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Yves Pitchen, le témoin des réalités mauriciennes
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Yves Pitchen, le témoin des réalités mauriciennes
Il n?aime pas les départs, surtout lorsqu?ils s?effectuent en avion? Pourtant, Yves Pitchen, photographe, s?envole pour la Belgique, jeudi. Il y assistera à l?exposition de ses photos en noir et blanc, L?île Maurice, côté pile, dans une des plus prestigieuses galeries belges.
L?exposition se tiendra à partir du 7 mars au théâtre royal de Namur et elle sera suivie du lancement d?un livre, Mauriciens. Un ouvrage en noir et blanc de 75 portraits agrémentés d?un texte de l?écrivain Marie-Thérèse Humbert. Il parle de son travail, de ce qui l?anime et de ce qui l?horripile.
Devant une case en tôle ou à une garden party, les Mauriciens d?Yves Pitchen sont montrés sous leur vrai jour. Les photos de l?exposition et du livre (les mêmes, pour la plupart) sont le fruit d?un travail de près de trente ans. ?Elles essaient de combler une lacune, celle qui présente Maurice comme un pays carte postale.?
Les images d?Yves Pitchen sont le contraire des cartes postales. Ni l?envers du décor, encore moins l?autre côté du miroir, elles représentent la réalité mauricienne. Celle que nous connaissons tous mais dont nous faisons abstraction, lui préférant l?illusion azurée du paradis tropical.
?Je ne veux surtout pas que l?on croit que je déforme la réalité. Je n?ai aucune honte à montrer un quartier populaire ou une plage érodée. C?est la réalité mauricienne.? Adepte du franc-parler, le photographe nous prend à contre-pied. ?Il y a un décalage phénoménal entre la réalité et la représentation que les Mauriciens se font de leur pays.? Son travail nous oblige à nous regarder dans un miroir.
Seul face à l?effort, Yves Pitchen se retrouve aussi un peu isolé. ?Où sont les travaux des autres photographes, interroge-t-il, car s?ils les jugent dignes d?intérêt, ils doivent les montrer.? Mais il préfère ne pas juger. Il se contente d?exposer, de montrer. Et finalement de susciter l?émotion.
Des photos évocatrices
C?est d?ailleurs après avoir vu l?une des 75 images qui font partie du livre que Marie-Thérèse Humbert a ?flashé? et s?est finalement laissée convaincre d?écrire un texte. La photo montre un homme qui se tient debout devant sa maison. Une image qui résume, à elle seule, la démarche du photographe?
Yves Pitchen a commencé à photographier les Mauriciens au début des années 1970. Il arrivait de Belgique et il venait d?obtenir la nationalité mauricienne (Mauricien d?origine, il a aussi vécu en Afrique).
Entre 1972 et 1979, il effectua plusieurs séjours dans l?île, passant le plus clair de son temps à photographier la vie mauricienne. Il travaillait avec des moyens réduits, un boîtier, quelques pellicules.
Paradoxalement, après son installation en 1979, il fit de moins en moins de photos. ?Je n?avais plus de temps, je n?étais plus dans le même état d?esprit.? Ces 25 dernières années, Yves Pitchen a fait peu de photos montrant la vie mauricienne. C?est son grand regret. ?Maurice a changé et aujourd?hui c?est un peu tard?, laisse-t-il échapper.
Les photos qu?il nous livre dans Mauriciens sont suffisamment évocatrices pour nous entraîner à l?autre bout de nous-mêmes. ?Ce sont diverses initiatives prises par des amis qui ont déclenché l?envie d?un éditeur belge de publier un livre. Il y a eu plusieurs expositions en Belgique, avant d?en arriver là?, résume Yves Pitchen.
Après son exposition au théâtre royal de Namur, une deuxième exposition devrait démarrer le 19 avril, à Bruxelles. Ce n?est qu?à l?issue de ces deux événements qu?Yves Pitchen devrait être en mesure de présenter le livre Mauriciens, édité par la maison Husson, à Maurice.
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