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Zimbabwe : accord dissonant

14 août 2008, 00:00

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Les apparences sont sauves, mais l? «accord» pour le partage du pouvoir au Zimbabwe, trouvé dans la nuit du mardi 12 au mercredi 13août à Harare, risque de compliquer la crise plutôt que de la régler.

Au petit matin, après trois jours de négociations marathon, le président sud-africain Thabo Mbeki, médiateur dans la crise zimbabwéenne, a annoncé un «accord» entre le président Robert Mugabe et Arthur Mutambara, leader d?une faction dissidente du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), le parti d?opposition au vieux dictateur. «Mais, a reconnu Mbeki, il y a un désaccord concernant un élément pour lequel Morgan Tsvangirai [le président du MDC] a demandé un délai de réflexion supplémentaire.»

Tsvangirai qui, en mars, est arrivé en tête au premier tour de l?élection présidentielle mais a boycotté le second pour cause de violences, risque ainsi d?être écarté du pouvoir. Les négociations, amorcées le 24 juillet, visaient pourtant à partager les prérogatives de l?exécutif entre Mugabe et son rival.

Dans ces discussions, les dissidents du MDC jouent un rôle stratégique puisqu?ils détiennent au parlement les dix sièges qui permettent à l?un des protagonistes de détenir la majorité absolue.

Le ralliement de Mutambara, probablement contre la promesse d?un poste ministériel, permettrait au parti de Mugabe, l?Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF), de retrouver la majorité qu?il a perdue au scrutin du printemps, de ravir la victoire remportée par le MDC et de marginaliser Tsvangirai.

L?opération autoriserait aussi le président, au pouvoir depuis 1980, à poser en homme d?ouverture en affichant le nom de quelques opposants sur la liste d?un prochain «gouvernement d?union nationale». Mugabe, qui a déclaré en juin que l?opposition ne gouvernerait jamais le pays «de son vivant», conserverait ainsi le pouvoir, alors que Tsvangirai revendiquait un poste de premier ministre, le président étant relégué à des fonctions honorifiques.

Thabo Mbeki, dont le rôle de médiateur est contesté, a exercé une pression maximale sur les protagonistes avant de quitter Harare, hier matin. Il sera en Angola pour rendre compte de sa mission au président Eduardo Dos Santos, président de l?organe de sécurité de la Communauté de développement d?Afrique australe (SADC). Le président sud-africain souhaite probablement être en mesure d?annoncer un succès, lors de la réunion de la SADC, le week-end prochain à Johannesburg.

Cette intense activité politique et diplomatique laisse intacte la situation désastreuse d?un pays où le taux d?inflation a atteint 50 000 % par mois. Mardi, l?organisation non gouvernementale Human Rights Watch (HRW) a affirmé que les violences orchestrées par le pouvoir contre les opposants se poursuivaient depuis la «réélection» de Robert Mugabe, le 27juin. Depuis lors, 32meurtres d?opposants ont été commis, affirme HRW, qui demande à la SADC de faire cesser les violences et d?exiger le «démantèlement des camps de torture».

© Le Monde 2008

Distribué par The New York Times Syndicate

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