Publicité
« La situation à l?Icac est devenue intolérable »
Par
Partager cet article
« La situation à l?Icac est devenue intolérable »
Cela fait plusieurs semaines que l?Icac défraye la chronique. Pourquoi est-ce maintenant que vous réagissez ?
Après avoir pris connaissance de tout ce qui a été dit et écrit, je me suis rendu compte que la situation à l?Icac était devenue intolérable. Après la révocation de Roshi Bhadain, le transfert de Devanand Haulkoree et de Hemantdass Ghoorah, j?ai été aux renseignements, j?ai pris connaissance de leurs affidavits respectifs. J?ai pris soin de bien vérifier certains points. Je me suis alors dit qu?on ne pouvait plus garder le silence.
N?êtes-vous pas satisfait de l?action gouvernementale ?
Il y a bien eu, à un certain moment, une démarche du Premier ministre pour assainir la situation au sein de l?Icac. On avait même évoqué le remplacement du commissaire et de ses deux adjoints. Mais malheureusement, les choses n?ont guère changé. J?ai l?intime conviction que c?est le président qui a suggéré le nom de Bee-karry et que sans son intervention, les choses auraient évolué autrement.
Qu?avez-vous donc fait ?
Je n?ai fait que réunir les faits reprochés dans la presse et ailleurs contre le commissaire et son adjoint. Je les ai ensuite soumis aux trois membres de l?Appointments? Committee en demandant que le commissaire soit suspendu de ses fonctions en attendant la conclusion d?une enquête.
À bien vous entendre, le commissaire mérite d?être sanctionné séance tenante.
Je demande qu?il se retire au plus vite pour ne pas entraver la bonne marche de l?enquête. C?est une pratique reconnue et acceptée dans notre modèle de démocratie. Il n?y a rien de nouveau. D?ailleurs parmi les huit accusations que j?ai formulées contre la direction de l?Icac, il y a une sur laquelle l?Icac doit elle-même enquêter.
À savoir ?
Celle qui concerne l?a-chat, pour Rs 1,6 millions, d?une voiture neuve chez Iframac par M. Beekarry, en échange de sa vieille voiture.
En quoi une telle transaction vous paraît-elle condamnable ?
Parce que le prix fixé pour la vieille voiture était de Rs 1,1 million et que M. Beekarry a payé sa nouvelle voiture moins cher que deux autres de la même marque, achetées quelques mois auparavant.
Pourquoi refusez-vous à Navin Beekarry le droit d?avoir un meilleur deal avec ce concessionnaire ?
Parce que sous le Prevention of Corruption Act (PoCA) qui a institué l?Icac, le commissaire de cette institution, défini comme un Public Official, ne peut pas solliciter ou recevoir ce que la loi qualifie de gratification.
Que signifie ce terme « gratification » ?
Selon le législateur, gratification signifie « a gift, reward, discount, premium or other advantage, other than lawful remuneration. » Il est donc évident que l?accusation liée à l?achat de la voiture personnelle du commissaire Beekarry tombe sous les délits prévus par le PoCA.
Votre démarche n?est-elle pas un battage pour votre manifestation du 1er Mai ?
Ma démarche n?a rien à voir avec ce que le Mouvement 1er mai prévoit pour la fête du Travail. Elle est personnelle. L?accès à notre manifestation qui aura lieu dans une salle se fera d?ailleurs sur invitation.
Qu?est-ce qui a déclenché votre intérêt pour l?Icac ?
C?est surtout la rapidité avec laquelle le dossier MCB-NPF a été bouclé après la révocation de Roshi Bhadain.
Qu?est-ce qui vous fait croire qu?un tel dossier ne peut pas être ficelé aussi vite ?
J?ai l?intime conviction que le scandale MCB-NPF a des racines beaucoup plus profondes en matière de fraude et de corruption. J?ai peine à croire qu?un dossier aussi complexe peut être ficelé en quinze jours. D?autant plus que l?Icac a non seulement la responsabilité de combattre la corruption et le blanchiment d?argent, mais aussi celle de changer les choses pour faire disparaître les pratiques frauduleuses. Elle a également la responsabilité de faire de la prévention et éduquer les masses. Ce que j?ai appris dans l?affaire des voitures me choque au plus haut point. Si le commissaire Beekarry plaide l?ignorance, ce serait de l?inconscience de sa part.
Vous n?en êtes pas à votre première dénonciation ; pensez-vous que les choses évoluent ?
Depuis l?affaire Air Mauritius, je reçois énormément de renseignements de gens qui dénoncent la fraude, la corruption, ou les abus de pouvoir. Certains agissent par esprit de vengeance, mais beaucoup le font pour le bien commun. Cette affaire a sans nul doute déclenché un processus salutaire dans le combat contre la fraude et la corruption, le gaspillage, le blanchiment d?argent, les comptes fictifs. Je dois néanmoins ajouter que le démantèlement de l?Economic Crime Office a été un choc pour le pays. Il nous faut tout faire pour éviter que l?Icac ne sombre. Elle a un rôle important à jouer pour mettre un terme aux pratiques inacceptables qui perdurent depuis de nombreuses années.
Vous semblez mettre les trois responsables de l?Icac dans le même panier ?
Ce n?est pas une question de mettre tout le monde dans le même panier. J?ai réuni les accusations formulées contre Navin Beekarry et Gérard Bisasur et j?invite Moussa Taujoo à se démarquer. Il convient de rappeler que ce dernier a une riche expérience en tant que directeur de l?Audit et il connaît donc les procédures administratives de la fonction publique. Il ne faut pas oublier qu?il s?est démarqué publiquement de certaines décisions prises au sein de l?Icac. Je pense qu?il n?a pas d?autre choix que d?assumer la responsabilité collective ou de présenter sa démission. Ce faisant, il forcera en quelque sorte l?Appointments? Committee à se réunir pour se pencher sur ce dossier.
Finalement, ne vous faites-vous pas la caisse de résonance de ceux qui ont eu des problèmes avec leur hiérarchie. Hier Vijay Poonoosamy, aujourd?hui Roshi Bhadain ?
J?aime trop ma liberté pour me laisser influencer par qui que ce soit. Ni par mon épouse, ni par le peu d?amis qu?il me reste. Ceux qui me connaissent savent que j?agis selon ma conscience, en prenant toujours soin de bien vérifier les faits. Il faut bien que je parle aux gens concernés dans le cadre de mes enquêtes. C?est ainsi qu?il m?a fallu rencontrer ceux que vous venez de mentionner.
« Le démantè-lement de L?Economic Crime Office a été un choc pour le pays »
« J?aime trop ma liberté pour me laisser influencer par qui que ce soit »
Publicité
Publicité
Les plus récents