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Zucchero, fortissimo
Un rock fort. Tout sucre qu?il est, Zucchero serait plutôt du genre ethanol. Un alcool brûlant, puissant. Qui vous prend lentement, qui vous chauffe doucement, qui vous monte à la tête, qui ne vous lâche plus. Et quand vous croyez qu?il n?y en a plus, il y en a encore.
Samedi soir sur la terre. Celle de Pailles, au centre de conférences. Sur scène, des éclairs. Servis par l?habillage lumière d?Impact Production. Des spots qui s?allument et s?éteignent synchro avec les refrains. Mettant en lumière le dispositif autour de Zucchero : trois guitares, un clavier, une batterie.
Et puis une voix du tonnerre au milieu. Là, au centre de la scène, assis sur une chaise, Zucchero. Qui ne paie pas de mine. Un look tellement négligé qu?il semblerait presque étudié. Sur sa casquette noire brille le mot «Sugar». De grosses lunettes noires lui mangent le haut du visage alors qu?une barbe fleurie fait disparaître le bas.
Dès qu?il ouvre la bouche, balançant des tubes à la file, disparue la fraîcheur hivernale, oubliées les chaises jaunes restées vides. Très vite, quand les guitares se déchaînent, le public est debout. Dansant de tout leur c?ur, dansant tout leur soûl.
Ils sont trop rares les concerts de rock à Maurice. Trop rares les ambiances électriques portées par une voix puissante ? et sans faute ? malgré la petite cigarette coincée entre deux cordes de la guitare de Zucchero. Et que dire de la choriste, seule femme sur scène, une guitariste et chanteuse tout en cuir noir, qui déploie un trésor de voix soul pour répondre aux accents italiano de Zucchero.
Fortissimo, le rocker avec son enfilade de chansons connues, ménageant des plages de douceur au public avec la reprise de «Change your heart», le faisant danser avec «Baila Morena». A vous donner des envies d?allumer un briquet ? à défaut, votre téléphone portable ? sur «Sono».
Terminant son premier rappel par le duo «Miserere» avec Luciano Pavarotti. Quand la voix du ténor décédé envahit la salle de concert, c?est Zucchero qui lève les bras pour jouer au maestro.
On oublie sa démarche un peu hésitante. son retard d?une demi-heure sur l?horaire initalement prévu. Son visage visiblement marqué par les années et les tournées. Ses yeux qui semblent si fatigués. C?est là le génie de Zucchero. Son talent est dans sa maîtrise de l?émotion. En variant l?intensité de sa voix et des guitares. En passant des cordes au clavier. Il a su faire se lever un public mauricien connu pour être bon enfant et généralement réservé pour ne pas dire amorphe.
Et si Zucchero a laissé passé la moitié du concert avant de s?adresser directement au public, qu?il baragouine deux mots d?anglais qu?on ne comprend pas du premier coup, le public ne lui en a pas tenu rigueur. Tapant des mains pour un deuxième rappel, réclamant Senza una donna. La dernière pour la route, avec laquelle on repart content d?avoir passé un moment durable de joyeux divertissement.
EN QUELQUES MOTS
D?où lui vient son surnom ? Quand il était petit, sa maîtresse appelait Adelmo Fornaciari, Zucchero, c?est-dire, sucre en italien. Sa carrière commence en 1970. Son premier album solo date de 1983. Il émigre en Californie. Il a fait de nombreux duos, avec Eric Clapton, Paul Young, Sting...Il participe tous les ans aux concerts Pavarotti & Friends dont il est l?un des instigateurs.
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