et de la Chambre d?Agriculture à Bruxelles et à Genève, elle réunira toutes les compétences diplomatiques et économiques pour défendre nos intérêts. Il est extrêment important que Maurice fasse force commune avec les betteraviers car nous sommes dans le même panier.
<B>N?est-on pas dans la situation actuelle parce que l?industrie sucrière a bénéficié d?un marché garanti ? </B>
C?est pourquoi, je dis qu?il faut dépasser les difficultés de l?industrie sucrière et élargir les débats pour réfléchir sur la stratégie économique du pays. Aujourd?hui, c?est le sucre. À la fin de l?année, ce sera le démantèlement de l?Accord multifibre, l?Agoa est passé et nous n?avons pas bénéficié d?une dérogation. On doit réfléchir à tête reposée, identifier les enjeux stratégiques majeurs, faire une analyse critique des politiques suivies et promouvoir des initiatives innovantes pour améliorer l?efficience. Notre pays a besoin de cette vision intégrée.à votre avis cela n?a pas été le cas jusqu?ici ?
Tous les gouvernements ont adopté une approche piecemeal. Un exemple : le Sugar Sector Strategic Plan affirme que la production de l?énergie à partir de la bagasse est le pilier de la démarche qui y est énoncée. Or nous constatons que les institutions semblent tout faire pour que la bagasse ne soit pas utilisée à cette fin. Les autorités préfèrent encourager une centrale thermique utilisant le charbon.
<B>On blâme toujours le secteur public. Les entrepreneurs privés n?ont-ils pas fait d?erreurs ? </B>
Je me demande parfois si le Protocole sucre qui a fait tant de bien à notre pays et qui a été à la base de sa prospérité relative n?a pas encouragé l?assistanat et empêché les entrepreneurs d?être créatifs et innovateurs. Ils ont été habitués à opérer dans un marché protégé. Or, aujourd?hui le temps de la kermesse est fini. Il est grand temps de réaliser que personne ne nous aidera et que nous serons appelés à opérer sans filet de protection and the name of the game is international competitiveness.
<B>Le gouvernement affirme que les entrepreneurs sont timorés et le secteur privé répond que les conditions prévalant n?encouragent pas l?investissement. Qui a raison ? </B>
Il faut le reconnaître, les grandes décisions stratégiques sont venues du secteur public. Le secteur privé dont je fais partie éprouve des difficultés à sortir des sentiers battus. Si l?on peut créer une synergie secteur privé-secteur public pour défendre l?industrie sucrière, il faut pouvoir l?étendre pour assurer le développement socioéconomique du pays. On doit comprendre la psychologie de l?investisseur. Si aujourd?hui, un pourvoyeur de capitaux me demande dans quel secteur il pourrait investir à Maurice, honnêtement je ne peux pas lui dire de mettre ses capitaux dans le secteur agricole, le textile, les nouvelles technologies ou le tourisme.
<B>Pourquoi ? </B>
C?est simple, l?investisseur a d?autres options. Le modèle reposant sur un marché protégé et une abondance de main-d?oeuvre pas chère est obsolète, aujourd?hui. Cette stratégie a fonctionné à l?ère industrielle, elle ne peut fonctionner au temps de la nouvelle économie. Nous ne pouvons prétendre être un peuple extraverti et avoir un comportement qui décourage l?investisseur.
<B>Quelle nouvelle stratégie peut-on adopter ? </B>
Je pense qu?il faut créer des conditions pour attirer à Maurice des cerveaux. Maurice doit devenir une brain driven economy. On peut devenir un fournisseur de ressources humaines dans des secteurs spécifiques, non seulement pour les pays de la région, mais pour le monde entier. De nombreux Mauriciens travaillent dans l?industrie sucrière en Afrique, parce que nous avons développé des compétences dans ce domaine spécifique.
<B>Donc, vous voulez transformer les ressources humaines en produits finis destinés à l?exportation. </B>
Je pense qu?il faut le faire. C?est ce qui a été fait à Singapour que nous prétendons être notre modèle. Si nous voulons vraiment faire de Maurice un knowledge hub, il faut satisfaire certaines conditions préalables. Mais il y a un déphasage entre la formation et le marché du travail. Je vous en donne un exemple : une firme étrangère nous a demandé de recruter des informaticiens pour travailler à Dubayy. Nous n?en avons pas trouvé à Maurice.
<B>« Notre pays a besoin d?une vision intégréeet doit devenir une brain driveneconomy »</B>
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