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« Le secteur sucrier doit se montrer généreux »

18 novembre 2007, 00:00

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<B>« Ce qui est à nous est à nous, ce qui est à vous est négociable. » Cette phrase vous inspire quoi ?</B>

J?imagine une femme qui s?adresse à son mari, un couple qui se dispute.

Le couple État-sucriers, par exemple ?</B>

Ça pourrait être ça?

L?auteur de cette phrase est le dirigeant russe Nikita Khrouchtchev?</B>

Le régime soviétique, très peu pour moi. Je n?ai pas trop envie de m?attarder sur le communisme.

Alors, allons droit au but : qu?attendez-vous de la rencontre de lundi avec le Premier ministre ?</B>

Vendredi, nous avons cru comprendre en effet qu?il était prêt à nous recevoir. Cependant, je n?ai aucune confirmation officielle à l?heure où je vous parle (hier matin, NdlR).

Le Premier ministre a demandé à la MSPA de revoir sa copie. Sur quoi allez-vous céder ?</B>

Nos propositions n?ont été ni rejetées ni approuvées. Nous attendons toujours une réaction officielle du gouvernement.

Vous ne lisez pas les journaux ?</B>

Si, et j?arrive à la conclusion que certains points demandent à être éclaircis. Il y a encore trop d?incompréhensions.

Bel euphémisme ! Le Premier ministre, lui, a utilisé le mot « inacceptable »? </B>

Peut-être, mais quand j?écoute son discours, je me dis qu?il y a grand besoin d?explications. C?est pour cela que nous souhaitons le rencontrer. Cela étant, nous pensons très sincèrement que notre offre répond, dans une large mesure, aux attentes du gouvernement.

Cette offre est-elle donc définitive ? Ou bien reste-t-il quelque chose à négocier ?</B>

Nous ne soumettrons pas de nouvelle offre tant que celle-ci n?aura pas été débattue. S?il faut préciser certains aspects, nous le ferons. D?une manière ou d?une autre, cette réforme est incontournable.

Tellement incontournable qu?on tourne autour depuis des mois?</B>

J?insiste : notre objectif est que la réforme se fasse.

Le gouvernement a posé comme condition les terres et l?actionnariat, il faut faire avec. Les sucriers ne sont ni rigides, ni fermés au dialogue.

<B>Cette flexibilité a-t-elle une limite ?</B>

Il y a une limite à tout.

Pensez-vous que l?État veut se « rembourser » des services rendus à l?industrie sucrière ? Un retour d?ascenseur, en somme ?</B>

Certains raisonnent ainsi. Je ne partage pas cette vision des choses, mais je la comprends. C?est pour cela que notre réflexion a évolué. Nous avons intégré ces paramètres dans la dernière offre soumise au gouvernement.

Intégrer quoi ?</B>

Le fait que le secteur sucrier doit se montrer généreux, eu égard à la contribution de l?État dans le développement de cette industrie.

Se montrer généreux, y compris sur le volet de l?énergie et de l?actionnariat ?</B>

Nous réservons la primeur de nos propositions au Premier ministre.

Certains vous reprochent de vouloir faire « des profits sur le dos du peuple ». La gourmandise est-elle le vilain défaut des sucriers ?</B>

C?est une mauvaise perception, c?est dommage.

« Dommage », un peu court comme explication?</B>

Écoutez, une négociation est en cours. L?énergie est un sujet sensible, complexe. Certains veulent s?en emparer pour polémiquer, pas moi. La communication des sucriers est souvent jugée « mollassonne ».

La MSPA a-t-elle décidé de se coucher devant les exigences du prince ?</B>

Faux ! Simplement, par respect pour nos interlocuteurs, nous devons faire preuve d?une certaine réserve. Nous nous interdisons de négocier à travers les médias.

<B>Votre interlocuteur, lui, ne s?en prive pas?</B>

Nous n?avons aucun contrôle sur ça.

On ne sait plus trop de quoi on parle en évoquant la réforme sucrière : d?économie, de politique ?</B>

Ce sujet soulève en effet beaucoup de passion et d?émotion. En ce qui nous concerne, cette réforme est purement économique. Il s?agit de baisse des prix, d?ouverture des marchés, il y a une bataille commerciale à gagner.

Vous n?avez pas senti le glissement de l?économique au politique ?</B>

Si, c?est évident. Notre défi est justement de concilier ces deux aspects.

<B>Êtes-vous convaincu qu?il existe à l?hôtel du gouvernement une volonté réelle de parvenir à un accord d?ici au 31 décembre ?</B>

Même si aujourd?hui on peut émettre des doutes, la raison va prévaloir.

