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« La zone franche n?est pas un ghetto »

5 juin 2004, 20:00

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Pourquoi la Mepza veut-elle changer l?image de la zone franche ?

La zone franche est le plus important pourvoyeur de devises étrangères. Bien avant la cybercité, les entreprises de la zone franche ont eu recours aux nouvelles technologies. De nombreux universitaires travaillent dans la zone franche. Ils sont dans la gestion, la comptabilité, le marketing, l?informatique ou dans les laboratoires. Et pourtant on a une perception négative de ce secteur.

Pensez-vous qu?on peut faire carrière dans la zone franche ?

Cela fait trente-trois ans que je travaille dans la zone franche. En 1971, j?ai commencé comme ouvrier, chez LSP, une taillerie de diamants. A l?époque le chômage battait son plein et l?important pour moi était de trouver un emploi. L?amour du métier est venu après.

Mon ardeur au travail a été appréciée, j?ai gravi les échelons et il y a quatre ans, avec un partenaire, j?ai ouvert mon entreprise.

Vous êtes une de ces rares exceptions. Y a-t-il des machinistes qui sont devenus directeurs d?entreprise ?

La zone franche a commencé avec du savoir-faire étranger. Aujourd?hui, trente-cinq ans plus tard, ce sont les Mauriciens qui gèrent le secteur. De nombreux directeurs, cadres ou Floor Supervisors ont commencé à la base avant d?être promus.

Alors, d?où vient ce refus de travailler dans la zone franche ?

C?est parce qu?on a véhiculé l?idée que dans la zone franche, il n?y a que des machinistes, qu?il n?y a aucune sécurité d?emploi, que le travail est éreintant car on est payé à la pièce et que c?est un secteur où l?on n?a pas de congé. Il faut aussi tenir compte de la comparaison avec d?autres secteurs. Je vous donne un exemple : un ouvrier perd sa carte d?identité. Il doit s?absenter au moins une demi-journée pour la remplacer. Comme l?employé travaille à la pièce, il a un manque à gagner. Mais quand il se rend à Port-Louis et voit la nonchalance qui caractérise certains bureaux, c?est compréhensible qu?il ne veuille plus rester dans la zone franche et travailler dur pour gagner un salaire.

Vous confirmez donc que c?est dur de travailler dans ce secteur...

Oui, travailler dans la zone franche est très exigeant. Vous êtes payé à la pièce, donc si vous ne produisez pas vous n?êtes pas rémunéré et si vous êtes très performant vous recevez davantage. Cela nous rappelle une réalité : on ne peut espérer gagner de l?argent sans travailler. Si nous aspirons à une île Maurice moderne dans un monde compétitif, il faut avoir une culture de travail. La zone franche a apporté le sens de la discipline. Les employés ont développé une culture de travail et une conscience de la qualité. J?aurais souhaité que d?autres travailleurs mauriciens fassent un séjour dans la zone franche pour voir ce qu?est la discipline de travail. Ce n?est pas un hasard si la zone franche tient bon depuis trente-cinq ans.

Mais les salaires ne sont-ils pas trop bas ?

Vous savez, quand j?étais ouvrier, on gagnait Rs 150 par mois. Aujourd?hui les salaires se situent entre Rs 4 000 etRs 6 000. Certes, on peut toujours faire mieux. Mais il faut reconnaître que de nombreux pères ou mères de famille ont pu améliorer leurs conditions de vie. Alors respectons les 77 000 employés de ce secteur. Arrêtons de les traiter comme des employés de deuxième catégorie. La zone franche n?est pas un ghetto.

N?est-ce pas les patrons qui traitent ainsi les travailleurs quand ils ferment les entreprises du jour au lendemain sans aucun avertissement ?

C?est malheureusement une réalité. à la Mepza nous nous penchons sur la question. Toutefois, tous les industriels ne sont pas membres de notre association. Nous ne pouvons donc pas répondre pour tout le monde.

