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Yannick Lincoln : le coeur et le talent !

6 juillet 2003, 20:00

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Déconcertant d?aisance samedi sur les redoutables lacets de Chamarel, Dominique Lebon n?a pas été en mesure de gérer les 40 secondes d?avance qu?il comptait sur Yannick Lincoln au départ de la seconde étape du Grand Prix Le Bike, hier matin, à Curepipe.

Malgré l?indéfectible soutien de ses équipiers du Curepipe Starlight, qui l?ont protégé sur les 100 premiers kilomètres de la course, le petit grimpeur de Flic-en-Flac n?a pas survécu à la deuxième accélération de Lincoln, à la sortie de Constance. Au total, il lui a concédé 3?11? en moins de 35 kilomètres, ce qui n?est pas rien.

Mais, en réalité, ce n?est pas Lebon qui a perdu mais plutôt Lincoln qui a gagné. Il a gagné avec le c?ur et le talent. Bénéficiant il est vrai des circonstances de la course, ce qui lui permit de s?abriter au milieu du peloton sur les deux premiers tiers du parcours ? tandis que les CSSC menaient la chasse à Sébastien Hacques et aux frères Gilles et Jean-Noël L?Entêté, partis dès le premier kilomètre ? le chef de file du Vélo Club des Jeunes s?est offert en démonstration dès que la route a commencé à faire mal aux jambes.

Le patron c?est lui

À Constance, quand Steward Pharmasse tenta une première fois de rompre avec le peloton, Lincoln n?eut en fait besoin que de deux coups de pédale pour rappeler à tous que le patron, hier, c?était lui. Cette première ébauche d?hostilité sonna le glas de Hacques et des frères L?Entêté, qui rentrèrent dans les rangs après une échappée de 105 km et après avoir compté deux minutes d?avance sur le peloton au km 60, à Bel Air.

Quand Lincoln prit à son tour les choses en main à Richefond pour imposer une cadence insupportable à la course, le peloton explosa littéralement sous ses coups de boutoir. Pharmasse, très costaud lui aussi, et Cédric Passée, qui a sans doute définitivement gagné sa place en sélection hier, furent les seuls à pouvoir prendre sa roue.

Dès lors, Lincoln fut seul dans son combat. Seul contre un Pharmasse indigne sur ce coup-là de jouer l?intox en ne prenant pas un seul relais. Seul contre un vent de côté épouvantablement gênant. Seul enfin contre un faux-plat délicat et piégeux. Mais le Lincoln de 2003 n?est plus celui qu?on avait connu il y a deux ans. Formé à la dure école de Bertrand Carabin en France, endurci par son passage à Blagnac, il a pris de l?étoffe, il a gagné ses galons. Et c?est précisément quand la course devient difficile qu?il offre son meilleur visage.

Hier, sur les 30 derniers kilomètres du parcours, on avait parfois l?impression qu?il disputait un contre-la-montre sans se soucier des autres. Et son allure imposante condamna irrémédiablement ses principaux adversaires, relégués dans les profondeurs de la course en deux temps deux riens.

Et quand enfin le vécéjiste aborda la longue ligne droite menant vers l?église Sainte-Thérèse, on osa penser que Pharmasse aurait eu la grandeur d?âme de ne pas disputer le sprint à ce coureur derrière lequel il s?était abrité tout au long de la course. Mais il n?en fut rien. Il gicla sans pudeur sur la gauche.

Pour rien au monde Lincoln n?allait se laisser faire. Les deux hommes se livrèrent à un duel farouche sur au moins 30 mètres. Et la victoire revint heureusement à celui qui méritait le plus sur ce coup-là. Chapeau ?Yann?.

<B>réaction</B>

Lincoln : ?Qui m?aime me suive?

?Je l?ai déjà dit et je le redis : plus la course est dure, mieux c?est pour moi. Et, hier, elle était tout sauf facile. Outre le vent de côté et le délicat faux-plat qui menait de Constance à Curepipe, il fallait compter avec le Curepipe Starlight, qui allait tout faire pour protéger Dominique Lebon.

Cela dit, vous n?avez pas tort de dire que le CSSC a été, malgré lui, un allié de circonstance hier. Quand Sébastien Hacques et les frères L?Entêté sont partis, les Curepipiens ont eu à travailler pour ne pas laisser l?écart prendre des proportions dangereuses. Mais ils n?avaient pas prévu que ces trois coureurs allaient autant résister. Du coup, je me suis permis de rester sagement calé au c?ur du peloton en attendant les choses sérieuses. À mon avis, les deux derniers équipiers de Dominique Lebon, à savoir Pascal Ladaub et Dominique Zaïre, ont été mis à contribution beaucoup trop tôt. Et quand j?ai attaqué, Lebon était esseulé.

J?ai roulé sans me poser de question. J?aime bien ça. Dans ma tête, les choses étaient simples : Qui m?aime me suive ! Cela dit, je ne m?attendais pas à pouvoir partir aussi facilement. Au départ, selon la tactique de course établie, la victoire devait revenir à Philippe Colin. On savait que j?allais être étroitement surveillé. Mais cela ne s?est pas passé comme prévu. Je suis forcément content d?avoir gagné.

Cette victoire, je la dédie au petit Ashley Matoka, décédé jeudi. Je pense très fort à lui, à ses parents, à ses amis et à tous ceux que ce deuil afflige. Je suis de tout c?ur avec eux. C?est un peu pour la mémoire d?Ashley que j?ai gagné aujourd?hui.?

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