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« Il n?y a pas eu beaucoup de progrès avec la libéralisation »

14 novembre 2003, 20:00

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- Quel est l?état des choses presque une année après le début officiel de la libéralisation des télécommunications?

La libéralisation sur papier a commencé en janvier 2003. Dans les faits, toutefois, il n?y a pas eu beaucoup de progrès. Des licences ont été accordées, mais il y a toujours des questions en suspens. Les nouveaux prestataires vont prendre du temps avant de commencer à opérer. C?est difficile de faire un business plan quand les règles ne sont pas suffisamment claires au départ. Ils trouvent que le business est assez dur.

Les entreprises de télécommunication qui ont eu du succès sont surtout celles qui ont joui d?une situation de monopole sur le marché pendant un certain temps. L?opérateur principal, Mauritius Telecom (MT), est là depuis plus de 100 ans. Telecom Plus jouit d?un quasi-monopole sur le marché pour les accès Internet. Emtel a opéré pendant environ sept ans en tant qu?unique opérateur de téléphone cellulaire.

- En Inde, par contre, de nouveaux opérateurs ont connu un succès phénoménal?

Le contexte est différent. Même si l?Inde est très forte dans la production des logiciels, la télé densité était encore à un faible niveau. Cela a permis à de nouveaux entrants de s?attaquer à certaines régions qui n?étaient pas pourvues de connexion téléphonique. On parle ici d?un marché d?un milliard d?habitants. La situation n?est guère comparable à celle qui prévaut chez nous.

- Dans quelle mesure la question d?interconnexion représente-t-elle un élément déterminant dans le succès ou l?échec de cette libéralisation ?

A l?exception de la société indienne de télécommunication, Mahanagar Telephone Nigam Ltd (MTNL), qui compte mettre en place un vaste réseau sans fil, il n?y a pas d?investissement dans l?infrastructure. La presque totalité des opérateurs vont se rabattre sur le réseau SAFE et l?infrastructure last mile de MT. Il est clair que leur marge de man?uvre est réduite. Tous les nouveaux entrants vont-ils pouvoir être rentables ? C?est la question qu?on se pose.

Des opérateurs trouvent que le coût de l?interconnexion au réseau du MT est élevé. Ils doivent débourser Rs 10 millions (Rs 5 millions pour le permis d?opération et Rs 5 millions comme license fees annuel) pour la première année d?opération. Le MT est à la fois grossiste et détaillant. Les nouveaux opérateurs devront vivre avec cette réalité.

- Comment contourner ce problème?

Une des solutions est que les nouveaux opérateurs investissent dans les nouveaux échanges. Valeur du jour, ils sont connectés aux équipements de MT. S?ils arrivent à avoir leurs propres échanges, ils ne devront payer MT que pour l?utilisation de son réseau last mile, soit la partie qui relie l?utilisateur à l?échange de la région concernée.

- Le problème n?est-il pas qu?il n?y a pas de candidats plus solides dans cette présente phase de dérégulation ?

C?est aussi en partie le problème. Les opérateurs qui ont une grande expertise dans le métier ont réalisé que le retour sur les investissements est faible par rapport aux risques élevés de cette activité. Je pense qu?il faudra revoir les conditions d?entrée pour ceux qui souhaitent investir dans les nouvelles infrastructures. Il y a un marché pour les bandes passantes. Le public veut d?un accès unique à la fois pour une liaison Internet haut débit et pour la téléphonie locale.

- Il est beaucoup question ces jours-ci de la technologie WiFi (wireless fidelity)?

Il faut savoir que le réseau WiFi est essentiellement adapté pour les hotspots, soit pour couvrir des superficies de 500 mètres carrés. D?autre part, sa performance diminue en fonction du nombre de personnes qui y sont connectées. Il existe d?autres broadband wireless qui permettent de couvrir des zones beaucoup plus larges. On souhaite qu?il y ait d?autres opérateurs qui offrent des accès haut débit à Maurice.

Il faut avoir l?encadrement approprié pour cette technologie. L?autorité régulatrice, l?Information et Communications Technologies Authority (ICTA), doit venir clarifier certains points : les licences nécessaires, la fréquence à être utilisée, la tarification?

- Ne va-t-on pas vers un régime de tarification trop lourde avec des risques que la lourdeur bureaucratique puisse entraver toute la libéralisation ?

Je pense que le rôle du régulateur est extrêmement important surtout dans les premières années de la dérégulation. Il doit faire ses preuves vis-à-vis de l?opérateur dominant mais aussi filtrer les bons projets des nouveaux candidats au public. Il ne faut pas qu?il laisse n?importe quel opérateur entrer sur le marché. Cela risque de donner un mauvais signal aux investisseurs étrangers.

Il faut avoir des règles claires et bien établies mais il faut aussi que le régulateur soit capable de réagir vite car la technologie change rapidement. La promulgation et l?application des règlements et l?octroi des licences doivent se faire rapidement. Si cela prend trop de temps, les investisseurs vont perdre de l?argent. Il faut aussi que les litiges puissent être tranchés dans des délais courts.

- A part la question d?interconnexion, quels sont les points en suspens ?

Il existe, dans le cadre régulateur, des anomalies qu?il faudra régler le plus vite possible. Par exemple, les prestataires qui offrent la téléphonie via Internet pour les appels internationaux ne sont pas autorisés à transiter les communications entrant de l?étranger vers l?utilisateur local.

- Est-il approprié pour le régulateur de tenir compte du manque à gagner du MT dans le cadre de l?ouverture du marché ?

Je ne suis pas de cet avis. Il faut laisser le marché en décider. Faut-il maintenir artificiellement le monopole de MT ? En France, France Télécom (FT) a perdu 30 % de ses parts de marché avec la libéralisation. Toutefois, FT a adopté une politique d?expansion outre-mer et a lancé de nouveaux services afin de pouvoir compenser ses manques à gagner et à se développer. A Maurice, si MT voit son marché s?effriter, elle peut exploiter davantage son réseau SAFE et d?autres services en contrepartie.

- Quels sont les développements futurs, en termes d?infrastructure, de télécommunication, envisageables à Maurice ?

Il y a la télévision par câble qui est devenue une réalité grâce à la convergence des technologies. Il y a la possibilité de mettre en place un backbone national de câble optique. Ce sont là des projets extrêmement coûteux et il est très difficile de trouver des investisseurs pour ce créneau. Il y a aussi la technologie mobile de la troisième génération (3G). Ce système donne la possibilité de voir votre correspondant à distance. Les grands opérateurs européens vont commencer à offrir ce service à partir du premier trimestre de 2004.

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