Publicité
« Il faut sanctionner pour envoyer un avertissement clair »
Par
Partager cet article
« Il faut sanctionner pour envoyer un avertissement clair »
Nous voilà confrontés au premier cas grave de « cybercrime », avec le sabotage dont a été victime Mauritius Telecom (MT). Doit-on craindre d?autres délits de cette envergure ?
Je ne crois pas qu?on puisse craindre des cas plus graves. Le Computer Misuse and Cybercrime Act existe depuis 2003 et protège les entreprises. Dans le passé, beaucoup d?entre elles ont eu des petits désagréments. Elles ont alors tenté de les régler, sans que les fautifs ne soient recherchés ou que des actions ne soient prises contre eux.
Avez-vous des exemples ?
J?ai parmi mes clients une entreprise qui a eu un cas il y a quelques mois. Un de ses employés, responsable de sa base de données, a décidé de quitter la compagnie. Mais avant de partir, il a programmé tous les serveurs de façon à ce qu?à une date déterminée, tout le système cesse de fonctionner. C?est là un délit ! Ce type d?agissements doit être puni. Nous avons pu intervenir auprès de l?entreprise pour remettre en place le système sans qu?il n?en souffre trop. Le coupable a, quant à lui, été convoqué et on lui a donné un avertissement en lui expliquant toutes les peines qu?il encourait. Mais nous avons décidé de ne pas porter plainte à la police. Nous n?avions aucune envie de briser l?avenir de ce jeune. Il y en a beaucoup qui veulent faire ou prouver des choses, sans toujours songer aux conséquences.
Revenons à MT. Ce qui s?est passé semble très grave?
On nous a dit qu?il y a peut-être eu piratage. Et même pire. Mais ce n?est peut-être pas un réel piratage, car apparemment, il s?agit plutôt de quelqu?un qui avait tous les mots de passe, et qui est donc entré dans le système pour commettre ce délit.
Qu?est ce qui aurait dû être fait ?
MT a sa part de responsabilité dans tout ce qui s?est passé. Elle aurait dû prendre ses précautions en changeant les mots de passe, une fois que la personne était partie.
Vous parliez d?entreprises réticentes à poursuivre les cybercriminels. Dans ce cas, on tient un suspect et la police enquête. Quelle conclusion souhaitez-vous voir cette fois ?
Je crois que la personne qui a provoqué ces dégâts doit être punie. Il faut sanctionner et envoyer un avertissement clair pour que ces choses ne se reproduisent plus. C?est malheureux, mais il faut qu?il y ait un exemple pour que le public comprenne que la loi sur le cybercrime existe pour protéger les entreprises.
Voyez-vous une évolution dans les types de cybercrimes à Maurice ?
Il ne faut pas oublier qu?aujourd?hui, la technologie est tellement avancée et présente qu?il y a beaucoup de monde qui en dépend pour travailler. Une personne peut voyager sans prendre un seul document avec elle, car elle peut accéder à la base de données de son entreprise via Internet, et ce, de n?importe quel endroit du monde. Nous sommes ainsi devenus complètement dépendants de l?informatique. Mais en même temps, nous avons des développements au niveau des systèmes de sécurité. Les entreprises doivent mettre en place de tels « cerbères » pour protéger leurs données car les risques d?actes malveillants existent.
Pourtant les entreprises ne semblent pas réaliser l?importance de cette protection?
En effet, je ne crois pas que tout le monde réalise le bien-fondé d?une protection. Il faut à tout prix une prise de conscience.
Vous sentez-vous assez protégé par la loi ?
Oui, à ce jour, je suis satisfait. Mais comme toutes les lois, elle doit évoluer. Pour en découvrir les failles, il faut que plus de cas soient rapportés. Quand on examine le système, il semble suffisant pour nous protéger. Ce cas nous permettra de voir comment la loi est appliquée.
Tous les six mois, le paysage des Tic change considérablement. La loi va-t-elle pouvoir suivre ces changements ?
Elle va devoir évoluer en permanence. On doit pouvoir revoir la loi tous les ans, en fonction des nouvelles technologies et des nouvelles pratiques. On ne peut pas se permettre d?avoir une même législation pendant 40 ans !
Venons-en à votre entreprise. En quoi cet incident a-t-il affecté vos activités ?
Quand le système a cessé de fonctionner dimanche dernier, cela a occasionné des problèmes pour tous nos clients. Une partie d?entre eux, qui utilise l?Internet à bas débit (dial-up), ne pouvait plus se connecter, et le haut débit (ADSL) n?était tout simplement plus opérationnel. Le service dial-up a été rétabli rapidement, mais pour ce qui est de l?ADSL, les problèmes ont duré pendant toute la journée de lundi.
Nous avons dû vérifier tous nos systèmes internes pour savoir si le problème venait de DCL ou de MT. Au début, cette dernière ne nous a pas informés qu?il y avait un problème. Ce n?est qu?après qu?elle nous a signifié que quelque chose n?allait pas et qu?elle essayait d?y remédier. Cela a dérangé tout notre système, nos services et nos clients ! Ils étaient très en colère. Ils sont dépendants d?Internet aujourd?hui et, quand ça ne marche pas, c?est comme un blackout pour eux.
Quelles peuvent être les répercussions de cet incident pour ce secteur ?
Nous voulons faire des Technologies de l?information et de la communication, le cinquième pilier économique du pays. Nous invitons des étrangers à venir investir. Il est évident qu?une coupure comme celle-ci leur fait peur ! Ils se demandent l?effet que cela va avoir sur leur business si un tel événement se reproduit. Cela dit, ce qui s?est passé ici, peut arriver ailleurs. Notre plus gros problème, c?est que nous dépendons uniquement de MT pour l?ADSL. Tant que la libéralisation n?est pas totale, on ne pourra pas avoir plusieurs opérateurs qui proposent ce service. Nous devons donc donner la possibilité aux autres fournisseurs d?accès Internet de mettre en place leur propre système d?ADSL. Comme une personne peut pirater un système centralisé et paralyser toutes les activités, s?il existe plusieurs opérateurs, cela devient beaucoup plus compliquée.
L?association des opérateurs Tic (Act) envisage-t-elle de poursuivre MT ?
Je ne crois pas qu?on en est là. Act est là pour aider au développement. Nous voulons comprendre ce qui s?est passé et empêcher que cela se reproduise.
Êtes-vous satisfait de la manière dont MT a géré le problème ?
Vu la gravité du problème, je crois que MT a réagi promptement pour rétablir ses services en un jour. J?espère qu?elle prendra toutes les précautions à l?avenir pour que cela ne se reproduise pas.
L?Information and Communication Technologies Authority (Icta) a un rôle prépondérant dans ce genre de crise. A-t-elle été à la hauteur ?
Je ne saurais dire à quel niveau l?Icta est intervenue. Je ne connais pas les actions qui ont été prises, ni les résultats qu?elles ont donnés. Ce que je sais, c?est que l?Icta a écrit à tous les opérateurs pour leur demander de quelle manière cet incident a dérangé leurs entreprises.
« Mauritius Telecom a sa part de responsabilité. Elle aurait dû changer ses mots de passe. »
« Nous invitons les étrangers à investir. Il est évident qu?une coupure leur fait peur ! »
Publicité
Publicité
Les plus récents