<B>Vous trouvez que la raison gouverne ce dossier ? Ça se saurait, non ?</B>

Il se pourrait, en effet, qu?il y ait d?autres logiques à l??uvre, mais je ne souhaite pas entrer dans ce débat.

<B>Le PM s?est en-touré d?une nouvelle équipe, quelle a été son influence ?</B>

Le PM a le droit de s?entourer de qui il veut.

<B>Ce n?est pas la question. Était-ce facile de négocier il y a trois mois ?</B>

Je crois fermement aux institutions. Il me semble que les ministères sont dotés de techniciens, de compétences, notamment à l?Agro-industrie et aux Finances.

Sauf qu?aujourd?hui, ces ministres-là ont moins leur mot à dire?</B>

Oui, mais l?idéal serait de continuer à négocier d?institution à institution.

« L?énergie est un sujet sensible, complexe. Certains veulent s?en emparer pour polémiquer »

<B>Les Boolell et Sithanen vous manquent tant que ça ?</B>

Le chef de l?État a décidé de placer la discussion à son niveau, c?est ainsi.

L?usine de Saint-Félix a mis la clé sous la porte, d?autres compagnies vont-elles subir le même sort ?</B>

Si la situation perdure, oui, elles n?auront pas d?autre choix que la liquidation. Mais nous n?en sommes pas là.

<B>Et qui va payer les 7 000 VRS en cas d?échec de la réforme ?</B>

Si la réforme ne se fait pas, c?est bien simple, il n?y a plus de VRS : les compagnies n?auront pas les moyens de payer.

<B>À propos de gros sous, les 2 000 arpents de terre, c?est un cadeau de combien ?</B>

Beaucoup d?argent.

<B>Combien ?</B>

Beaucoup d?argent, le problème n?est pas là.

Où est-il alors ?</B>

Les sucriers doivent faire face à un défi sans précédent, le plus challenging depuis 350 ans, depuis que la canne est à Maurice. Ils vont subir, à partir de 2009, une baisse de leurs revenus de 36 %. Dans le même temps, pour avoir une chance de survivre, ils devront réaliser entre Rs 15 et Rs 20 milliards d?investissements. Vous voyez bien que, placée dans son contexte, la question n?est plus de savoir combien coûtent 2 000 arpents de terre.

Un mot sur le troisième partenaire de la réforme.

La Commission européenne a fait savoir qu?elle n?avait pas d?objection à ce que l?État modifie la feuille de route initiale. Cette posture est-elle gênante ?</B>

Ça ne nous gêne pas, car c?est la réalité, l?État est souverain. Mais comprenez-moi bien : l?Europe ne dé-boursera pas un sou si un accord État-sucriers n?est pas trouvé.

<B>À six semaines du gong, croyez-vous à cet accord ?</B>

J?y crois.

<B>Alors allons-y pour un questionnaire « Croyance ». Croyez-vous au Père Noël pour débloquer la situation ?</B>

Laissez-le tranquille, il a suffisamment à faire.

<B>Aux Martiens ?</B>

Vous en êtes un ?

<B>En Dieu ?</B>

Oui.

<B>Pour débloquer la situation, croyez-vous au bon sens du Premier ministre ?</B>

Je le souhaite.

<B>Au coup de main de Cader Sayed-Hossen et de Nita Deerpalsing ?</B>

J?ose l?espérer.

Aux pouvoirs surnaturels de Superbouboule ?</B>

Je ne l?ai jamais croisé, hélas.

Est-ce que vous croyez en vous ?</B>

Oui.

Propos recueillis par <B>Fabrice ACQUILINA</B>

<B>Bio express</B>

● Né le 15 octobre 1955 à Belle-Rose.

● Marié, père de quatre enfants.

● Dirige la MSPA depuis janvier 2006.

● A travaillé neuf ans en Tanzanie et en Côte d?Ivoire sur des propriétés sucrières.

● Formé à l?École d?agriculture de l?UoM, il est diplômé en « Agriculture et technologies sucrières ».

● Signes particuliers : mordu de golf, il présente un honorable handicap 21 après trois ans de pratique. Autre passion : « Ma famille, mon trésor. »

<B>Ses 5 dates</B>

■ 1968. Indépendance de Maurice. « On a hissé le pavillon au collège. »

■ 1976. Décroche son diplôme en agriculture. « Mon passeport professionnel. »

■ 1983. Mariage avec Priscille Li.

■ 1984. Naissance d?Odile, avant Jean-Christophe, Valérie et Jean-Éric.

■ 2005. Nommé secrétaire général de la Chambre d?agriculture.

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