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Yasser Arafat tente de garder la main
Pendant qu?Israël accentue sa pression sur les Territoires occupés, l?heure du règlement de comptes final entre Yasser Arafat et son premier ministre Mahmoud Abbas se rapproche. Une fronde au parfum de tentative de putsch se développe au sein de l?Autorité palestinienne. Elle associe certains des cadres populaires du Fatah, le parti majoritaire, et Yasser Arafat lui-même. Objectif : éliminer politiquement le premier ministre imposé par les Américains au printemps dernier et réinstaller au premier rang le président élu des Palestiniens, qu?Israël et les États-Unis boycottent depuis un an et demi.
Acculé dans son coin par la pression internationale, le vieux chef dispute à son premier ministre, en attendant mieux, le privilège d?appliquer les exigences israélo-américaines, l?unification des services de sécurité et la lutte contre les radicaux. L?annonce par l?Autorité palestinienne du gel des comptes de six associations caritatives fait partie de cette compétition, même si la mesure a pu être avalisée par les deux hommes.
L?heure de vérité pourrait sonner lundi, lors du débat parlementaire destiné à faire le bilan des cent premiers jours de gouvernement de Mahmoud Abbas. Le premier ministre, lassé des critiques venues de son propre camp, a laissé entendre qu?il pourrait demander aux députés un vote de confiance. Mais un groupe de députés favorables à Yasser Arafat ne l?entend pas de cette oreille. Et pourrait contre-attaquer en ouvrant un autre agenda : la création d?un Conseil de sécurité national, qui retirerait de facto la direction des services de sécurité des mains de Mahmoud Abbas et de son secrétaire d?Etat à la Sécurité intérieure Mohammed Dahlane, lui aussi imposé à Yasser Arafat.
A Ramallah, les couteaux sont tirés, et les anti-Abbas ne se cachent plus. Ils appartiennent pour la plupart à la «jeune garde» du Fatah. Celle des quadragénaires proches de la base, des militants de la première intifada qui ont gagné leurs galons de résistants dans les prisons israéliennes, par opposition aux «hommes de Tunis», les apparatchiks de l?exil symbolisés par Mahmoud Abbas.
«Si quelqu?un a conseillé à Mahmoud Abbas d?utiliser le Parlement contre le président Arafat, c?est une très mauvaise action. Personne n?a le droit de se servir de nous comme cela», menace dans son bureau de Ramallah le député Farès Kadoura, faisant allusion à l?éventuelle demande d?un vote de confiance. Kadoura, président de l?association représentant les quelque 6 000 prisonniers palestiniens, n?hésite pas à se moquer méchamment du premier ministre : «Il a déjà tenté plusieurs fois de faire pression en présentant sa démission. Peut-être veut-il que cette fois-ci, on fasse le travail à sa place...»
Dans sa petite permanence surchauffée de Jérusalem-Est, un autre élu frondeur, Ahmed el-Batch, ne se montre pas plus amène : «Au moment où nous parlons, les chances pour le premier ministre d?obtenir une majorité sont très faibles. De toute façon, s?il ne saute pas lundi, ce sera pour la prochaine fois. J?ai personnellement parié que ce gouvernement ne tiendrait pas six mois.» Les conjurés reprochent à Mahmoud Abbas d?avoir voulu faire cavalier seul. Ils n?ont pas digéré sa démission du comité central du Fatah, dont il est issu. Ils lui refusent même le crédit de la trêve de juin avec les radicaux. «Ella a été négociée de sa prison israélienne par Marwan Barghouti, le chef du Fatah en Cisjordanie. C?est nous qui avons joué les intermédiaires avec les islamistes», assure Farès Kadoura.
Mahmoud Abbas se voit aussi accusé de n?avoir rien su obtenir d?Israël. L?affrontement de lundi ne débouchera pas forcément sur la mise à mort politique du premier ministre. Son destin peut dépendre de la décision de Yasser Arafat. Plusieurs députés insistent d?ailleurs sur leur volonté de «faire travailler ensemble le président et le premier ministre». Mais ces propos conciliants cachent mal un plan de reprise en main définitive par Yasser Arafat. Le président se bat pour sa survie, avertit Farès Kadoura : «Le président est inquiet. Ses conseillers lui disent que le jour où il perdra tous ses pouvoirs, il risque d?être tué le lendemain...» Malgré les précautions oratoires, l?affrontement entre Arafat et Mahmoud Abbas risque de prendre des allures de lutte à mort. Au coeur de ce combat, la création du Conseil national de sécurité, placé de facto sous la direction de Yasser Arafat et du Fatah. «Le Conseil serait constitué du président, du premier ministre et de cinq autres responsables. La responsabilité de l?application des décisions serait confiée au ministre de l?Intérieur», explique Farès Kadoura. Le poste reste à créer. Arafat, doté d?un droit de regard sur les nominations, le confierait probablement à un protégé.
Le président a déjà amorcé le retrait des dossiers sécuritaires des mains de Mohammed Dahlane en appelant lui-même à une nouvelle trêve et en ressuscitant l?éternel rival de Dahlane, Djibril Rajoub, nommé conseiller de sécurité à la présidence après un an et demi de disgrâce. En privé, les cadres du Fatah saluent ce grand retour. Policier sans états d?âme, acteur central de la collaboration sécuritaire avec Israël après les accords d?Oslo, Rajoub pourrait jouer un rôle important dans la future confrontation avec le Hamas. Pour le député, un seul homme peut persuader les policiers palestiniens de mener cette mission : «Le président Arafat travaillera pour la paix si on cesse de l?isoler.» Une proposition rejetée par avance à la Maison-Blanche, qui a appelé hier à «la consolidation des forces de sécurité sous les ordres du premier ministre Abbas».
Pierre Prier
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