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« L?avenir de Maurice, c?est la méritocratie et le partage »

11 octobre 2003, 20:00

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À voir la façon dont s?est déroulée la transition au sommet de l?État, on pourrait dire qu?un arrangement électoral prend l?allure de programme politique a posteriori ?

C?est devenu plus qu?un programme. C?est aujourd?hui un projet de société, voire un jalon du développement. Depuis septembre 2000, il y a une dynamique unitaire pour changer le pays en profondeur. Il y a au sein de l?alliance Mouvement socialiste militant-Mouvement militant mauricien (MSM-MMM) un partenariat qui est bénéfique au pays et à l?alliance. Ce qui nous unit transcende ce qui nous sépare. Octobre 2003 est un remake de juin 1982, avec la sagesse en plus.

Mais Navin Ramgoolam affirme que cette transition est une trahison d?Anerood Jugnauth. Que répondez-vous ?

La façon dont la transition s?est faite montre le respect d?un accord entre les hommes et le respect du vote de la population. En l?an 2000, le peuple avait voté pour cette transition et la façon dont elle a été vécue la semaine dernière montre que le peuple respecte son choix. Cet événement aurait connu moins d?émotion s?il n?y avait pas eu les Jeux des îles de l?océan Indien. Ces jeux ont surpris les Mauriciens. Ils ont été eux-mêmes étonnés de voir à quel point ils peuvent aimer leur pays. Les Jeux ont valorisé la transition. Mais, maintenant, il faut gérer ce pays.

Gérer le pays, c?est avant tout réconcilier des contraires?

Une société démocratique ne peut être qu?une société de contradictions. Comme tout démocrate, le Mauricien veut quelque chose, mais il veut que son contraire puisse également exister. C?est ainsi que la démocratie peut être paralysante.

Dans quel sens ?

Dans le sens où les voix contraires à la volonté d?un gouvernement peuvent l?empêcher d?agir. Je pense qu?un gouvernant doit reconnaître le point de vue de l?autre et ensuite trancher selon sa conviction.

Anerood Jugnauth mettait fin aux contradictions en tranchant dans le vif, Paul Bérenger y parvient en faisant des compromis. De quoi sera fait l?avenir ?

Je pense que Paul Bérenger saura lui aussi trancher

Le concept de méritocratie ne devrait-il pas dépasser le champ politique ?

L?avenir de Maurice, c?est la méritocratie et le partage. La politique peut être le fer de lance d?un projet de société, mais elle peut aussi donner l?aval à une dynamique qui existe déjà. C?est au monde politique de peser sur les événements afin que ce qu?il accomplit le soit aussi dans d?autres secteurs.

Vous pensez qu?il sera possible, à brève échéance, d?assurer l?égalité d?opportunités dans tous les secteurs d?activité ?

Je pense que la politique montre la voie. Tous les secteurs d?activité doivent donner des opportunités à tous les Mauriciens. Mais il faut garder à l?esprit que Maurice est une jeune nation de trente-cinq ans. C?est maintenant que notre société sort de la monoculture pour aller vers la pluralité.

L?opinion publique pense surtout au secteur économique?

Nous sommes des socialistes. Nos idées des années soixante-dix sont toujours là. Mais nous vivons aujourd?hui dans un contexte économique différent sur le plan national et international. Je pense que si nous réussissons notre révolution informatique, ce sera la victoire de l?intelligence sur le capital.

N?est-ce pas aussi une façon d?éviter la confrontation avec le grand capital ?

Maurice a réussi son décollage économique dans les années quatre-vingt parce que le gouvernement d?alors avait choisi de jouer le rôle de facilitateur. Au sein de l?alliance MSM-MMM, nous avons la conviction que le partage des bénéfices de la croissance doit se faire équitablement et que les fruits du développement doivent être correctement redistribués. Nous sommes des hommes de gauche. Nous voulons partager la richesse, mais pour le faire, encore faudrait-il avoir produit cette richesse. Nous rêvons et travaillons pour l?avènement d?une société plus juste où tous nos compatriotes acceptent de partager le même destin économique et politique. Ainsi, nous nous sommes engagés avec audace dans les réformes nécessaires.

C?est le nouveau credo du MSM ?

Anerood Jugnauth avait la grassroot wisdom. On retrouve un fil conducteur entre son discours de 1963 et celui de 2003. Il a toujours dit que son rêve est de permettre aux Mauriciens de vivre mieux. Aujourd?hui, nous avons un nouveau leadership. Pravind Jugnauth fait le lien entre un héritage et une vision. Au MSM, le pragmatisme est une dimension importante de notre action. Nous sommes un parti de gestion dynamique. Mais en même temps, il y a une dose de rêve : celui d?une île Maurice unie où tout le monde se retrouve. Nous voulons être le garant qui assure la prospérité et le partage.

Il semble que la situation économique peu brillante et le chômage qui augmente ne vous inquiètent pas ?

Il faut essayer de comprendre à quoi est dû le chômage. Il faut réfléchir comment adapter structurellement l?économie mauricienne pour que nos compatriotes trouvent les opportunités d?emploi qu?ils souhaitent. C?est là que réside toute la dialectique concernant le travail. Quel travail veut le Mauricien ? Pendant combien d?heures veut-il travailler ? Quel salaire cherche-t-il ? Qu?est-il prêt à sacrifier pour son bien-être économique ?

Ce sont des questions. Nous cherchons des réponses?

Je trouve que dans le contexte actuel, Maurice a su man?uvrer avec beaucoup de pragmatisme. On doit aider ceux qui le veulent bien à développer de façon professionnelle leurs petites entreprises et trouver le créneau qui leur est propre. Il faut maintenant professionnaliser tous les secteurs d?activité. Nous voulons d?une nation de professionnels. C?est ce qui peut assurer l?avenir des Mauriciens. Par exemple dans le tourisme, nous nous attellerons à former également tous ceux qui en vivent indirectement : les guides, les chauffeurs de taxi, les fleuristes et les vendeurs, par exemple.

Le secteur touristique ne doit-il pas être restructuré ?

La restructuration est en cours. On passe d?une industrie hôtelière à une industrie touristique. De nouveaux produits sont créés. Aujourd?hui, nous avons le golf. L?éco-tourisme s?installe. Bientôt, nous aurons des croisières dans l?océan Indien. Il faut développer le tourisme régional avec Maurice comme produit d?appel.

Les dirigeants de l?alliance MSM-MMM déclarent qu?une défaite à la partielle de Rivière-du-Rempart ne changerait rien au programme et au fonctionnement du gouvernement. Est-ce le signe que vous craignez que votre candidat soit battu ?

Numériquement cela ne changerait rien. Mais il est important pour nous de gagner cette partielle. Une victoire nous permettrait de continuer à travailler dans la confiance. Mais moi, je suis convaincu que nous gagnerons, peu importe le candidat que présentera le Parti travailliste.

« Nous rêvons et travaillons pour l?avènement d?une société plus juste où tous nos compatriotes acceptent de partager le même destin économique et politique. Nous nous sommes engagés, avec audace,dans les réformes nécessaires. »

Propos recueillis par Jérôme BOULLE

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