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Yeshen Gunnoo aux Aubineaux
Le paysagiste Yeshen Gunnoo donne rendez-vous aux nombreux admirateurs de sa peinture, mettant si bien en exergue nos plus beaux sites et les bâtiments publics qui nous les rendent si attachants. À partir de mardi, et ce jusqu?au samedi 22 décembre, il expose une quarantaine de ses dernières ?uvres aux Aubineaux, Forest-Side, à Curepipe. Cette exposition fera date, si l?on songe que la précédente en solo remonte à 1994. Cette exposition, attendue donc de longue date, nous fournit l?occasion d?une belle randonnée picturale aux quatre coins de Maurice.
Présentement, Yeshen Gunnoo jette plus particulièrement son dévolu sur nos lieux de culte. On y note une prédominance chrétienne et même catholique, mais qui n?exclut nullement nos mosquées, nos temples, nos pagodes, nos bâtiments publics qui sont dignement représentés. Le Mauricien est suffisamment religieux pour vénérer n?importe quel lieu de culte, même si ce n?est pas celui qu?il fréquente et pratique assidûment. Il lui suffit de savoir que des compatriotes y prient et le tiennent pour demeure de Dieu sur la terre mauricienne pour que ce lieu devienne, à ses yeux, sacré et inspiré.
De même ce n?est jamais sans émotion qu?il se recueille devant nos bâtiments publics devenus monuments historiques parce que nos aïeux les ont également vus, respectés et vénérés. La démolition et la disparition du moindre d?entre eux sont pour chaque Mauricien digne de ce nom, la perte d?une partie de son âme. D?où notre gratitude à l?égard de Yeshen Gunnoo qui prend la peine de mettre en exergue ce qui a tant de valeur à nos yeux.
Les Beaux-Arts n?ont, a priori, rien à avoir avec aucune vénération religieuse. Un site attachant aide toutefois à rendre attachant le tableau qui le représente. L?inverse est également vrai. C?est d?ailleurs le grand mérite du peintre qui comprend que son devoir est d?aider le commun des mortels à découvrir ce qui est beau autour de lui, de l?admirer, de le respecter, de le préserver et de léguer encore plus beau à ses enfants et petits-enfants.
Une touche mauricienne
Cela est surtout vrai quand nous avons affaire à un peintre aussi respectueux et aussi bien intentionné que Yeshen Gunnoo. Nous le connaissions principalement pour ses paysages portuaires. Il nous avait habitués à une peinture davantage esquisse qu?à des tableaux achevés, en ce sens que sa peinture semble couvrir davantage, à présent, la surface disponible, laissant moins de place à la rêverie imaginative. Nous avons affaire à un nouveau Gunnoo, davantage attentif aux détails, plus respectueux des nuances, des éclairages, des taches d?ombre.
Le résultat se présente, à nos yeux émerveillés, comme une belle collection d?une quarantaine de reproductions picturales, mettant en exergue autant de spécimens de notre patrimoine architectural, assez diversifié pour témoigner d?intéressantes ouvertures sur des styles européens, tamouls, musulmans, bouddhistes, mais le tout revêtu d?une touche mauricienne indiscutable.
Légèreté de rigueur
On peut certes regretter que l?attention accordée aux détails architecturaux affaiblisse quelque peu l?atmosphère lyrique, enveloppant jadis ses paysages portuaires. Mais la randonnée, le pèlerinage, auquel il nous convie, demeure fort attachant, au point que nous ne pouvons que regretter par avance l?inévitable dispersion d?un tel ensemble, que nous aimerions tant pouvoir acquérir et conserver, soit dans un album, soit dans une série de reproductions. Encore que l?on peut comprendre que qui désire acquérir telle ou telle toile puisse vouloir jouir de l?exclusivité du plaisir découlant d?une telle contemplation.
Puisque la présente exposition Gunnoo se déroule aux Aubineaux, Forest Side, pourquoi ne pas démarrer notre tour de l?île par Curepipe, présente avec son église Sainte-Thérèse et son Collège Royal. Ce dernier bâtiment lourd et sombre, en raison de ses pierres anthracite, bénéficie pourtant du lyrisme que Gunnoo peut exprimer sur toile. Au pied de Curepipe, la Clarisse House du Premier ministre, avec ses nombreux toits de couleur travailliste. Un tantinet démodé, mais si délicieusement british. On peine à croire que ce Club House, aux allures de kermesse, puisse servir de résidence.
