Publicité

« Derrière le ?sale by levy? il y a de véritables drames »

5 juin 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Comment expliquez-vous cette avalanche de communiqués dits « sale by levy » dans la presse ?

  • Antoine Genouille : Derrière le « sale by levy » il y a de véritables drames où des individus, voire des familles, sont légalement dépossédés de leurs biens et se retrouvent sans ressources, dans la détresse totale. Il y a notamment ce cas récent où une jeune fille s?est laissée mourir après que sa mère a tout perdu après avoir emprunté à des casseurs. Si le suicide est hélas l?ultime recours pour certains, d?autres tentent tant bien que mal de survivre, quitte à dormir à la belle étoile, sans parler des couples qui éclatent.

Gérard Maillaté : En 2001,le ministre des Finances avait apporté certains amendements au Money Laudering Act pour protéger l?emprunteur. Ce qui fait que tous les cas de saisie et de ventes que nous voyons en ce moment sont antérieurs à 2001. L?une des principales décisions de cette modification des lois était d?interdire la saisie de la première maison de l?emprunteur. C?est une initiative très louable, bien que nous pensons que davantage aurait pu être fait à ce sujet. À l?APEA, nous avons essayé de savoir s?il n?y avait pas la possibilité que ces amendements soient appliqués avec effet rétroactif, mais tel ne pouvait pas être le cas.

Comment l?APEA réagit-elle face à cette situation ?

  • G. M : Il faut préciser que la mission première de notre association est d?assister les personnes qui se trouvent en difficulté après avoir contracté des dettes auprès d?usuriers. Mais avec tout ce que nous voyons en ce moment, il était nécessaire de revoir notre stratégie et de nous orienter également sur la prévention. Ce à quoi nous nous attelons. Dans cette optique, nous avons, le 27 mai dernier, adressé une correspondance au vice-Premier ministre et ministre des Finances auquel nous avons fait trois propositions à inclure dans son prochain discours du budget. Tout d?abord l?introduction d?une centrale de crédit disposant d?une banque de données sur la solvabilité des emprunteurs, puis la mise en place d?un centre de médiation entre les banques, les prêteurs et les emprunteurs pour essayer de trouver des solutions, et enfin la mise en ?uvre d?un fonds spécial pour traiter les cas désespérés. Ce qui, selon nous, contribuera à mieux contrôler voire réduire l?endettement à Maurice. En 1997 ce phénomène touchait 40 % des familles mauriciennes, et en 1999, ce chiffre est passé à 60 % et en 2002 on comptait entre 78 et 80 % de familles endettées.

Qui sont les plus touchés ?

  • G. M : Les plus touchés sont les jeunes couples, les personnes âgées, les illettrés, et ceux qui vivent sous le seuil de pauvreté. En 1996, ce seuil s?élevait Rs 2 250 par mois et quand on sait que la pension de retraite est actuellement de moins de Rs 1800, je vous laisse imaginer la situation dans laquelle de nombreuses familles mauriciennes vivent aujourd?hui. Et ce sont souvent celles-là qui font l?objet de saisies.

  • A. G : Ce sont ces personnes-là que nous essayons de toucher par des causeries qu?un de nos membres, Pierrette Sewraz, anime dans les centres sociaux de toutes les régions de l?île et dans les clubs de troisième âge. Nous leur expliquons l?importance d?établir un budget tous les mois et auquel il faut tenir à tout prix. Outre les conseils courants, ils sont également informés de leurs droits. Tenez ! Je ne vous dis pas le nombre de personnes âgées qui ignorent que la loi leur interdit de confier leur carte de pension aux usuriers et que ces derniers n?ont pas le droit de l?accepter.

Ou encore qu?ils se doivent d?exiger un contrat signé en bonne et due forme entre les deux parties, avant d?accepter de l?argent, de même qu?un reçu pour chaque tranche de remboursement. Ceux qui ne savent pas lire doivent impérativement se faire accompagner d?un proche en qui ils ont confiance. Il est également recommandé de lire attentivement toutes les clauses du contrat avant de signer car certaines clauses abusives sont souvent libellées en toutes petites lettres.

Ne pensez-vous pas que ce sont les longues procédures bancaires

qui poussent les individus vers les casseurs, où l?argent est obtenu plus facilement ?

  • G. M : Je vous l?accorde. Mais est-ce une raison suffisante pour se jeter dans la gueule du loup et se retrouver complètement dépourvu et dépossédé de ses biens quelque temps plus tard ? Il faut savoir qu?il y a au moins une banque à Maurice qui offre des prêts jusqu?à Rs 10 000 sans aucune garantie et sous certaines conditions.

  • A G : Un des objectifs de l?APEA est d?encourager l?épargne, et dans cette optique nous avons créé récemment une credit union où tout le monde peut devenir membre et y contribuer.

« Les plus touchés sont les jeunes couples, les personnes âgées et ceux qui vivent sous le seuil de pauvreté »

*1, rue Célicourt Antelme, Rose-Hill.

Tél./Fax : 466.56.94.

Publicité