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« La préservation intéresse les Mauriciens »
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« La préservation intéresse les Mauriciens »
Quel était le but du séminaire régional sur la commémoration de la lutte contre l?esclavage et son abolition, présidé par le directeur général de l?Unesco, et du colloque sur les mémoires historiques qui ont eu lieu cette semaine ?
Je n?ai pas vraiment été impliquée dans ces conférences mais je pense que le but découle de l?intérêt que portent les officiels pour l?histoire et le patrimoine. Mais il me semble que la population mauricienne aurait dû participer davantage. Il faut lui donner la chance de contribuer à la protection du patrimoine. Vu que des sommes d?argent sont dépensées en terme d?organisation, il faut que les Mauriciens soient aussi impliqués. Cela contribuerait à mener à bien cette mission de préservation du patrimoine. Ces séminaires ont permis des échanges entre les pays. Aujourd?hui, plus d?accent est mis sur la région. L?Unesco, qui a très souvent associé la commémoration de l?esclavage avec des pays de l?Atlantique, s?étend aux autres régions qui sont aussi concernées.
On parle beaucoup de patrimoine ces jours-ci. Pensez-vous que les Mauriciens portent vraiment un intérêt à cette question ?
Je crois qu?ils sont vivement intéressés par la question de la préservation du patrimoine. Je rencontre de nombreuses personnes qui m?en parlent. D?autres téléphonent pour nous avertir qu?il y a dans certaines régions des vieux bâtiments en ruines qui peuvent être classés en édifices historiques. Nous référons alors les cas au National Heritage Trust Fund, qui se charge des procédures pour protéger le site. La population est intéressée par l?histoire. Mais il y a un fossé entre l?histoire académique et l?histoire sociale. Par histoire académique, je fais référence à l?aspect intellectuel du patrimoine. Bien souvent les intellectuels susceptibles de débattre de la question ne prennent pas le temps d?explorer, de descendre sur le terrain et n?ont guère de connexion avec le monde rural. Et pourtant, c?est dans cette zone qu?ils trouveront le plus de ruines et de vestiges du passé.
Le gouvernement a demandé récemment que deux sites ? le Morne et le cimetière des Noirs à Pamplemousses ? figurent au patrimoine mondial de l?Unesco. Quels sont les critères nécessaires pour que les sites en fassent partie et quelles en sont les implications ?
Plusieurs critères sont établis par l?Unesco. Par exemple, le site identifié doit être symbolique en terme d?histoire sur le plan local mais aussi international. Il faut également que la zone soit à l?état naturel. Supposons qu?une région historique ait été sujette à des travaux et soit recouverte de béton. Dans ce cas, l?inscription s?avère plus difficile. Il faut aussi que l?état démontre sa volonté de vouloir protéger la zone spécificiée mais aussi ses alentours. Dans certains pays par exemple, le lieu historique est délimité par environ cent mètres à la ronde. Je ne sais pas si les mêmes règles s?appliquent à Maurice. L?inscription des sites historiques mauriciens dans le patrimoine mondial serait définitivement un avantage pour notre île. Il faut dire que, comparés aux autres pays, nous ne possédons pas un long passé historique en terme d?années mais le souci de l?Unesco démontre que la période coloniale est significative et que nous possédons une spécificité par rapport à cette époque.
Des fouilles archéologiques à l?Aapravasi Ghat, l?île de la Passe et au Morne ont lieu actuellement. Quel est leur objectif ?
Dans le cas de l?Aapravasi Ghat, le gouvernement a créé l?Aapravasi Ghat Trust Fund, afin de protéger et de restaurer ce lieu ayant trait à l?engagisme. Le but est de préserver l?histoire mais aussi la culture des immigrants indiens. Des travaux seront entrepris pour redonner à l?Aapravasi Ghat l?aspect qu?il avait en1885. C?est un grand défi que nous espérons réaliser pour que le site soit conforme au World Heritage Standard. La première étape de ce projet consiste à faire des fouilles archéologiques pour retrouver des indices ou des vestiges. Les recherches ont démarré en janvier 2003. En mars prochain, des ingénieurs et des architectes indiens, associés à l?International Council for Monuments and Sites (Icomos) viendront à Maurice pour superviser la restauration. Ils vont également former les Mauriciens qui voudront participer à ces travaux. Pour ce qui est de l?île de la Passe, les fouilles ont été faites parce que c?est une région qui a servi en temps de guerre entre les Anglais et les Français. Ce projet a été financé par l?organisation Earth Watch, spécialisée dans la recherche, l?éducation et la conservation. Le Pr Summes et son épouse, Françoise, responsables de cette instance, ont sollicité les étudiants de l?université de Maurice qui veulent aider ou apprendre à effectuer des recherches archéologiques. Elles viennent tout juste de s?achever. Enfin pour le Morne, qui regroupe de nombreux emplacements habités par les marrons pendant l?esclavage, c?est une équipe de Mauriciens et d?experts étrangers, placée sous la responsabilité de l?université de Maurice, qui était impliquée. Nous avons exploré une centaine de caves occupées par les esclaves pour réaliser une étude archéologique. Un rapport a été rédigé et soumis au National Heritage Trust Fund.
