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« Gables Home » le foyer de la joie
KATHLEEN, 32 ANS
Au fond de son regard, se cache la douleur. d?une femme qui a été jetée à la rue par les siens, d?une mère qui s?est séparée de son enfant. Depuis deux mois, Kathleen est au Gables Home, après de nombreux déboires. « Il y a huit ans, je suis tombée enceinte, mais ma famille ne l?acceptait pas. Les miens m?ont mi-se à la porte et je suis allée vivre chez mon petit ami jusqu?à la naissance de mon enfant », raconte-t-elle. Et elle met au monde un garçon, Alexandre. Mais après quelque temps, la mère de son petit ami sème la zizanie et Kathleen se retrouve à la rue avec l?enfant, qui n?a qu?un an. Pendant neuf mois, elle est hébergée avec Alexandre au foyer d?Albion.
Puis, une employée de cet organisme l?aide à louer une maison à Rose-Hill. Kathleen trouve aussi du travail dans une pizzeria. Mais elle a du mal à joindre les deux bouts et sombre dans la dépression. Ne pouvant plus s?occuper d?Alexandre, elle doit le placer au SOS Village. Cela lui déchire le c?ur, mais elle doit s?y ré-soudre. C?est alors qu?une personne fait des démarches pour qu?elle intègre le Gables Home. « On m?a accueillie. Je bénéficie du soutien des responsables qui m?ont aidée pour que je puisse rendre visite à mon fils. Ils ont contacté ma famille, mais hélas, elle ne veut toujours pas de moi. Cela me blesse, mais je dois surmonter cette épreuve. Aujourd?hui, j?ai repris goût à la vie dans ce foyer. »
FIFI, 63 ANS
Depuis sa naissance, sa vie n?est que calvaire. Fifi est broyée par la souffrance d?être sans famille, l?humiliation infligée par ceux qu?elle croyait être de bons Samaritains. « Ma mère est morte quand j?avais un an. Mon père est décédé ensuite. Un proche m?a recueillie puis m?a envoyée chez un autre parent après quelque temps », relate-t-elle. Ballottée entre les membres de la famille, elle finit par atterrir chez un couple à l?âge de sept ans. Reconnaissante que ceux-ci, qui n?ont pourtant aucun lien de parenté, veuillent bien l?héberger, Fifi va déchanter. Souffrant de migraines régulières, elle a du mal à faire le ménage. La maîtresse de maison la roue alors de coups ! « Mo ti kouma dir so servant, li pa ti pe konpran ki mo ti malad. Li ti pe batt moi souvan », confie-t-elle. Sa voix saccadée traduit ses blessures. Les plaies ne s?effacent pas. À 12 ans, elle part habiter chez une dame à Vacoas. Mais là aussi, elle subira des mauvais traitements. Fifi doit subir cet état de choses en silence pendant des décennies, n?ayant nul autre refuge. Puis, par hasard, elle entend parler du Gables Home. « Depi komansman mo isi. Dan mo vie zour ki mo santi moi bien. Sa bann dimounn isi la okip moi. Aster la ki mo kone ki sa ve dir lamour enn fami. Madame Margaret gett moi kouma dire enn mama », explique-t-elle.
NARAINEN, 41 ANS
« Zot pa ti pe le okip moi, zott finn dir ki isi mo pou kapav gaign dimounn pou ed moi suiv mo tretman. Mo kontan ici dan foyer e mo ti a anvi retourn kot moi, me zot pa le » : tel est le cri de c?ur de Narainen, 41 ans. Ceux qu?il évoque dans ces propos ne sont autres que les membres de sa famille. Il y a huit ans, Narainen, un habitant de Camp-Yoloff, vivait paisiblement et travaillait dans une usine de fabrication de chemises. Jusqu?au jour où il est atteint de troubles mentaux. Narainen, qui vit alors avec ses parents, suit des traitements mais ils sont irréguliers. Aussi, ses complications refont surface de temps en temps. Alors que son état s?améliore, il part vivre en Suisse chez sa s?ur. Il y rencontre une Française, qu?il épouse. Mais après deux ans, les troubles mentaux frappent à nouveau. Et c?est le divorce. Narainen part alors en Angleterre, cette fois chez une tante, mais au bout de neuf mois, il est encore malade. Retour à Maurice. Ses parents s?occupent de lui, mais ils préfèrent ensuite le placer dans un foyer. « Depi onz moi mo isi, mo suiv mo tretman bien. Mo fami rann moi vizit me zot pa le mo retourn lakaz. Mo sagrin me mo bizin aksepte. Mo finn abitie are mo lavi isi avec bann ankourazman bann benevol », confie-t-il.
« Je voulais aider les gens »
Comment avez-vous décidé de créer ce foyer ?
Auparavant, je travaillais dans une garderie à Vacoas. Puis, un jour, une dame âgée est venue me voir, en me disant que ses enfants la frappaient et en me demandant si je pouvais l?héberger. Je l?ai recueillie. Mais ensuite, un vieil homme est arrivé à son tour pour trouver refuge?
Je voulais aider les gens et j?ai fermé l?école pour chercher un emplacement pour fonder un foyer. Voilà bientôt deux ans que nous louons une maison à Casernes, Curepipe, et nous nous occupons de personnes rejetées par leurs familles, ou qui souffrent de troubles mentaux.
Comment fonctionne le « Gables Home » ?
Comme le Gables Home est un foyer privé, nous ne sommes pas subventionnés. Nous collectons un peu les maigres allocations de quelques pensionnaires pour leur procurer tout ce qui leur est nécessaire : un toit, des vêtements, de la nourriture, ainsi que le soutien moral. Pour ceux qui sont malades, nous les accompagnons à l?hôpital et nous veillons à ce qu?ils suivent leurs traitements. Dans la journée, nous organisons des activités comme des parties de dominos, de cartes, de Lotto à leur intention.
Avez-vous des difficultés dans la gestion quotidienne ?
Oui, il y a d?abord, des difficultés financières. Souvent, nos revenus ne suffisent pas pour leur fournir le né-cessaire. Certains jours, il n?y a rien à manger, mais la poignée de bénévoles essaie de se démener au mieux.
En deuxième lieu, quelquefois, les pensionnaires qui souffrent de maladies mentales peuvent commencer à tout casser sur leur passage, lors de certaines crises.
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