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« Favoriser la formation et développer les ressources humaines »
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« Favoriser la formation et développer les ressources humaines »
L?université de Maurice vient d?adopter un nouveau plan stratégique. Quelles en sont les grandes lignes ?
Dès que j?ai pris ma fonction de vice-chancelier en juin 2005, je me suis attelé à déclencher le processus de préparation. Le dernier plan, qui date de décembre 2004, était d?une durée de quatre ans. Nous voulions adopter un plan stratégique qui serait effectif et fournirait une vision à moyen et à long terme. Nous voulions mettre en place quelque chose de dynamique pour nous permettre d?assurer les mises à jour et de dégager des actions. Pour ce faire, nous avons eu une série de consultations pendant quatre jours avec le personnel enseignant et non enseignant, les décideurs du secteur public et du privé, la société civile et les ONG, les étudiants et le grand public. Beaucoup d?idées ont émergé et nous avons mis sur pied une équipe pour traiter toutes ces données. Ensuite nous avons défini la préparation du projet axé sur six grands thèmes pour favoriser la création du savoir et sa diffusion, l?inculcation de l?esprit d?entrepreneuriat parmi le personnel et les étudiants, l?investissement dans les ressources humaines et infrastructurelles, la culture de qualité, la consolidation des réseaux de relations nationales, régionales et internationales.
À partir de là, nous avons développé des stratégies liées à chacun de ces thèmes. Par exemple, il est question de favoriser des centres pluridisciplinaires ou transversaux. Ceux-ci vont regrouper les enseignants sous un sujet spécifique, qui ont un intérêt commun, par exemple, l?environnement. Ainsi nous les regroupons et ils effectuent des rencontres et élisent un leader. À partir de là, ils peuvent réaliser des projets de recherche et permettre aux étudiants d?y participer. Cela vient briser les barrières freinant le développement du travail technique et permet de s?ouvrir à la communauté. En quelque sorte, ces centres transversaux dont les intérêts sont le tourisme, l?entrepreneuriat, l?industrie, l?énergie, agiront comme une agence de recherche. Nous comptons aussi introduire des cours du soir à l?intention de ceux qui travaillent et décentraliser les activités de l?université.
La recherche occupe une grande place dans ce programme d?études. Pourquoi ?
L?université de Maurice existe depuis 40 ans et je pense que nous possédons l?expertise pour faire de la recherche à court et long terme. Si l?université ne fait pas de recherche, qui va le faire ? Cela dit, il faut que ces projets de recherche puissent être appliqués dans le pays et ne soient pas uniquement limités à des publications dans les périodiques internationaux. Et à travers les centres transversaux, nous effectuerons un travail direct pour essayer de résoudre les problèmes nationaux et aussi aider à l?introduction de nouveaux cours.
Comment l?université de Maurice peut-elle contribuer à remplir son rôle d?institution éducative tout en contribuant à la vie sociale du pays ?
La vie communautaire est une approche qu?il convient de mettre en exergue. Nous voulons favoriser la proximité avec la communauté. Cela a commencé à se faire à travers quelques petits groupes. Par exemple, en effectuant des recherches dans une région de la Zone d?éducation prioritaire (Zep), les étudiants essaient d?apporter leur soutien, de donner plus d?encadrement aux enfants, qui eux, ne peuvent guère aspirer à une éducation comme eux.
Il faut que chaque étudiant développe le sens du civisme et que les activités viennent aussi en aide aux défavorisés.
À l?université, certains étudiants sont cantonnés à leurs livres, mais il faut que cela change. Qu?est-ce qu?ils y gagnent avec cette approche vers la communauté ?
Ils s?ouvriront aux autres et auront une expérience enrichissante de la vie. Cela va aussi développer leur faculté de communication. Autre chose contribuant au développement communautaire : la décentralisation des activités de l?université de Maurice. Nous voulons organiser des compétitions, des spectacles à travers l?île pour montrer notre présence.
Quel regard avez-vous sur les institutions tertiaires à Maurice ? Est-ce que les études supérieures sont désormais une nécessité ?
Je pense que chacun a le droit de vivre sous le soleil ! Donc chaque institution tertiaire peut exister, du moment qu?elle axe sur la sécurité et offre le service qu?il convient d?assurer. Aujourd?hui, il n?y a que 21 % des HSC leavers qui suivent des études tertiaires. Ce qui est insuffisant !
Si on veut faire de Maurice une société de savoir, il convient de favoriser la formation. Je crois que dans dix ans, la vision de ce taux devrait atteindre les 75 % et ainsi, on jouera pleinement notre rôle de formateur. Cela permettrait aussi de développer les ressources humaines car l?indice de productivité dépend de l?indice de formation.
C?est une nécessité de suivre des études avancées. Il faut aussi davantage investir dans l?enseignement supérieur.
Il y a une perception que les étudiants qui suivent des études à l?étranger en sortent plus épanouis que ceux qui les effectuent ici. Qu?en pensez-vous ?
Cela se comprend. Le jeune qui part étudier à l?étranger est appelé à se débrouiller tout seul et ce, dès le premier jour. Ainsi il doit évoluer dans un pays inconnu et aussi côtoyer des personnes qui lui sont étrangères. Parfois, il doit aussi apprendre ou encore se perfectionner dans la langue parlée afin de communiquer avec les autres. Cela contribue à son développement personnel. Par contre, les étudiants à Maurice, ne deviennent pas plus éloquents en français et en anglais et sont toujours enclavés dans leur environnement familial.
Faut-il introduire le campus résidentiel ?
Je crois que ce serait une bonne chose car cela pourrait davantage responsabiliser les étudiants. Ils pourront sortir du cocon familial mais aussi avoir une vie plus enrichie à travers des activités.
Ils seront également appelés à gérer leur argent. Le campus résidentiel serait une ouverture pour les étudiants étrangers qui pourraient ainsi venir à Maurice et étudier. Et en plus, il y aurait un échange culturel entre les étudiants. Toutefois, c?est un gros travail pour sa mise en application.
Le programme de l?université de Maurice donne l?impression d?être une extension du collège et de se limiter au spoon feeding. Votre avis?
Ce n?est pas du programme académique que vient ce problème de spoon feeding, mais il se situe dans la culture de l?étudiant. Car celui-ci a été habitué à une façon d?étudier où il faut se jeter en pleine compétition et se montrer le meilleur à l?école et au collège. Mais on ne peut pas généraliser. Il est vrai que certains vont se contenter de prendre des notes et de les apprendre pour réussir aux examens, mais d?autres vont sortir des livres pour voir comment ces notes s?appliquent dans la réalité. D?ailleurs, cela se fait à travers les associations d?étudiants. C?est pour cela que nous voulons encourager le travail d?équipe et favoriser l?effort de l?engagement. Mais c?est aussi pour rompre avec cette habitude, ce réflexe conditionné.
L?université de Maurice peut-elle rivaliser avec les universités étrangères ?
Nous n?avons pas besoin de rivaliser. Nous sommes reconnus en termes de qualité internationale et travaillons à condition égale avec toute institution ?uvrant dans ce domaine. La population estudiantine s?élève à 7 000 à temps plein et partiel et nous souhaitons étendre l?intake. Et pour nous y aider, nous nous lançons davantage vers la technologie informatique où nous pourrons introduire plus de cours on-line. Il y en a d?ailleurs 35 qui le sont déjà. Nous allons continuer avec de nouvelles matières comme la gestion, le tourisme, etc., et aussi des cours du soir et le dimanche également. Mais c?est un gros travail d?organisation.
Propos recueillis par Melhia BISSIÈRE
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