Selon vous, est-ce que le National Trust Fund Bill, qui vient d?être voté, contribue réellement à la protection du patrimoine ? Est-ce suffisant pour conscientiser la population à l?importance de la protection du patrimoine ?
Avant, nous préservions des bâtiments, des tombes, des monuments en hommage aux personnalités ayant marqué notre île mais on ne s?est jamais soucié de l?histoire de la population. On fera bien une statue de Mahé de Labourdonnais mais qu?advient-il des personnes qui vivaient à son époque ? Tout le monde connaît bien la bataille de Grand-Port mais s?intéresse-t-on aux gens qui vivaient dans ce village à ce moment-là ? Je crois que l?histoire de la population mérite d?être préservée. Il faut bien revaloriser les sites historiques, mais à mon avis, cela n?est pas suffisant. Cela ne fait que quelques années que le souci de protéger le patrimoine s?est manifesté. Le National Trust Fund Bill vient à peine d?être promulgué. Avant il y avait le National Monuments Act pour préserver les monuments et les statues historiques, mais avec la nouvelle loi, il y a plus de pouvoirs.
On peut non seulement préserver les sites historiques mais également les coutumes qui constituent une forme de patrimoine oral. Il faut former des personnes qui seront des Heritage Officers pour aller vers les gens et mieux les sensibiliser. On ne doit pas s?attendre à ce que ce soit la population qui aille vers le patrimoine.
Quelles sont les règles à respecter quand on veut faire des fouilles archéologiques ? Celles-ci attisent parfois les foudres des habitants de la région. Pourquoi ?
Avant d?effectuer des fouilles archéologiques, il faut obtenir l?aval des autorités. Pour l?Aapravasi Ghat, c?est le ministère des Arts et de la culture qui accorde la permission. En revanche, si un individu désire faire des fouilles à titre privé, il doit formuler une requête au ministère du Logement. C?est un archéologue qualifié qui supervise les fouilles. Il devra aussi soumettre un relevé de son travail aux autorités. S?il trouve des objets, il les analysera et saura, grâce à sa formation, comment les conserver. Je crois que la source du mécontentement des habitants découle de ce manque de personnes qualifiées pour faire les fouilles. Il y a un grand besoin de professionnalisme sur la question du patrimoine. Vu que ces travaux sont financés en majorité par les fonds publics, il est normal que les habitants soient les premiers avertis quand des fouilles archéologiques ont lieu près de chez eux.
Certains individus trouvent des objets historiques et les conservent chez eux au lieu de les remettre aux autorités. Est-ce normal ?
À l?époque, je crois que l?intérêt pour la conservation des objets historiques n?avait pas d?importance aux yeux de la population. D?ailleurs, il n?y avait aucune structure, aucune instance pour gérer la protection du patrimoine. Ce n?est pas logique de garder de tels objets dans son salon ou dans sa maison. Selon la valeur des objets trouvés, les autorités peuvent entreprendre une action. Par exemple, je me souviens du cas d?une famille qui avait trouvé des pièces d?argent dans les combles de sa maison. Ces pièces peuvent être considérées comme étant la propriété de l?Etat en terme de patrimoine. On peut dans cette situation arriver à un arrangement pour satisfaire les deux parties.
L?événement a aussi été le licenciement de Premlall Mahadeo, ancien directeur du National Heritage Trust Fund, sujet à controverse. L?organisme et l?état se renvoient la balle sur ce limogeage. Qu?en pensez-vous ?
L?argument des autorités selon lequel le National Heritage Trust Fund est un organisme indépendant qui peut donc prendre ses décisions, ne tient pas. Cette organisation est financée par l?état. Je ne peux expliquer les raisons derrière ce limogeage. Nous attendons une explication. Je dois dire que nous avons travaillé avec Premlall Mahadeo pendant deux ans sur le projet de l?Aapravasi Ghat. Ce dernier s?est avéré être un professionnel. Il a d?ailleurs siégé dans notre comité et nous a beaucoup soutenus dans notre projet. C?est une perte énorme. Nous souhaiterions obtenir des éclaircissements sur ce renvoi.
« Nous devons préserver non seulement les sites historiques mais également les coutumes, une forme de patrimoine oral. »
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