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« Aujourd’hui j’ai réussi à réaliser mon rêve ! »

10 septembre 2005, 20:00

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<B>Vous avez ouvert une boutique d’instruments de musique, ce qui est une grande première à Maurice. Pourquoi ?</B>

À l’atelier Mo’Zar, nous avons commencé à avoir deux musiciens d’un très bon niveau. Et ce magasin sera un plus pour eux. Ils pourront ainsi se procurer de meilleurs instruments et les garder en bon état. Il y a bien entendu d’autres magasins d’instruments de musique à Maurice, mais pas de cet acabit. Nous vendons des instruments professionnels, de même que des cordes pour les contrebasses et violons, des tampons pour saxopho-nes et flûtes traversières et d’autres accessoires encore.

<B>Vous êtes à l’origine de l’atelier Mo’Zar, mais après quelques années, quel constat faites-vous ?</B>

Nous comptons aujourd’hui 200 élèves à l’atelier qui se trouve à Roche-Bois. Nous attendons de pouvoir construire une véritable école car, pour l’instant, les cours ont lieu dans une maison. Nous avons déjà un terrain qui se trouve au port franc, mais nous avons encore quelques soucis d’ordre financier. Mais dans l’ensemble, je suis très satisfait de ce qui a été fait jusqu’à présent. À partir du moment où un gamin vient chez moi et veut faire de la musique, je suis heureux. Ce n’est pas toujours évident pour eux car ils viennent de milieux défavorisés. Nous avons eu la chance d’être invités par Air Mauritius et nous allons nous produire aujourd’hui au Champ-de-Mars à l’occasion de la journée de la Maiden Cup, ce dont nous sommes très fiers. Nous sommes aussi entrain d’enregistrer en studio pour la sortie de notre premier CD qui réunira les élèves et les professeurs de l’ate-lier Mo’Zar.

<B>Que pensez-vous de l’évolution du jazz à Maurice ? Le public est-il plus réceptif qu’il y a dix ans ?</B>

Je dois dire que les gens commencent maintenant à vraiment aimer ce que l’on fait. Nous nous produisons tous les samedis au Caudan de 12 heures à 14 heures et les gens s’arrêtent pour nous écouter. ça nous fait plaisir. Après les concerts, certains nous attendent pour nous poser des questions sur notre style de musique, ils veulent savoir. Le public est définitivement plus réceptif. Heureusement pour nous, le jazz a connu une très belle évolution à Maurice ces dernières années.

<B>Partout dans le monde, le prix des instruments de musique est très élevé. Que pensez-vous du marché mauricien ?</B>

Un bon instrument, ça coûte cher ! Si un musicien a un bon niveau, il doit automatiquement se procurer des instruments qui soient à la hauteur de ses capacités. Moi-même, quand j’ai acheté mon Bary-ton à Paris, il m’a coûté Rs 350 000. Quand j’ai créé l’atelier, j’ai pensé que les élèves n’allaient pas avoir les moyens de se payer de bons instruments. Sur place, il y en a quelques-uns qui sont mis à leur disposition. Mais dès qu’un gamin commence à progresser et à se détacher, nous essayons tout de suite de lui trouver un sponsor. De cette manière, c’est plus facile pour lui de jouer, de pratiquer et d’avoir ses propres instruments.

Vous avez dit que cette boutique est un rêve qui se réalise. Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées avant d’en arriver là ?</B>

Ça a été financièrement très difficile, on ne monte pas comme ça du jour au lendemain un projet de cette envergure. Si j’ai réussi à réaliser ce rêve, je le dois beaucoup à mon épouse qui m’a aidé. C’est elle qui m’a poussé, elle m’a dit que ça faisait longtemps que je luttais contre l’exclusion, que j’avais beaucoup fait pour les autres. Elle m’a alors confié que j’avais peut-être maintenant le droit de me faire plaisir. Aujourd’hui grâce à son soutien, j’ai pu réaliser mon rêve. J’en suis très fier, et c’est d’ailleurs elle qui a fait toute la décoration du magasin. L’ouverture officielle n’a pas encore été faite, mais j’en ai déjà les larmes aux yeux car j’ai bravé de nombreuses difficultés avant d’en arriver là.

<B>D’où viennent les instruments et qu’est ce qui vous a guidé dans votre choix ?</B>

Les instruments viennent principalement de France et des États-Unis. Il n’y a, pour l’instant, que des cuivres car je serai le représentant exclusif de la marque Selmer. Et comme il y a une réelle demande pour de tels instruments en ce moment, c’est pour cela que j’en vends.

Si des gens veulent obtenir d’autres instruments par la suite, je les ferai venir. Je ne vise pas que le marché mauricien, mais toutes les écoles de musique de l’océan Indien. Au lieu d’aller en Europe ou aux USA pour se procurer des instruments, ils pourront le faire sur place.

<B>L’atelier Mo’Zar que vous avez fondé, la boutique Music’Hall que vous venez d’ouvrir, peut-on dire que José Thérèse a tout gagné ?</B>

Loin de là, je n’ai pas tout gagné car dès que je finis quelque chose, je m’attelle à une autre tâche. Et je ne pense pas avoir atteint tous mes objectifs. Ainsi, je vais partir pour Paris le mois prochain car je vais jouer dans un film. Il faut que je bouge, je ne peux pas rester en place bien longtemps. Le jour où j’aurai tout gagné, ce sera quand l’atelier Mo’Zar sera opérationnel et pourra accueillir plus d’élèves. Je pourrai être totalement satisfait.

<B>Croyez-vous qu’un artiste puisse gagner sa vie rien qu’avec la musique ?</B>

Je pense que oui. Je prends exemple sur moi-même et je gagne très bien ma vie. Mais pour pouvoir vivre de son art, il faut avant tout avoir un bon niveau. Il ne faut se contenter de se produire en tant qu’amateur mais viser le professionnalisme. Et pour cela, il faut bosser tout le temps, être passionné et toujours persévérer pour être à la hauteur. Il faut suivre des stages de formation pour se perfectionner. On peut gagner sa vie avec la musique, il faut être sérieux, avoir du talent et surtout être un professionnel !

<I>Propos recueillis</I>

<B>par Charlotte ROUSSETY</B>

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