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« Ce programme leur donne de l?espoir, les aide à s?exprimer »
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« Ce programme leur donne de l?espoir, les aide à s?exprimer »
Un programme de formation pour les femmes qui se trouvent en prison. Expliquez-nous l?objectif de l?association Kinouété derrière cette initiative ?
Notre objectif est de combler une lacune entre notre programme de réhabilitation des détenues et celui de la réinsertion. Il faut d?abord comprendre comment Kinouété fonctionne. Dans un premier temps, nous rencontrons ces femmes, nous les aidons à confronter leur offending behaviour : pourquoi elles sont en prison, comment sont-elles arrivées là, leur passé, leur famille, leurs sentiments, leurs colères, etc.
Puis, il y a le programme de réinsertion et d?intégration qui suit quand elles sortent de prison. Mais nous nous rendons compte qu?une fois qu?elles sont dehors, elles ne peuvent pas grand-chose, car elles n?ont pas de qualifications, pas d?argent pour subvenir à leurs besoins, et elles risquent la récidive. Ainsi, avec l?Empower-ment Programme, on prépare quelques femmes afin qu?elles aient un diplôme en main à leur sortie de prison
Comment cela se passe-t-il concrètement ? Quels sont les cours proposés ?
Quarante-deux détenues sont impli-quées dans ce projet. Nous avons, après une étude, sélectionné des femmes dont le délit est associé à la drogue, les femmes au foyer et les mères célibataires, car elles sont plus vulnérables et plus à risque de récidive. Ce cours va durer un an. Parmi, il y a celles qui quittent la prison fin 2008 et quelques-unes qui sont là à long terme. Ces dernières pourront par la suite devenir des peer educators. Nous avons mis en place une mini training school avec les équipements nécessaires. Les cours seront dispensés en coiffure, soins de beauté, artisanat et informatique. Amit Hairdressing, Marion Hair Club, l?IVTB et FRCI assureront ces cours. Kinouété fera le suivi à leur sortie de prison pour veiller à ce qu?elles trouvent un emploi.
~Certaines nous disent déjà de
mette zotte nom pour
lannee prochaine~
Vous avez régulièrement accès à l?univers carcéral. Racontez-nous la situation de ces femmes qui s?y trouvent ?
La prison est un univers difficile, stressant. Les détenues doivent s?adapter avec les différentes personnalités et les différents groupes ethniques. Et puis, il y a toute cette notion de liberté qui leur est enlevée. Mais d?un autre côté, avec le programme de réhabilitation, elles apprennent beaucoup de choses. Comme elles le disent elles-mêmes, elles se découvrent, apprennent à communiquer, à s?exprimer, ont le temps de réfléchir sur leur vie. Certaines disent que si elles avaient appris ces choses avant, elles n?en seraient pas là. Le fait de voir que d?autres gens veulent les aider, cela leur donne de l?espoir qu?elles ont encore une chance.
Sont-elles vraiment motivées, réagissent-elles bien face à la formation ?
On parle de ce projet avec elles depuis octobre. Elles étaient un peu cyniques et inquiètes au départ et elles voulaient voir si ce n?était pas que de beaux discours. Maintenant, elles sont excitées, car elles n?auraient sans doute pas eu cette chance d?étudier en dehors. Elles réalisent également qu?elles ont une responsabilité, qu?il faut que ce projet porte ses fruits. Il y a aussi celles qui n?ont pas pu bénéficier de ces cours et qui sont déçues. Certaines nous disent déjà de « mette zotte nom » pour l?année prochaine.
Croyez-vous que leur réinsertion se fera plus facilement plus tard ?
Absolument. Il y a déjà eu un projet pilote. Et on a des exemples concrets de femmes qui ont, par exemple, suivi deux mois de cours en beauty care et hair dressing, et qui ont maintenant leur salon ou qui ont ouvert un snack. On croit fermement dans la réintégration. Il reste néanmoins deux barrières. Quand ces personnes sortent de prison, leurs comptes bancaires sont gelés, elles ne peuvent pas ouvrir un autre compte et cela peut prendre un an pour qu?elles puissent y avoir accès. Ensuite, il y a tout le problème de certificat de moralité. Ce n?est qu?après dix ans que leur délit n?est plus mentionné sur leur certificat et cela ne s?applique pas aux personnes emprisonnées sous le dangerous act. Or, 60 % des détenus ont à voir avec la drogue et de toute façon dix ans, c?est trop long.
Quels sont les obstacles que l?on rencontre lorsqu?on met en place un tel projet ?
Il a fallu faire un travail avec les resource persons qui vont assurer les cours. La prison a, au départ, une connotation de violence, d?insécurité. Il faut donc encadrer les formateurs. Il y a aussi toutes les autorisations qu?il faut obtenir, avec la prison en premier, pour qu?un tel projet démarre. Il reste le problème d?argent. Sans l?aide financière de Rs 1,2 million de l?Empowerment Fund, ce projet ne pourrait pas aboutir. N?empêche, le gros problème des ONG, c?est qu?elles ne reçoivent pas d?aide financière pour le côté administratif. On est une association, on emploie du personnel, on veut qu?il y ait de la transparence dans ce qu?on entreprend, il faut donc des gens qualifiés.
Quel est votre sentiment quand vous vous trouvez à la prison ? Quelle est cette flamme qui vous pousse à vous occuper des détenues et des ex-détenues ?
Kinouété a débuté en 2001 comme un groupe de paroles et d?écoute. Sophie et Vincente en sont les fondatrices. L?asso-cation s?est ensuite tournée vers la réhabilitation, puisqu?on croit dans le fait que si quelqu?un a eu une enfance dure (maltraitance, par exemple), s?il n?a pas su gérer la pauvreté, le manque de dialogue, ce n?est pas une raison pour qu?il paye cela toute sa vie. Étant psychologue, j?ai une formation en deviant behavior et en travaillant avec ces détenus, je considère que j?aide mon pays à avancer pour qu?il y ait moins de crimes à l?avenir. Comme le disait une autre membre de l?association, c?est donnant donnant. On apprend aussi auprès des détenus.
Quels sont vos autres projets concernant la situation de la femme en prison à Maurice ?
On compte revoir notre programme de réhabilitation, l?améliorer. On doit surtout trouver de l?aide pour soutenir notre programme Bridging the gap. Il s?agit d?emmener les enfants visiter leurs proches en prison et c?est important. Les premières victimes, lorsqu?un parent est emprisonné, ce sont les enfants qui se sentent coupables, qui croient qu?on ne les aime plus. Kinouété fait donc du counselling avec ces petits pour qu?ils souffrent moins et les emmène visiter leurs parents. Pour cela, il faut l?accompagnement d?un psychologue et d?un travail social. De plus, il faut débour-ser pour le transport, car ces enfants habitent dans les quatre coins de l?île. On cherche des fonds. Toute aide serait la bienvenue.
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