Publicité

« Je n?étais plus motivé »

10 juillet 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

L?heure du départ a sonné. Quel est l?héritage que le DTN Frantz Jessin a légué au tennis mauricien ?

Le bilan général est positif. Mon staff technique (NdlR: David Demey, Bruno Lebon, Emma Taikie et Patrice Esmyot) et moi avons bien utilisé la structure mise en place. Nous avons doublé le nombre de licenciés et des enfants sont en attente. On a aussi contribué au développement du tennis adulte. Quand on a une structure comme Petit Camp, ce n?est pas si difficile que ça.

Ne pensez-vous pas que la fédération aurait dû avoir confié aux clubs le soin de développer le tennis adulte ?

Certainement. Ce sont les clubs qui devraient s?occuper de la masse. Quant à la fédération, elle aurait dû se consacrer exclusivement aux entraînements de haut niveau. Mais comme il y avait un besoin d?argent, on a ouvert le centre à tout le monde.

Cette formule a-t-elle porté préjudice au tennis de haut niveau?

Bien sûr. En éliminant les entraînements pour la masse, les joueurs auraient pu bénéficier de deux séances supplémentaires.

Pensez-vous avoir contribué à la progression de notre tennis ?

Bien sûr. Avec la collaboration de mon staff, j?ai mis une grosse structure en place. On a atteint notre objectif que ce soit pour l?élite ou pour la masse. Ma plus grosse satisfaction est d?avoir mis en place un programme d?entraînement physique pour les enfants. Avant mon arrivée, ils n?y connaissaient rien. Au début, ils trouvaient que c?était dur mais ils sont parvenus à tenir le rythme. La salle de musculation tourne tous les jours. Nous avons également donné un énorme coup de pouce au mini-tennis auquel s?adonnent 70 enfants. Sur le plan des résultats, on est également satisfait. Si j?étais resté un an de plus, j?aurais pu faire pas mal encore.

Et pourquoi, justement, partir si vite ?

Il y a plusieurs raisons. D?abord, j?ai envie de retrouver mes proches. Je suis ici depuis deux ans. C?est la première fois que je m?éloigne du noyau familial et de la France. Ensuite, depuis huit mois, j?ai l?impression de stagner. La fédération n?évolue pas. Il y a une mauvaise entente entre mon staff technique et le comité directeur. Il y a un manque de motivation et je préfère m?investir dans autre chose.

Certains auraient-ils cherché à vous mettre des bâtons dans les roues ?

Disons qu?on a cherché à le faire mais ils se sont vite ravisés. Et puis, certains sont contents que je m?en aille.

Des noms ?

Je n?en citerai aucun. Je préfère dire que mes relations avec le comité n?étaient pas ce qu?elles auraient dû être. Le staff technique et le comité ne collaboraient pas.

Serait-ce avec Akhtar Toorawa, le secrétaire général, que le courant ne passait pas ?

N?insistez pas. Ça n?allait pas avec le comité, c?est tout.

Vous parlez d?un manque de communication...

Oui. En un an, on n?a eu qu?une seule réunion de travail. Mon staff n?était jamais tenu au courant des nouveaux projets. J?espère que le comité rectifiera le tir avec mes successeurs.

De qui Frantz Jessin recevait-il ses instructions ?

Je n?avais aucune instruction à recevoir de personne. L?aspect technique, c?est moi qui gérait, tout comme l?organisation de l?école de tennis. J?étais mon propre patron. Quant aux projets de développement, je n?étais pas concerné.

On vous sent détaché, presque soulagé de partir. L?expérience mauricienne aura-t-elle tourné court ?

Je suis content de partir. Je n?étais plus motivé. Je me suis fait une raison. Tout ce qui n?était pas lié aux entraînements ne m?a jamais concerné. J?aurais pu apporter plus mais la fédération ne me l?a pas permis. C?est la fédération qui tourne comme ça. Je ne vois pas comment ça va évoluer. Cela dit, je ne suis pas frustré. Je ne suis pas du genre à me prendre la tête à cause des autres.

Le courant n?est pas toujours passé avec les joueurs. On pense ici à l?incident avec Kenny Wong à la veille des Jeux. Avec du recul, avez-vous des regrets ?

Kenny Wong est un garçon adorable mais des fois les parents s?impliquent trop. On dit souvent dans l?enseignement qu?il faut aussi bien gérer les jeunes que les parents. Et avec du recul, je ne pense pas m?être planté. Ça fait partie du jeu.

Les parents vous ont également compliqué la tâche ?

Il ne faut pas généraliser le cas Wong. C?est bien que les parents s?investissent. Plus il y a de personnes impliquées, plus il y a des idées nouvelles qui émergent. Je suis un partisan du travail de groupe.

Il n?y a quand même pas que du négatif dans cette expérience mauricienne ?

J?ai passé deux belles années à Maurice. Dans l?ensemble, je suis satisfait. Il y a eu les Jeux des îles. Au départ, on ne s?attendait qu?à une médaille mais on en a eu quatre. Les plus belles sont le bronze d?Astrid Tixier en simple et l?argent du double Patel- Couacaud. J?ai surtout aimé l?ambiance. En dehors du travail, j?ai bien aimé la Pointe du Morne où je pratiquais le Kite Surf.

S?il fallait résumer le tennis mauricien en une phrase ?

Il s?est professionnalisé.

Avant, c?était comment ?

Avant, les joueurs, ils arrivaient à l?entraînement, sans serviettes, avec seulement une bouteille d?eau en main. Ils n?avaient jamais entendu parler d?entraînement physique. Dès que ça devenait dur, ils se mettaient à pleurer. Aujourd?hui, il s?investissent beaucoup plus.

A quoi ressemblera le tennis mauricien de demain ?

Je lui prédis un très bon avenir. Le tennis se développe dans les quatre coins de l?île. Les entraînements sont réguliers. Le tennis mauricien est sur la pente ascendante.

Quels sont vos objectifs de carrière après Maurice ?

Je retourne en France pour suivre une formation de trois mois de coaching de haut niveau à la Fédération française de tennis. Ensuite, je m?engagerai auprès d?un joueur sur le circuit ATP ou WTA.

Un conseil à donner au prochain DTN, Philippe Lemoine ?

Je n?ai pas de conseil à lui donner. J?espère simplement que l?entraînement en salle va continuer.

« Avant, les joueurs, n?avaient jamais entendu parler d?entraînement physique. Dès que ça devenait dur, ils se mettaient à pleurer. Aujourd?hui ils s?investissent beaucoup. »

Publicité