Que dites-vous aux employés licenciés qui ne trouvent pas de travail parce qu?on leur dit qu?ils sont trop âgés, alors qu?on emploie des travailleurs étrangers ?

Le travailleur doit devenir polyvalent. C?est une façon d?assurer sa sécurité d?emploi. Mais il y a une réticence de la part des employés mauriciens à ce sujet. Les travailleurs étrangers sont polyvalents. Ils font beaucoup d?heures supplémentaires et acceptent de travailler à des heures tardives. C?est pourquoi on a recours à eux, même s?ils coûtent plus cher. Il faut savoir que certaines usines seraient obligées de fermer si les travailleurs étrangers s?en allaient.

Reconnaissez-vous que les employeurs ont une grande part de responsabilité dans l?image négative que traîne la zone franche ?

C?est effectivement le cas. Mais espérons que le travail fait par la Mepza et le ministère de l?Industrie porte ses fruits et qu?à l?avenir on pourra éviter des fermetures soudaines. Seulement il faut garder à l?esprit que nous évoluons dans un environnement très compétitif. Vous savez, l?investisseur vient pour réaliser des bénéfices et le mot profit ne doit pas donner lieu à une crise d?urticaire. Mais je précise qu?il faut se garder de réaliser des profits au détriment des travailleurs qui constituent la plus grande richesse d?une entreprise.

Pourquoi les entreprises mauriciennes manquent-elles de compétitivité ?

Il y a d?abord notre situation géographique. Nous sommes loin des grands marchés. Ensuite, les coûts de production augmentent. Aujourd?hui, la main-d?oeuvre coûte plus cher. Il faut ajouter à cela les frais d?eau, d?électricité, du traitement des eaux usées et du fret. Ils augmentent tous. La Mepza a demandé à un consultant de réaliser une étude comparative de ces coûts dans des pays concurrents.

En lésinant sur le réinvestissement et la formation, les entrepreneurs n?ont-ils pas une responsabilité dans cette perte de compétitivité ?

Non, il y a eu réinvestissement. Les managers ont bénéficié de cours de formation. Nous avons toutefois remarqué des faiblesses au niveau du middle management. Les chefs d?entreprises en sont conscients.

Le secteur textile existe depuis trente-cinq ans et il n?y a aujourd?hui ni centre de recherches ni école de design sponsorisée par l?industrie, ni un institut pour assurer une veille du marché...

Je reconnais qu?il y a eu des lacunes à ce niveau. Mais la Mepza propose la création d?un Textile Institute. Cette institution s?occupera de tous les problèmes du textile, de la création au marketing en passant par la recherche et le développement. Ensuite, il faudra revoir notre stratégie de promotion. On doit vendre Maurice. Il est aussi nécessaire d?avoir, en Europe, un bureau permanent dirigé par une personne compétente dans le marketing. Enfin, il faudra, bien sûr, encourager les jeunes créateurs.

L?année dernière, après le discours du budget, la Mepza avait protesté si énergiquement que Paul Bérenger avait qualifié votre porte-parole d?hystérique. Quelles sont vos attentes ?

La Mepza avait effectivement protesté énergiquement. Mais reconnaissons que le gouvernement avait réagi promptement en mettant sur pied la Textile Emergency Support Team (Test) pour aider les entreprises en difficulté et le Corporate Debt Restructuring Committee qui se penche sur l?endettement des compagnies. Maintenant, nous demandons que la Test dure deux ans et qu?elle soit étendue au secteur non textile. Nous souhaitons que l?accès à l?Equity Fund soit accéléré. Nous réclamons le financement desétudes liées à la restructuration des entreprises de la zone franche. Nous pensons que tous les fonds utilisés pour la modernisation du matériel doivent être déductibles de la taxe.

« Certaines usines seraient obligées de fermer, si les travailleurs étrangers s?en allaient »

« Dans la zone franche, vous êtes payé à la pièce, donc si vous ne produisez pas vous n?êtes pas rémunéré »

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