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« Il faut dynamiser le secteur privé »

3 avril 2004, 20:00

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Comment le nouveau président de la Chambre de commerce voit-il la situation économique ?

Comme l?a dit le président sortant, lors de l?assemblée générale de la Chambre de commerce et d?industrie (CCI), tous les ingrédients d?une économie dynamique sont réunis : le produit national brut passe de 1,9 % à 4, 4 %, l?inflation est à 3,9 %, et l?investissement augmente de 11 %. Si la zone franche n?avait pas licencié, le niveau de l?emploi aurait été le même qu?il y a cinq ans. Ce sont des signes positifs.

Pourquoi alors cette perception de stagnation dans l?investissement ?

À Maurice, on parle trop de ce qui va mal et pas assez souvent de ce qui va bien.

C?est la presse qui rapporte des inexactitudes, n?est-ce pas ?

Je n?ai jamais dit que la presse rapportait mal, je dis que le gouvernement et le secteur privé sont des mauvais communicateurs. La situation économique n?est pas si mauvaise que ça.

L?augmentation de l?investissement n?est-elle pas plutôt le résultat de l?apport du secteur public ?

Quand on analyse de près la situation économique, on constate, en effet, qu?une des faiblesses, c?est la part trop importante de l?investissement public par rapport à l?investissement privé, même si celui-ci est quand même de Rs 20,9 milliards. L?investissement public est de Rs 14, 8 milliards. Il est vrai que l?investissement public passe de Rs 9 à 14 milliards, donc une augmentation considérable, alors que l?investissement privé passe de Rs 21,5 à 20,9 milliards. C?est donc une régression qui réduit la part du privé dans l?investissement total.

Pourquoi cette régression ?

À mon avis, il y a plusieurs raisons : le contexte difficile de l?économie mondiale, la lourdeur administrative et la difficulté à trouver des financements. Tout est trop compliqué à Maurice. Depuis plusieurs années, on ne parle que de réduire le Red Tape. Il faut se rendre à l?évidence, les One-Stop Shops ne fonctionnent pas. Alors que d?autres pays comme la Tunisie, par exemple, ont mis en place de véritables One-Stop Shops pour faciliter l?investissement. D?où notre demande pour que soit instituée une Task force afin de redynamiser l?investissement privé.

Le manque d?investissement n?est-il pas dû au fait que les entrepreneurs sont timorés et n?ont pas d?idées nouvelles ?

Je suis d?accord avec vous. Il faut dynamiser le secteur privé qui a, durant ces vingt dernières années, vécu dans la facilité. Aujourd?hui, nous sommes confrontés aux grands défis de la mondialisation et de la compétition féroce dus à la fin des régimes préférentiels. Nous avons besoin de nous battre. Et pour cela, il nous faut un nouvel état d?esprit et la volonté de faire autrement. Je suis d?accord avec le ministre Khushiram quand il dit que les entrepreneurs auraient dû se rendre compte que l?approche conventionnelle dans un environnement très concurrentiel ne nous mènera nulle part.

Comment la CCI s?organise-t-elle pour relever les défis que pose la mondialisation ?

La CCI a été omniprésente, par l?intermédiaire de son secrétaire général, dans toutes les discussions que ce soit au niveau de l?Agoa, de l?OMC et de l?Accord de partenariat économique. Mais il y a un déficit de communication. Ainsi, durant mon mandat, je compte installer des axes de communication au niveau sectoriel pour sensibiliser davantage les secteurs aux dangers et aux opportunités de la mondialisation. 2004 sera l?année de l?industrie.

Est-ce un nouveau slogan ?

Non, mais j?ai le devoir d?accorder une attention particulière à l?industrie, et je ne parle pas que du textile. Vous savez, le secteur industriel hors zone franche a enregistré une croissance de 4 %. Demain, face à l?ouverture, ces entreprises connaîtront des difficultés. La CCI accordera une attention particulière au secteur industriel. Avec la collaboration du ministère de l?Industrie et d?autres institutions liées au secteur, nous organiserons les assises de l?industrie.

