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« Il faut que l’enfant roi soit un monarque responsable et pas capricieux »

4 juin 2005, 20:00

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<B>À l’heure où l’on aborde une campagne de sensibilisation, sentez-vous qu’il y a une vraie reconnaissance des droits des enfants à Maurice ?</B>

Aujourd’hui, oui, de plus en plus. ça n’a pas été facile, culturellement parlant, et les gens ont toujours pensé que les enfants avaient des devoirs, qu’ils devaient juste obéir. Même quand Maurice a signé la convention relative aux droits des enfants en 1990, il n’y avait pas de prise de conscience au niveau de la population. C’était juste une convention mise à l’agenda par la communauté internationale, une décision de l’Onu. Toutefois, les mentalités ont beaucoup changé, même si ça bloque encore, par exemple, au niveau de la participation de l’enfant dans les décisions qui le concerne.

<B>Comment expliquer cette réticence à laisser les enfants s’exprimer sur leur devenir ?</B>

C’est un couteau à double tranchant. Les parents craignent qu’en donnant aux enfants le droit de dire « oui » ou « non », cela implique qu’on va les laisser faire tout ce qu’ils veulent. Nous devons donc avoir un langage qui rassure les parents. Ce qu’on souhaite, c’est que l’enfant puisse donner son avis, dire ce qui l’intéresse et l’aider à prendre une informed decision. Il faut lui montrer le pour et le contre. En ce qui me concerne, ça m’est arrivé qu’un enfant me dise : « To koz bel bel koze lor droi zanfan me to pa less nou zoue kaset asoir. » Mais on ne laisse pas un enfant faire comme bon lui semble, au nom de la liberté d’expression. Si on parle d’enfant roi, il faut toutefois qu’il soit un « monarque » responsable et pas capricieux.

<B>Quelles sont les violations les plus courantes à Maurice ?</B>

On a tendance à croire qu’à Maurice, il n’existe pas de vraies violations, parce qu’il n’y a pas d’enfants soldats, pas de famine etc. Mais il reste beaucoup de chemin à parcourir. Si vous lisez le rapport sur la prostitution enfantine, vous verrez qu’il y a beaucoup d’enfants dans ce milieu et qu’il est difficile de les réinsérer dans la société. Le RYC est un dossier chaud. Il faudrait revoir sa structure, qu’il devienne un lieu de vie car un lieu de réinsertion n’est pas une prison. Puis, il y a le cas des enfants abusés sexuellement et qui sont traumatisés à vie. Ca fait mal de voir que même quand on leur propose un projet de reconstruction, ils n’arrivent pas à se débarrasser de leur traumatisme.

<B>On sait également que les écoles sont parfois elles-mêmes des lieux d’intolérance et de discrimination…</B>

C’est vrai qu’il y a dans des écoles des discriminations subtiles, et qu’on n’en voit pas de prime abord. On fait le distinguo entre l’enfant riche et l’enfant pauvre, l’enfant blanc et l’enfant noir. Heureusement que le gouvernement a instauré la parité entre enfants handicapés et bien portants pour ce qui est du budget alloué à l’éducation. Il nous faut apprendre à devenir des êtres de paix, à l’exemple du Dalaï Lama ou de mère Thérésa. La formation à l’école reste trop empirique, et les enseignants devraient, lors de leur formation, suivre des cours en droits de l’homme, car il ne suffit pas d’être un bon mathématicien pour être pédagogue.

Qu’en est-il de ces « shelters » qui n’inspirent guère confiance ?</B>

Là encore, c ‘est un problème de formation. Les enfants placés dans les shelters ont besoin d’un personnel très compétent, ce qui est difficile à trouver dans la pratique, faute d’argent. On n’a pas les moyens de payer des éducateurs spécialisés. On a beau avoir des gens de bonne volonté, mais l’amour ne suffit pas. Il m’est arrivé qu’un formateur me dise, à propos d’une fille abusée sexuellement : « Me sa tifi la enn trenez, li pa kapav trouve enn zom. » Si cette personne avait reçu une formation spécialisée, elle aurait su que quand un enfant est abusé sexuellement dès son jeune âge, il risque d’avoir un comportement sexualisé et provoquer d’autres abus. Nous avons nous-mêmes nos propres préjugés, conscients ou inconscients. Il faudrait que les éducateurs aient pu faire leur propre thérapie et pas seulement bénéficier d’une formation technique.

<B>Il reste une grande question autour de la punition corporelle. Donner une petite fessée à un enfant, ça ne peut pas lui faire du mal. Quel est votre avis ?</B>

Certains parents croient que si leurs enfants ne sont pas brillants à l’école, c’est parce qu’on ne les frappe pas. Ils se réfèrent alors à leur époque, et disent que c’est grâce aux punitions corporelles qu’ils ont réussi. D’autres vous disent : « Ou ou zanfant pe arive, pou nou bizin ress derier. Ou pa kapav konn plis ki moi kouma mo bizin elev mo zanfan. » Personnelle-ment je suis contre la petite fessée. Où va t-on mettre la ligne de démarcation ? Ce qui est un petit coup pour vous n’est pas forcément le cas pour moi. Je conseillerai aux parents d’apprendre à être autoritaires sans frapper. Il faudrait sensibiliser les parents sur d’autres moyens de punir un enfant : le priver de gâteaux ou de sorties, par exemple.

<B>Il existe le problème, des enfants agressés pard’au-tres en-fants…</B>

Oui et c’est affolant. Le problème des en-fants battus par leurs camarades est présent dans tous les pays. Quand vous passez à côté des écoles primaires, surtout après les heures de classe, vous voyez combien de violence, certains font subir à d’autres ; ils tapent leurs amis avec leurs sacs d’école. Les recteurs honnêtes de certains collèges vous diront même que les jeunes volent le sandwich ou le portable de leurs amis. Dans les shelters, il y a des enfants qui, à force d’avoir vécu la violence de leurs parents, s’en prennent ensuite à leurs pairs. Des filles jamais abusées sexuellement deviennent lesbiennes par l’influence d’autres filles plus âgées. C’est pour cela que je préconise qu’on prenne des petits groupes dans les shelters. C’est ingérable quand on se retrouve avec quarante enfants avec des problèmes différents.

Est-ce qu’il ne faudrait pas viser plutôt à réduire les facteurs de risques de maltraitance ?</B>

Je pense qu’il y a des risques que l’on pourrait diminuer si les parents avaient une meilleure situation économique, s’ils avaient du travail. Et l’éducation reste le facteur clé. Consolider la cellule familiale est primordial, et il ne faut pas oublier que placer un enfant dans un centre, ça coûte cher à l’État. Ca ne veut pas dire pour autant que quand on est pauvre, on maltraite systématiquement son enfant et que dans les familles aisées, il n’y a pas d’abus.

<B>Pensez-vous que cette deuxième campagne du bureau de l’Ombuds-person va réellement contribuer à améliorer la situation ?</B>

J’en suis convaincue. On n’a pas besoin de faire des recherches scientifiques, quand vous êtes sur le terrain vous voyez bien que les gens sont conscients des droits de l’enfant. Ce qui est intéressant avec ce genre de campagne, c’est qu’elle sensibilise les enfants eux-mêmes, non pas par des discours mais à travers des activités telles que la peinture. Ainsi tous les enfants se sentent concernés et les adultes reçoivent le message.

<I>Propos recueillis par</I> <B>Corina Julie</B>

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