St-Patrick, rue Boundary, Quatre-Bornes. Sanctuaire tout en hauteur sans être flèche étriquée comme le Montmartre. Ne nous attardons pas devant le Rosaire, pour nous rendre directement à l?église de Petite-Rivière où plane toujours l?âme immortelle de l?enfant de Brunepaille. Plus loin, l?église de Bambous, même atmosphère, mais avec une église plus classique, car offrant sa façade aux visiteurs et non pas son flanc gauche comme au Saint-C?ur-de-Marie.
À Tamarin, Gunnoo ignore le pont blanc métallique et les appartements en forme de mini-village français à qui il ne manque qu?un clocher qui ne saurait être la cloche de Saint-Benoît. Ses briques gris clair deviennent pierres basaltiques sous le pinceau de Gunnoo.
Les Salines de Tamarin trouvent heureusement grâce à ses yeux, tout comme la poste de Rivière-Noire, vestige d?une administration coloniale que nos multipliants et autres intendances protègent de leur ramure. Nous passons par Bel-Ombre pour faire halte à la maison d?hôte de Saint-Aubin qui elle-même sait accueillir les peintres et leurs ?uvres. La légèreté est, ici, de rigueur.
Un jardin paradisiaque
L?ancien château Gheude, devenu musée naval et d?histoire, nous ramène à la période française quand l?harmonieux ménage de la pierre et du bois parvenait davantage à créer l?atmosphère voulue, pour inspirer, par exemple, une romancière, veillant les diligences, s?éloignant à l?aube. L?église Notre-Dame-des-Anges, nouvellement rénovée mais couverte de dettes, dit bien combien ensoleillée est notre manière mauricienne de vivre.
De l?autre côté des montagnes grandporiennes, au milieu de la plaine flacquoise, au carrefour de plusieurs routes, se dresse la magistrature de ce district, aux allures si écossaises. Sainte-Ursule peine à rivaliser, en grâce et en majesté, comparée à ce mini-cottage. Un handicap que ne connaît pas Sainte-Thérèse-de-l?Enfant-Jésus, à Olivia. Ici, nulle concurrence, nulle comparaison avec Sainte-Thérèse-la-Grande et sa longiligne flèche curepipienne. Cette modeste chapelle se contente de mettre du soleil dans la vie des habitants de la localité.
Au carrefour des routes menant à Quartier-Militaire, à l?usine sucrière de Fuel, à Saint-Julien et à Lalmatie, le temple hindou de Riche-Fond. Le peintre prend le temps de voir et d?admirer ce qu?entrevoit l?automobiliste pressé, aux prises avec le trafic routier d?un carrefour, situé en pleine descente et à l?amorce d?un virage périlleux, au bord d?une rivière ravinée. C?est le moment d?invoquer Notre-Dame-du-Bon-Conseil du code de la route.
Nous contournons, cette fois-ci, les montagnes mokasiennes pour nous rendre aux Pamplemousses où nous attendent un jardin paradisiaque et sa résidence de Mon-Plaisir. Plus au Nord, La Salette chante ces localités disparues, par enchantement, pour cause de fermeture de sucrerie. Ce sanctuaire nous rappelle qu?il fut construit, entre 1865 et 1875, par Louis Mazery avec les pierres de la défunte usine sucrière de Woodford (ex-Bon Espoir).
Grand-Gaube compense en foi populaire ce que cette église, dédiée à Saint-Michel, ne peut revendiquer sur le plan historique. Elle se rattrape aussi sur le plan littéraire, car autour d?elle plane le souvenir de Polyte Grand-Gueule, le héros du roman de Savinien Mérédac, l?incarnation même de ce que peut être la fierté d?être créole, mais aussi ses inconvénients.
Temple, pagode et église
Nous retournons vers Port-Louis en passant par Notre-Dame de la Délivrande, le temple de la route Nicolay, l?église anglicane de Saint-Paul de la Plaine-Verte, Saint-François-Xavier, le China Town, l?hôpital civil d?avant l?épidémie de peste de 1899, la grande mosquée, la pagode de la rue Rémy-Ollier, notre Cour suprême, l?ancienne poudrière, transformée en cathédrale anglicane Saint-James, l?église du Père Souchon et cette cathédrale des Pauvres qu?il rénove, aux Cassis, où s?achève le tour de Maurice en 40 tableaux, auquel nous convie Yeshen Gunnoo, aux Aubineaux, jusqu?à samedi.
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