Entre-temps les pertes d?emplois dans ce secteur augmentent?

Mais la zone franche emploie quand même 80 000 personnes en dépit des licenciements.

Ce nombre n?aurait-il pas dû augmenter ?

Pas nécessairement. Je vous signale que les exportations ont augmenté avec moins d?effectifs. Ce qui veut dire des gains de productivité. La zone franche a connu des difficultés à cause de l?environnement mondial et du revers subi par les entreprises sévèrement affectées par la crise malgache en 2002.

Les entreprises ferment sans avoir informé leur personnel. Les directeurs découvrent-ils la difficulté d?une usine la veille de la fermeture ?

Malheureusement on ne sait communiquer ni quand cela va bien ni quand cela va mal. Le secteur privé gagnerait à améliorer sa manière de communiquer. Mais je peux comprendre que les dirigeants croient fermement dans le redressement de leurs entreprises jusqu?au dernier jour.

Cinquante mille Mauriciens sont au chômage alors que le secteur industriel embauche 12 000 ouvriers étrangers?

C?est un problème de mismatch. Si la main-d??uvre locale voulait travailler dans la zone franche, les industriels n?auraient pas recruté 12 000 étrangers qui coûtent cher. Il faut revoir la manière dont on veut attirer les travailleurs dans la zone franche.

Y a-t-il une politique permettant à un employé de faire le bond qualitatif dans son secteur de travail ?

Il y a une absence de politique et de stratégie de formation. C?est l?une des faiblesses de notre système industriel. On ne parle des formations qu?au moment de la fermeture. Toute stratégie de formation alternative doit être pensée bien avant le redéploiement. À Singapour, cela a marché parce que les chefs d?entreprises s?y sont pris à temps.

La concurrence venant de la Chine vous inquiète-t-elle ?

C?est un faux problème. Vu la taille de nos entreprises, Maurice ne peut pas prétendre concurrencer la Chine. Nous devons plutôt consacrer nos ressources aux PME. Laissons le basique pour nous orienter vers des produits plus élaborés. Les gros volumes se feront toujours ailleurs : en Chine, au Bangladesh ou au Vietnam. Maurice doit trouver des niches en proposant qualité et livraison rapide.

Pensez-vous que tous les acteurs sont prêts pour adopter ce positionnement ?

Je vous répondrai en empruntant une formule utilisée récemment par François Hollande, le premier secrétaire du Parti socialiste français. J?ose dire que les dirigeants qui n?ont pas su préparer leurs entreprises au démantèlement des régimes préférentiels et à faire face à la nouvelle donne de l?économie mondiale ont commis, non pas une erreur, mais une faute.

Qu?auraient-ils dû faire ?

Je viens de l?industrie de la montre, permettez que je prenne l?exemple des Suisses. Ils étaient les pionniers dans l?horlogerie. Au début des années 70, il y a eu la délocalisation et l?arrivée de Seiko et de Citizen sur le marché mondial. Au lieu de fermer leurs usines, les Suisses ont repensé leur stratégie industrielle. Aujourd?hui avec 8 % de la fabrication mondiale des montres, la Suisse est toujours la locomotive du secteur. La Suède est un autre exemple. Il y a très peu de fabrication dans ce pays, mais il reste un important vendeur du secteur textile-habillement.

La Chinese Business Chamber et la Hindu Business Chamber viennent d?être créées. D?autres communautés ethniques font de même. Comment réagissez-vous à ce phénomène ?

Aucune communauté ne peut s?épanouir dans l?isolement. C?est en s?ouvrant davantage vers l?autre qu?on peut progresser. La CCI défend des intérêts nationaux. Aucune mesure sectorielle ne peut être juste si elle va à l?encontre de ces intérêts. Je constate malheureusement une prolifération des chambres de commerce sectaires?

« Il y a une absence de stratégie de formation. C?est l?une des faiblesses de notre système industriel »

« Je constate malheureusement une prolifération des chambres de commerce sectaires... »

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