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« Copwatch », un ?il sur la police
Entassés dans leur petit bureau, une dizaine de militants de Copwatch se préparent pour une patrouille de nuit. Ils vérifient que les caméras fonctionnent bien et que la radio scanner installée sur l?armoire balaie l?ensemble des fréquences utilisées par la police.
Jake, un jeune homme hirsute et jovial, restera au bureau pour écouter la radio scanner. Quand les policiers reçoivent l?ordre d?intervenir quelque part, Jake est au courant en même temps qu?eux. Il appelle aussitôt les copwatchers pour leur donner l?adresse : « Avec un peu de chance, explique Bram, nous arrivons sur les lieux avant les flics, ou juste après. Pour être un bon copwatcher, il faut connaître les raccourcis. »
Pendant cinq heures, les trois équipes vont sillonner la ville, guidées par Jake au téléphone, ou circulant au hasard. Ils quadrillent les quartiers sud et ouest de la ville, les plus pauvres, où la police est très présente. Ils s?aventurent aussi à Oakland, le grand port industriel voisin, qui compte plus de 400 000 habitants, dont 60 % de Noirs et de Latinos et connaît de graves problèmes de criminalité et de répression.
Une collection d?images chocs
Dès que Bram et Gaili repèrent un gyrophare, ils se garent, descendent de voiture et s?avancent lentement, bien en vue des policiers : « Il ne faut pas arriver par-derrière, ils pourraient avoir l?impression que quelqu?un se faufile dans leur dos pour les attaquer. Il faut aussi bien montrer sa caméra. »
Ce soir, les premiers policiers accostés font semblant de ne pas voir les copwatchers et partent en silence. Les suivants répondent aux questions en pesant chaque mot, avec des sourires figés qui laissent délibérément transparaître leur exaspération. Mais d?autres les accueillent aimablement.
L?action de Copwatch ne se limite pas aux patrouilles. Toutes les vidéos sont stockées et indexées. La plupart sont anodines, mais il y a aussi une collection d?images chocs : arrestations ultraviolentes, passages à tabac en pleine rue, voitures de police renversant des passants, etc.
Tous les rapports sont saisis dans une base de données, qui sera bientôt publiée sur Internet. Grâce à cet outil, les militants de Copwatch font émerger des types de comportement policier, par patrouille, par quartier ou par catégorie d?infraction.
La seconde mission de Copwatch est d?aider les militants d?autres villes à monter leur propre association. Tous les lundis, Andrea et ses militants organisent un cours juridique et pratique pour les étudiants de l?université de Berkeley, souvent originaires d?autres régions des États-Unis : à la fin de leurs études, loin d?ici, certains implanteront des Copwatch dans leur ville.
Situation plus rude à Los Angeles
Mais la situation est plus rude dans l?immense agglomération de Los Angeles. Dans les quartiers défavorisés du centre-ville de Santa Ana et de Long Beach, des jeunes Noirs et Latinos issus de la mouvance hip-hop essaient tant bien que mal de se lancer dans le copwatching. Sherman, 24 ans, rappeur et leader des copwatchers de Long Beach, explique qu?il n?a pas besoin de radio scanner pour trouver des policiers : « Autour de chez moi, ils sont sans arrêt en action. » Mais l?hostilité de la police contre cette nouvelle pratique est si forte que beaucoup de militants ont renoncé.
Et les vidéos des copwatchers de Los Angeles montrent surtout les harcèlements dont ils sont eux-mêmes victimes. Pour disposer de bureaux permanents, ils ont dû se rapprocher d?associations plus traditionnelles, notamment la Coalition du 22 octobre, qui apporte une aide matérielle et juridique aux victimes de violences policières et à leurs familles.
Installée dans un vieil entrepôt, Alegra Padilla, responsable de la Coalition, explique qu?elle a initié une stratégie alternative : « Quand un citoyen tourne par hasard une vidéo montrant des violences policières, il nous l?apporte, nous nous chargeons de la diffuser sur Internet ou dans les grands médias. » Elle invite aussi les copwatchers aux meetings organisés par la Coalition : « Ils expliquent au public que tout le monde devrait observer le comportement de la police. » Elle-même a commencé à appliquer cette nouvelle consigne : « Si je vais faire des courses et que je vois des policiers arrêter quelqu?un dans la rue, je m?approche, je pose des questions, je prends des notes. La solution, c?est que chacun devienne un copwatcher occasionnel. »
@ 2 007 Le Monde- Yves EUDES ? (Distribué par The New York Times Syndicate)
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